Née dans le quartier des Minguettes à Vénissieux à l’initiative de jeunes issus de l’immigration (essentiellement maghrébine) et de militants des droits humains, la Marche pour l’égalité et contre le racisme est accueillie à son arrivée à Paris le 3 décembre 1983 par près de 100 000 personnes. Acte citoyen en faveur du vivre ensemble et du dialogue social, elle est portée par les valeurs universelles de fraternité, de solidarité, d’égalité et de tolérance. La Marche a pour objectif « de montrer qu’il y a en France un peuple nombreux qui veut que la vie ensemble des communautés d’origines différentes soit possible dans la paix et dans la justice » (1). Après 1983, elle projettera sur la scène publique la dimension plurielle de la société française et permettra aux jeunes issus de l‘immigration maghrébine d’apparaître comme une composante active, dynamique et positive de la nation.

Afin de donner à la Marche un écho national, et donc de sensibiliser le plus grand nombre, les trois associations rhodaniennes qui l’organisent (SOS Avenir Minguettes, la CIMADE et le Mouvement pour une alternative non-violente) optent pour l’idée d’une longue marche à pied de Marseille à Paris. L’objectif est de créer un moment fort et unique qui inscrit ce mode d’action protestataire non-violent dans l’espace et dans le temps (2). C’est ainsi que les marcheurs et marcheuses parcourent plus de 1 000 kilomètres en six semaines. Leur parcours est jalonné d’étapes où, grâce au soutien d’associations ou de relais locaux, ils prennent part à des débats et des rencontres pour parler et échanger sur les thèmes qui sont au cœur de leurs revendications : le racisme, les violences policières, la justice et, plus largement, les inégalités qui touchent les immigrés et leurs enfants.

A l’origine, la Marche devait s’arrêter dans 41 villes. Mais au fur et à mesure qu’elle remonte la vallée du Rhône, et plus encore après l’étape de Strasbourg (20 novembre 1983), de nouvelles villes sollicitent sa visite. Au final, elle sera passée par plus de 50 villes. Parmi ces étapes, certaines marquent les marcheurs plus que d’autres. C’est le cas de Vénissieux, Lyon Grenoble, Strasbourg et Paris, où ils sont reçus par près de 100 000 personnes.

En 2013, à l’occasion du trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, Génériques s’est lancé dans un projet de recensement de dix lieux de mémoire et d’histoire de cet événement fondateur dans la lutte pour l’égalité. Soutenu par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSé), ce projet a pour objectif de faire connaître l’histoire et la mémoire de quartiers populaires et d’acteurs ayant joué un rôle important dans l’histoire de la Marche. La connaissance de l’histoire de ces territoires et de leurs acteurs, encore trop souvent délaissés ou ignorés dans l’histoire nationale, ouvre des perspectives socialement et politiquement signifiantes sur la participation citoyenne des habitants des quartiers populaires et sur leurs revendications en matière d’égalité.

Afin de mener ce projet à bien, trois territoires clés ont été sélectionnés : la région lyonnaise, où l’idée de la Marche est née ; Marseille, d’où la Marche est partie le 15 octobre ; et Paris, où les marcheurs sont arrivés le 3 décembre.

Les dix lieux en question sont :

Marseille

Le quartier de La Cayolle. Départ de la Marche le 15 octobre.

Le quartier Bassens. Passage de la Marche le 15 octobre.

Le quartier des Flamants. Passage de la Marche le 15 octobre.

Lyon et ses environs

Vaulx-en-Velin. Le « Forum Justice » qui s’y tient reçoit une délégation de marcheurs le 28 octobre.

Les Minguettes à Vénissieux. L’idée de la Marche y est née. La Marche y passe le 29 octobre.

Lyon, l’antenne régionale de la CIMADE. Passage de la Marche le 29 octobre.

Paris et ses environs

La cité des 4 000 à La Courneuve. Passage d’une délégation de marcheurs le 2 décembre.

La Maison des Jeunes et de la Culture à Levallois. Le « Forum Justice » qui s’y tient reçoit une délégation de marcheurs le 2 décembre.

Le Relais Ménilmontant, Paris 20e arr. Les marcheurs y sont accueillis le 4 décembre.

Le quartier de la Goutte d’Or, la revue Sans Frontière. Média associatif de l’immigration qui suit et couvre la Marche de Marseille à Paris.

(1) Tract « La Marche pour l’égalité », Lyon, 1er août 1983. Fonds Bonneau, classeur A1, consultable à Génériques.
(2) Pierre-Marie Terral, « L’histoire en marches, de l’inscription de la « Marche des beurs » dans l’histoire d’un mode d’action protestataire », Migrance, n° 41, 2013, pp. 41-52.