Dans Avicenne l’Andalouse, Marie Rose Moro souligne à quel point « l’émigration est une démarche pleine de contradictions. » Cette réflexion sur l’exil, conjuguée aux multiples rencontres avec des enfants migrants lors des permanences de La Cimade, est sans doute à l’origine de cette volonté de parler des enfants en migration à l’occasion de nos 70 ans. 

Très vite s’est alors imposée l’idée de provoquer une rencontre au Chambon-sur-Lignon, parce que le devenir des enfants cachés d’hier doit nous permettre de nous interroger sur les enfants menacés d’expulsion aujourd’hui. Non parce que nous ferions ici un raccourci rapide entre hier et aujourd’hui, mais parce que l’insécurité qui caractérise ces itinéraires d’enfance, hier comme aujourd’hui a des répercussions sur les adultes de demain. 

Le Chambon terre de mémoire où pendant la Seconde guerre mondiale, de nombreux enfants menacés furent cachés et sauvés, mais le Chambon terre de soutien aujourd’hui encore des migrants, notamment des familles accueillies au CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile). 

La question des enfants de migrants, ceux qui vivent une migration qu’ils n’ont pas choisie, qui s’y adaptent, en apparence plus vite, grâce en partie à l’école, et qui sont donc amenés à jouer un rôle qui n’est pas celui habituellement dévolus aux enfants (traduction, accompagnement des parents dans les démarches, réceptacles de l’angoisse du lendemain etc) ; Cette question des enfants dans la migration est encore trop peu évoquée, même si les solidarités déclenchées par le Réseau Education Sans Frontières ont porté sur ces familles un éclairage nouveau. 

La Défenseure des enfants, Dominique Versini, a elle aussi alerté sur la situation des enfants migrants, qu’il s’agisse des mineurs étrangers isolés, ou des enfants en famille que l’on enferme dans les centres de rétention. Cette parole courageuse, fondée sur les témoignages nombreux de ces familles et de ces enfants en souffrance, est aujourd’hui en péril, avec la suppression programmée de la Défenseure des enfants. 

Supprimer les paroles qui dérangent, banaliser l’enfermement et l’expulsion des enfants, autant de perspectives qui doivent nous inquiéter et nous conduire à des mots et des actes de solidarité avec celles et ceux qui ont fondé l’avenir, le leur et bien souvent celui de leurs enfants, sur ce voyage vers l’Europe. Parce que la préservation de leurs droits est le fondement de notre dignité, nous avons le devoir de nous opposer à une politique qui nie l’hospitalité et place devant chaque homme, chaque femme et chaque enfant, une statistique.
(Marion Huissoud-Gachet, Déléguée nationale de La Cimade en région Rhône Alpes)

Les auteurs :
La Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès des Evacués) la mention service œcuménique d’entraide a été ajoutée par la suite) est une association à but non lucratif (loi 1901) et intervenant dans les domaines suivants : intervention au bénéfice des étrangers retenus en centre de rétention administrative, gestion d’établissements sanitaires et sociaux, formation et adaptation linguistique, activités très majoritairement financées sur des fonds publics, accueil des étrangers dans les permanences régionales, actions de solidarité internationale, interventions en prison et en locaux de rétention, activités majoritairement financées sur fonds privés.

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