Ahmed Othmani, un militant des droits de l’homme

Dans son article à paraître dans le prochain numéro de Migrance intitulé « La mobilisation des immigrés pour la décolonisation. France, 1930-1970 », l’historien Burleigh Hendrickson étudie et compare les mouvements étudiants à la fin des années 1960 et dans les villes de Dakar (Sénégal) et à Tunis (Tunisie). Il revient notamment sur le Groupe d’études et d’action socialiste tunisien (GEAST), plus connu sous le nom de sa revue Perspectives, formé en octobre 1963 par des étudiants et des enseignants tunisiens et qu’Ahmed Othmani rejoint en 1965, à l’âge de 22 ans.

Décédé en 2004 dans un accident à Rabat, Ahmed Othmani était un militant d’extrême gauche tunisien qui consacre une grande partie de sa vie à la défense des droits de l’homme en Tunisie et dans le monde. Descendant d’une tribu semi-nomade, il s’installe à Tunis à l’âge de 13 ans. Enfant, il restera marqué par la lutte armée pour l’indépendance tunisienne qui se déroule dans sa région (Sidi Bouzid). Étudiant en lettres françaises et philosophie à l’université de Tunis, il devient l’un des dirigeants du mouvement étudiant en Tunisie en 1964.

En 1968, il participe à la mobilisation étudiante pour la libération de Mohamet Ben Jennet, un étudiant militant du groupe Perspectives arrêté et condamné à 20 ans de travaux forcés. Ahmed Othmani est alors arrêté et condamné à 12 ans de travaux forcés. Il sera emprisonné à plusieurs reprises entre décembre 1968 et août 1979. « J’ai acquis une certaine capacité à résister à la douleur, en apprenant à perdre toute espèce de sensation physique. Je ne ressentais plus rien en voyant mon sang couler », racontera-t-il plus tard dans le livre Sortir de la prison : un combat pour réformer les systèmes carcéraux dans le monde (éditions La Découverte, 2002).  Il passera plus de dix ans au bagne de Borj Erroumi, près de Bizerte, dont une longue période en isolement.

Libéré de prison en 1979, il retrouve un an plus tard son épouse Simone Othmani Lellouche en France. Elle avait été expulsée de Tunisie et condamnée à six ans de prison par coutumace en 1972. Il poursuit le combat et la lutte en faveur des droits fondamentaux et de la dignité des prisonniers à travers le monde. Membre fondateur, en 1981, de la section tunisienne d’Amnesty International et artisan du développement de cette organisation dans le monde arabe, il participe en 1989 avec la Britannique Vivien Stern à la création de l’Organisation internationale de la réforme pénale (Penal Reform International, PRI), dont il devient le président en 1994.

Depuis sa libération de prison en 1979, des intérêts communs entre les fondateurs de l’association Génériques et Ahmed Othmani les unissent autour de la question des droits de l’Homme dans le monde arabe. Une convention sera d’ailleurs signée en 2003 entre Simone Othmani Lellouche et Génériques pour constituer en fonds d’archives les documents de Simone Othmani Lellouche et Ahmed Othmani. Le fonds Simone et Ahmed Othmani a été ensuite déposé à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre (BDIC). Il est à présent consultable à la BDIC selon les modalités de consultation des fonds.

En savoir plus :
Ouvrage à plusieurs voix, Ahmed Othmani, une vie militante, Déméter, 2012
Othmani Ahmed, “Répression en Tunisie”, in Les Temps Modernes, avril 1979