Ces périodiques s’adressent aux Portugais arrivés massivement en France à partir des années 1960, travailleurs, exilés politiques, jeunes appelés militaires ayant fui les guerres coloniales en Angola et au Mozambique, majoritairement d’origine rurale. De 1957 à 1974, environ 900 000 Portugais émigrent en France ; en 1975, les 750 000 Portugais présents dans l’Hexagone forment la première communauté étrangère en France (1).

Une partie de ces journaux est éditée par des partis de gauche ou d’extrême gauche : Ergue-te e luta et Revolta-te e luta – journaux ouvriers communistes ; Emigrante socialista et Unidade, tous les deux issus du Parti socialiste portugais ; Jornal português, le journal de l’Union démocratique populaire (UDP). Ils cherchent à instruire politiquement leurs lecteurs, en dénonçant la dictature militaire portugaise et ses conséquences néfastes pour le pays et « l’alliance du système capitaliste et de l’État fasciste ». Ils militent contre les guerres coloniales et soutiennent la lutte armée des peuples africains. Ces journaux veulent aussi initier les travailleurs immigrés à la lutte sociale, en promouvant les actions syndicales et en les sensibilisant à leurs droits.

D’autres journaux issus de l’immigration portugaise en France visent à promouvoir les droits des travailleurs immigrés et la vie associative. La fédération António Sérgio des associations portugaises d’émigrés émet le Boletim da FASAPE et le journal mensuel d’information et de formation União, espace de diffusion de la culture portugaise et de rencontre entre les associations insistant sur la sensibilisation des immigrés portugais à leurs droits. La FATE (Fédération des associations des travailleurs émigrés) publie son propre bulletin contenant des compte-rendus de ses actions associatives et le journal Tribuna do emigrante consacré à l’immigration portugaise.

Certains de ces titres allient défense des intérêts des immigrés et lutte contre le fascisme et le colonialisme comme le Jornal do emigrante qui deviendra O salto, le journal O Alarme (paru à Grenoble puis à Paris dont Sartre est le directeur) ou Camarada (dirigé par Marguerite Duras). Ces derniers consacrent plusieurs articles à l’émancipation de la femme (la rubrique « a mulher emigrada » d’O salto (2) et un numéro spécial d’O Alarme). Enfin certains se consacrent à la vie associative locale comme A verdade, publication du club portugais de Toulouse.

Certains journaux sont aussi édités par des organisations françaises : des centrales syndicales comme le journal O Trabalhador édité par la CGT ou des organisations chrétiennes comme Juventude operaria de la Jeunesse ouvrière chrétienne.

La production de ces périodiques semble avoir accompagné le flux migratoire. Quelques numéros datent de la fin des années 1960, comme le Jornal do emigrante (1968), ou Portugal 66-67 (organe de l’Union des étudiants portugais de France). La grande majorité de ces journaux paraissent dans la première moitié des années 1970. En 1974, on constate une diminution des chiffres des parutions qui peut correspondre au retour de milliers de travailleurs, déserteurs et exilés politiques au Portugal à la suite de la Révolution des Œillets. Cela est particulièrement visible pour les journaux politiques antifascistes dont peu de numéros sont disponibles après la révolution. Certains titres toutefois continuent jusqu’à la fin des années 1970, et dans les années 1980, comme les revues associatives ou les journaux focalisés sur les droits des travailleurs immigrés.

(1) Pereira Victor, La dictature de Salazar face à l’émigration. L’État portugais et ses migrants en France (1957-1974), Paris, Presses de Sciences Po « Académique », 2012, 452 pages.
Lien : http://www.cairn.info/la-dictature-de-salazar-face-a-l-emigration–9782724612714.htm.

(2) À partir du numéro 7, de 1971, la rubrique «a mulher emigrada (la femme immigrée)» a été créée.