Plaider en faveur d’un enseignement de l’histoire de l’émigration et de l’immigration oblige à se poser la question : que deviennent ces archives ?

Pour rassembler et conserver ces précieux documents, nul musée n’existe à ce jour en Belgique -malgré des intentions politiques qui ressurgissent de temps à autre depuis plus de six ans.

En attendant, certains centres de documentation gèrent ces documents à leur manière, avec peu de moyens mais beaucoup d’efforts de mise en réseau. De plus, des projets de centres d’archives (notamment avec l’ouverture du Centre culturel maghrébin – Espace Magh à Bruxelles, annoncée pour le 6 décembre 2008) émergent ici et là pour garder « les traces des grands-parents ».

Pointons en particulier le travail mené par le Centre de documentation de l’émigration espagnole qui a réuni et traité à Madrid des kilos de presse militante, d’affiches, de photos et nombreux documents provenant non seulement du Centre Garcia Lorca, véritable référence culturelle et sociopolitique pour Bruxelles, mais aussi d’organisations situées dans la région liégeoise, à Gand, à Charleroi ou à Vilvorde.

Sommaire :

Nul n’est tricoté pure laine
Entretien avec Anne Morelli

L’histoire des émigrations et immigrations est au confluent d’enjeux politiques, scientifiques et pédagogiques. Le tour de la question avec Anne Morelli, professeure de critique historique à l’ULB qui plaide, depuis plus de vingt-cinq ans, pour un enseignement de l’histoire des migrations.

Recomposition d’un « nous »
Alexandre Ansay

Un jour, peut-être, les pouvoirs publics belges joindront leurs efforts pour donner naissance à un lieu consacré aux mémoires de l’immigration. Mais que cet accouchement semble difficile ! À cet égard, il semble que la crise institutionnelle que traverse l’État belge ne constitue pas un contexte des plus favorables à la réalisation d’un tel projet.

L’histoire aux historiens ?
Pierre Tevanian

« Le passé c’est le passé ! », « Laissons l’histoire aux historiens ! »… Derrière ces remontrances, aussi tautologiques que contestables, pointe la même arrogance, la même surdité volontaire, les mêmes implicites et effets politiques : un verrouillage du débat public sur l’héritage colonial et esclavagiste de l’Europe, qui permet de réaffirmer une hiérarchie des mémoires et, par métonymie, une hiérarchie des peuples.

Sauvetage en cours
Anne Frennet-De Keyser

Peu de choses ont été faites à l’heure actuelle pour sauvegarder les archives de l’immigration marocaine en Belgique, mais il est réconfortant de voir que des initiatives, nombreuses et originales existent en la matière. Cet article ne prétend pas être exhaustif, mais il tente de faire le point sur les projets existants.

Cas d’école
S. Alba Monteserín & A. Fernández Asperilla

À Madrid, le Centre de documentation de l’émigration espagnole, compte, dans la Fondation 1° de Mayo, des archives et une bibliothèque spécialisée sur les migrations, où l’on peut consulter des références bibliographiques sur les migrations internationales et générales, des statistiques sur les migrations en Espagne, des références sur l’émigration espagnole politique et économique, notamment vers la Belgique.

Sans archives, pas d’histoire
Entretien avec Ludo Bettens et Anne Fiévet

Quel est le rôle des centres de documentation et d’archives dans notre société ? Quelle image en avons-nous ? Un tas de papiers jaunis ou poussiéreux, répondent les archivistes eux-mêmes. Redorer leur blason et développer des réseaux entre centres, voici deux priorités soulignées par Ludo Bettens et Anne Fiévet.

Un passé qui ne passe pas
Hédi Saidi

Pourquoi ce « non lieu » de la mémoire de l’immigration ? Pourquoi cette question, longtemps refoulée, suscite-elle la parution d’autant d’articles de presse et d’ouvrages qui font découvrir à « monsieur tout le monde » que la France est un pays d’immigration « qui s’ignore » et un ex-Empire colonial ?

Les origines du citoyen de souche
Rabah Kaddouri

Le discours sur l’immigration, qu’il soit politique ou sociologique, établit presque systématiquement la distinction entre les citoyens de « souche » et les citoyens d’« origine », et cela indépendamment des années qui passent. Le statut d’immigré semble être héréditaire ; et dès lors parler « d’enfants » ou de « jeunes » immigrés, de la quatrième ou cinquième, génération devient une chose allant de soi.

Liens entre histoire et mémoires
Nathalie Tousignant

Historienne, je consacre l’essentiel de mes recherches à la colonisation et aux questions liées à l’histoire et aux mémoires en jeu dans l’analyse de ce phénomène et ses répercussions dans nos sociétés contemporaines. En ayant accepté le défi d’aborder quelques questions méthodologiques liées à ces problématiques, je tenterai d’expliquer en quoi l’histoire et les mémoires sont si souvent dans un rapport ambigu voire conflictuel. Des exemples récents permettent d’illustrer ces tensions.

Bon tuyau
Traverser la ville, traverser l’histoire

« Patrimoine, icône au quotidien » est un film de 34 minutes accompagné d’un livret pédagogique, conçus avec une énergie et une motivation réjouissantes. De quoi inspirer un projet sur la découverte du patrimoine dans une classe secondaire.

Du neuf dans nos rayons
Catherine Harris