Plus qu’une bande-dessinée, La fissure se présente comme un reportage choc réalisé aux frontières les plus éloignées de l’Europe par Carlos Spottorno, photographe, et Guillermo Abril, journaliste. Ils y racontent, sous forme de roman graphique, à travers des photographies, leur périple qui révèle les pratiques de surveillance aux frontières et les conditions de vie des personnes migrantes.

De Messila au Maroc, en passant par Lampedusa jusqu’aux frontières bulgares, les deux journalistes tentent d’éclaircir les politiques migratoires européennes au contact de ceux qui les appliquent au quotidien et de ceux qui y sont confrontés dans leur volonté de les dépasser. Replaçant l’humain au centre, la frontière n’est plus seulement un mur ou un grillage, mais prend toute sa dimension humaine à travers les doutes de ceux qui la surveillent et la souffrance de ceux qui la subissent.

Les divers récits de migrants, accompagnés des photos de leur environnement, de leur lieu de vie et de leur visage, humanisent ceux qui sont souvent évoqués comme une masse indéfinie d’hommes sans histoire et sans passé. C’est le cas de Jawad, par exemple, ancien interprète pour les troupes américaines en Afghanistan, qui a vu les talibans tuer son père, bruler sa ferme et ses papiers. A leur départ, les Américains sont partis sans Jawad et il s’est vu contraint à l’exil jusqu’à son point de chute, la frontière bulgare.

A travers un texte simple, documenté, des images puissantes et des récits de vie, La fissure dessinent le visage de l’Europe d’aujourd’hui.

Carlos Spottorno et Guillermo Abril,La fissure, Gallimard, 2017, 168 pages, 25 euros.
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Traduction de l’espagnol : Faustina Fiore

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