Afin de marquer le 40e anniversaire de la Révolution des Œillets, Génériques lance un appel à contribution pour le numéro 43 de sa revue Migrance consacré à la Révolution des OEillets et à l’immigration portugaise. Les propositions de contribution sont à faire parvenir avant le 9 février 2014.

Lorsque le soulèvement des capitaines du Mouvement des forces armées (MFA) éclate au Portugal le 25 avril 1974, il entraîne la chute de la dictature salazariste, alors plus vieille dictature d’extrême droite en Europe (1926-1974). Cet événement, connu sous le nom de Révolution des OEillets, suscite un espoir et un enthousiasme certains, parfois aussi quelques craintes, parmi les immigrés portugais installés en France.

Au début des années 1960 l’immigration portugaise a connu un essor tout à fait exceptionnel, tant par sa rapidité que par son ampleur, passant de 20 000 personnes en 1954 à 750 000 en 1974. Au moment où le soulèvement du MFA met un terme au régime salazariste, l’immigration portugaise est la plus nombreuse de toutes les immigrations en France, devançant de peu l’immigration algérienne, alors en pleine croissance.

La Révolution des OEillets a un très fort retentissement parmi les Portugais, venus en France pour des raisons tant économiques que politiques (refus de la dictature salazariste, refus de participer aux guerres coloniales menée depuis 1961 en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau, exilés politiques et syndicaux..). Les Portugais installés en France gardent des liens très forts avec leur pays d’origine, et surtout leurs villages, et nombreux sont ceux qui espèrent y retourner.

Que signifie le soulèvement du 25 avril 1974 pour les Portugais de France de l’époque ? Comment s’insèrent-ils dans cette histoire ? Quel rôle l’immigration portugaise a-t-elle joué avant, pendant et après la Révolution des OEillets ? Quels luttes et combats les Portugais présents en France, mais aussi dans d’autres pays européens avec une présence portugaise importante (Luxembourg, Belgique, Royaume-Uni..), ont-ils mené autour de la Révolution ? Quelles traces peut-on, aujourd’hui, relever de ce qu’a suscité la Révolution de 1974 au sein de l’immigration portugaise (lieux de mémoire, stèles commémoratives, manifestations culturelles..) ?

Afin de marquer le 40e anniversaire de la Révolution des OEillets, l’association Génériques, en collaboration avec Marie-Christine Volovitch-Tavares (professeure d’histoire et vice-présidente du Centre d’études et de recherches sur les migrations ibériques), consacrera le numéro 43 de sa revue Migrance à cet événement majeur de l’histoire du XXe siècle. Les textes de ce numéro pourront consister en des articles universitaires, des témoignages, des retours d’expériences associatives ou d’actions scientifiques et culturelles.

Plusieurs approches peuvent être l’objet d’une communication :

L’immigration portugaise et la Révolution des OEillets
Quel rôle a joué le 25 avril 1974 dans l’histoire de l’immigration portugaise en France et en Europe ? Quels rôles ont joué, depuis la France et l’Europe, les exilés politiques portugais de gauche et d’extrême-gauche (socialistes, communistes, catholiques progressistes et tout un éventail de l’extrême-gauche) par leur activisme politique, et, en particulier, leur presse ? Quels liens ont-ils pu nouer avec certains secteurs de la société française ? Quelle place pour quelques personnalités politiques plus connues (Manuel Alegre, Alvaro Cunhal ou Mário Soares exilés en France), ou des artistes, en particulier des chanteurs (Luìs Cìlia, José Mário Branco…) ? Quel regard les Portugais installés à l’étranger portent-ils sur cet évènement, qu’ils soient engagés ou pas ? Et leurs descendants ?

Comment la chute de la dictature salazariste a-t-elle modifié les liens de l’Etat portugais avec ses émigrés installés en France et en Europe ? Comment l’entrée du Portugal, après le 25 avril, dans l’Europe démocratique, a-t-elle modifié la place et le statut des Portugais immigrés, en particulier dans leurs activités militantes (associatives, citoyennes, politiques, syndicales, culturelles..) ? Comment s’est fait – ou pas – le passage à l’expression politique libre et la participation des immigrés aux élections dans le nouvel état démocratique du Portugal et dans le pays d’accueil ?

La question coloniale et postcoloniale
Quels liens entre les guerres coloniales et l’émigration/immigration portugaise ? Comment les Portugais en France ont-ils vécu la fin des guerres coloniales ? Comment le service militaire imposé aux jeunes Portugais a-t-il conduit des dizaines milliers d’hommes sur la route de l’émigration ? Qu’en est-il de la mémoire des anciens combattants qui, après 1974 ou après leur service militaire terminé, émigraient en France et ailleurs ? Quel rapport cette mémoire de la guerre (faite ou fuite) entretient-elle avec les évènements du 25 avril ? Comment les anciens appelés ayant participé aux guerres coloniales se positionnent-ils par rapport aux migrants portugais ayant fui le service militaire et les combats ? Quelles traces aujourd’hui pour ceux qui ont fait la guerre coloniale pour la défense de leurs droits et une demande de reconnaissance ?

Les modes d’insertion des immigrés portugais et de leurs enfants en France et en Europe au prisme de la Révolution des OEillets

Quels liens entre la Révolution des OEillets et l’engagement syndical, associatif, politique et citoyen des immigrés en France et ailleurs après 1968 ? Quel rapport entre la Révolution des OEillets et les engagements des jeunes Portugais dans la société d’accueil, notamment dans les marches pour l’égalité et contre le racisme de 1983 et de 1984 en France ? Qu’en est-il de la place des femmes immigrées portugaises dans cette histoire ? Quelles modes d’expression la Révolution a-t-elle contribué à faire surgir dans la presse, la radio, la production artistique et culturelle après le 25 avril ?

Les enjeux mémoriels

En quoi la révolution des OEillets a-t-elle eu une incidence sur les modalités de transmission mémorielle au sein des familles, des générations et des fratries de l’immigration portugaise ? A partir de quelles mémoires se racontent et transmettent l’histoire de la Révolution ? Quelles sont les sources qu’ils privilégient et qu’ils mobilisent ? Les mondes associatif et artistique ont, depuis les années soixante-dix, joué un rôle important dans le travail de remémoration collective et de transmission des événements liés à l’immigration portugaise et à la Révolution des OEillets dans l’espace public. Pouvons-nous dresser un panorama des lieux de mémoire et des initiatives mémorielles ? Quelles sont ainsi les pratiques et performances mémorielles ? Quelle histoire et quelles mémoires dans les oeuvres artistiques et culturelles sur l’immigration portugaise et la Révolution des OEillets : photographies, films documentaires, créations artistiques et culturelles, reportages radio et journalistiques… ?

La rédaction de la revue invite ainsi les auteures et auteurs qui souhaitent publier un article à envoyer une proposition de contribution d’une demi-page avec leurs coordonnées à l’attention de Louisa Zanoun, responsable du pôle culturel et de recherche à Génériques, à l’adresse migrance[at]generiques.org avant le 9 février 2014. Une réponse leur sera donnée mi-février 2014. L’article terminé devra être envoyé avant le 25 avril 2014 en vue d’une publication en juin 2014.


>> Pour plus d’informations sur la revue Migrance

>> Télécharger l’appel à contribution