La question de l’accueil des étrangers en France constitue un enjeu sociétal et politique de premier plan et occupe une place centrale dans l’espace public et médiatique, notamment lors des périodes de crise marquées par l’afflux de migrants économiques ou de réfugiés. Elle est liée, d’une part, aux problématiques de la représentation des étrangers et, d’autre part, à une conception politique du fait migratoire. Alors même que l’accueil de l’étranger ne peut s’envisager en dehors des approches élaborées au niveau politique, les politiques publiques, qui cherchent à manifester une maîtrise des frontières et à assurer la souveraineté nationale, sont elles-mêmes souvent inspirées par les représentations de l’étranger. De plus, au regard de la situation géopolitique actuelle et des bouleversements économiques que nous constatons, les flux migratoires ne connaissent plus, comme par le passé, une accélération et une intensité conjoncturelles mais s’inscrivent  inéluctablement dans une continuité et dans une ampleur telles qu’une interpellation radicale des concepts et de leurs définitions semble devoir être à l’œuvre.

Le terme même d’accueil, employé aujourd’hui pour évoquer le fait et la manière de recevoir, ou non, les étrangers sur le sol national, affiche aussi une forme de neutralité et de pluralité : il est en principe favorable aux étrangers mais se décline généralement pour désigner différentes sortes d’actions : administratives, scolaires, sanitaires, d’urgence ou plus pérennes etc. – qui supposent des modalités spécifiques auxquelles répondent des pratiques administratives multiples.

Ce numéro de la revue Migrance s’intéresse à un enjeu central de l’histoire de l’immigration qui repose sur les écarts qui séparent l’imposition de cadres normatifs (national ou international) et la réalité des pratiques observées à une échelle infra. Sous cet angle, la notion d’accueil est envisagée comme l’amorce d’une réflexion sur la formation des structures d’accueil et surtout sur la valeur de leur fonctionnement à l’épreuve des différents contextes historiques. En effet, les mécanismes de l’accueil semblent traduire le plus souvent les décalages à l’œuvre, non pas seulement les dysfonctionnements mais surtout le déplacement des pratiques en fonction des circonstances et des acteurs en place. Ainsi, une histoire des pratiques de l’accueil permettra de poursuivre des travaux maintenant nombreux qui explorent l’histoire du fait migratoire sous l’angle des pratiques et considèrent à la fois la multiplicité et l’interaction des acteurs –les accueillants comme les accueillis-, l’interrelation entre les échelles internationales, nationales et locales et la signification éclairante des trajectoires individuelles et collectives.

Envisagée le plus souvent à travers une histoire des formes du soutien apporté aux immigrants, une histoire de l’accueil des étrangers au XXe siècle s’élargira à toutes les dimensions du fait migratoire, en particulier celles qui suivent les diverses temporalités des migrations et du séjour : l’accueil anticipé des personnes migrantes avant le départ, l’accueil immédiat sur le lieu d’arrivée, l’accueil administratif, l’accueil relevant des conditions sociales et professionnelles des migrants, l’accueil dans ses rapports avec l’éducation, scolaire ou universitaire, l’accueil de groupes particuliers comme les mineurs ou de communautés spécifiques, nationales, ethniques ou religieuses, l’accueil des femmes en migration en ce qu’il peut révéler des modalités genrées ou des traitements particuliers.
Ce numéro entend ainsi contribuer, à la suite de travaux récents, à une histoire de l’accueil qui manifeste un changement de perspective à l’époque contemporaine.

Plusieurs approches peuvent être l’objet d’une contribution :

– les étapes précédant l’accueil (préparatifs, planifications, assistances) ;
– le rôle de l’Etat de départ dans les pays d’origine ;
– les conditions de l’accueil administratif et les pratiques de l’enregistrement ;
– le fonctionnement des institutions d’État dédiées à l’accueil des étrangers ;
– les expulsions, les retours, les pratiques de rejet ;
– le rôle des acteurs privés (églises, associations, ONG, entreprises, communautés culturelles) dans l’accueil;
– les conditions de l’accueil à l’échelle locale ;
– les dispositifs et les pratiques d’intégration ;
– l’accueil, ses représentations, son image ;
– l’accueil et le logement ;
– l’accueil et l’enfermement ;
– l’accueil des réfugiés et exilés ;
– l’accueil des femmes ;
– l’accueil des mineurs étrangers (enfants seuls, orphelins) ;
– la scolarisation des enfants ;
– l’accueil des étudiants ;
– l’apprentissage de la langue, l’alphabétisation ;
– les aspects mémoriels, notamment les trajectoires individuelles, la transmission au sein des familles et des générations.

Les textes de ce numéro pourront consister en des articles universitaires (25 000 signes max.), des témoignages, des retours d’expériences associatives ou d’actions scientifiques et culturelles.

La rédaction de la revue invite ainsi les auteures et auteurs qui souhaitent publier un article à envoyer une proposition de contribution d’une demi-page avec leurs coordonnées à l’attention de Louisa Zanoun, responsable du pôle culturel et de recherche à Génériques, à l’adresse migrance[at]generiques.org avant le 9 novembre 2015. Une réponse leur sera donnée avant le 18 novembre. L’article terminé devra être envoyé avant le 1er février 2016 en vue d’une publication au printemps 2016.