La revue Diasporas. Histoire et sociétés abordera dans son numéro 15 l’historicité et l’actualité des alliances, de la sexualité et des mixités intimes en contexte migratoire. L’histoire, la sociologie ou l’anthropologie ont bien souvent traité de la vie affective et sexuelle des migrants alternativement en terme de déficit et de plus-value de leur intégration sociale. Dans un cas, c’est une approche passablement misérabiliste qui a prévalu, privilégiant tous azimuts la solitude du célibataire déraciné, la prostitution, l’homosexualité à défaut, avec comme arrière-plan une inévitable dévaluation de la dignité affective et sexuelle. À l’inverse, ce domaine de l’expérience des migrants semble avoir fonctionné comme une sorte d’échelle dans l’acculturation, le mariage mixte allant par exemple jusqu’à être considéré comme l’indicateur majeur d’une « assimilation » réussie. Le numéro entend rompre avec ces attendus normatifs qui laissent peu de place aux catégories de l’autre, étranger, immigré, dans ses transactions à la fois intimes et publiques où se forgent désirs et unions, dans les désignations fantasmées d’un ailleurs tour à tour désirable ou proscrit.

Les auteurs sont invités à proposer des articles traitant des mixités conjugales et sexuelles (les mariages mixtes aussi bien que la mixité amoureuse hors mariage) ou a contrario de l’homogamie ethnique, des situations affectives et sexuelles liées à ces phénomènes (contraintes, affranchissements), tant du côté des migrants que des conjoints restés au pays. La reconfiguration ou le maintien des pratiques matrimoniales en situation migratoire entrent bien sûr dans ce cadre : la fiancée cherchée au pays d’origine, ou parfois le gendre comme chez certaines familles turques émigrées, ou encore les « miss visas » qui tentent de troquer leur capital matrimonial contre un droit légal au séjour… La prostitution constitue un autre thème, dans sa dimension de réseaux transnationaux ainsi que comme terrain de contact entre colons ou expatriés, indigènes et tiers migrants. Les auteurs sont également invités à aborder les imaginaires sociaux liés à ces questions : les fantasmes envers « l’autre » ou à l’égard d’une sexualité dite « ethnique » − telle l’image de la « belle juive » dans les bordels du XIXe siècle − ou la façon dont s\’exprime la sexualisation de l’étranger à travers les arts, la littérature ou sous l’angle linguistique.

Le numéro s’attachera à rendre compte de la diversification des angles et des méthodes d’approche du phénomène migratoire au prisme des affects et de la sexualité (sociologie, ethnologie, histoire, démographie historique, etc.). Le voyage, l’exil, la circulation, la rencontre, la conquête, les conflits, sont autant de topiques qui articulent expériences vécues et imaginaires. Sur la longue durée, l’autre sexuel s’est souvent confondu avec l’autre culturel ou l’autre religieux (du mécréant sodomite qu\’on disait venu d’Orient au moyen-âge, à l’immigrant africain polygame stigmatisé à l’occasion par les médias). Dans l’actualité, la centralité problématique des « mixités » sous-entend que les cultures seraient plus singulièrement mises à l’épreuve dans les alliances et la sexualité. Ne peut-on pas dès lors les prendre à témoin pour dire les logiques de mobilités, de brouillage ou de transformation à l’œuvre dans la migration ?

La revue Diasporas. Histoire et sociétés invite les candidats à envoyer leurs propositions au comité de rédaction, par courrier électronique ou postal, selon les modalités suivantes :
Envoi, avant le 1er décembre 2008, d’un projet d’article (titre et résumé d’une page), accompagné d’une brève notice biographique et de bibliographie personnelle indiquant vos publications les plus significatives.
Tout article proposé est expertisé par deux lecteurs et ne peut être publié qu\’après avis favorable du comité de rédaction. L’auteur aura éventuellement à apporter des compléments et/ou des modifications en fonction des remarques qui lui seront faites.
L’article définitif devra être communiqué avant fin juin 2009. Il ne devra pas dépasser 35 000 caractères (notes comprises). Il sera envoyé en fichier joint par courrier électronique ou, à défaut, par disquette (format .rtf) accompagné d’un résumé de 5 lignes maximum.

Repères :
FRAMESPA – équipe Diasporas
Maison de la recherche, Université de Toulouse – Le Mirail
5 allées Antonio Machado
F-31058 TOULOUSE cedex 9

Contact Laure Teulières
Contact Laurent Gaissad