Depuis la fin des années 1990, on a assisté en France conjointement au « retour de la question coloniale » et à l’émergence d’une « question postcoloniale ». L’amnésie à l’égard de la guerre d’Algérie a commencé à se réduire sous l’effet d’événements concordants : procès Papon (1998), nouveaux témoignages de victimes et de bourreaux sur la torture de l’armée française, « appel des indigènes de la République » (janvier 2005), « violences des banlieues » (octobre-novembre 2005), vote par l’Assemblée nationale française d’une « loi mémorielle » demandant reconnaissance du « rôle positif de la présence française outre-mer » (février 2005), film Indigènes, … Pendant ce temps-là, au Maghreb, en 2005 l’Algérie se remémorait la répression sanglante de Sétif (mai 1945), en 2006 le Maroc et la Tunisie commémoraient le cinquantenaire de leur Indépendance.

La concurrence des mémoires communautaires devint l’enjeu d’un débat sociétal mais aussi d’un débat cognitif. Dans cette conjoncture, les sciences humaines et sociales furent en effet interpellées. Il leur fut parfois reproché de n’avoir pas suffisamment investi les objets en question et d’avoir ainsi laissé libre champ aux interventions du politique.

Le présent ouvrage a été conçu comme une participation à ces débats. Il se veut une illustration des nombreux et riches chantiers ouverts par les sciences humaines et sociales sur le Maghreb contemporain, ses populations et leur devenir, dans l’espace national comme, à travers ses diasporas européennes, dans un espace postcolonial. Il montre comment, en se consolidant et en se renouvelant dans ses différentes disciplines, la recherche maghrébine et européenne s’est efforcée de relever un double défi : celui d’une « mémoire juste » et de « récits fiables ».

L’auteur :
Directeur de recherche au CNRS en sociologie politique, Pierre Robert Baduel dirige actuellement l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (MALE/CNRS) de Tunis (sept. 2003-août 2(X)8). Antérieurement (jan. I998-déc. 2003), il a dirigé le Centre d’étules et de recherches sur l’urbanisation du Monde arabe (URBAMA, CNRS/université de Tours) et présidé de 1996 à 2001 l’Association française pour l’étude du monde arabe et musulman (AFEMAM ). Après des travaux de sociologie du développement menés dans le Sud Tunisien (1969-1979), lors de son intégration à l’institut de recherche et d’études du monde arabe et musulman (CNRS/université d’Aix-Marseille, sept. 1979-déc. 19(17), croisant différentes échelles d’analyse, il s’est orienté vers des recherches sur la construction et la crise de I’Etat national et territorial en particulier dans le Monde arabe, et plus récemment il s’est intéressé à la critique épistémologique des area studies et de leur devenir (d’Edward W. Said aux postcolonial studies). Rénovateur et directeur scientifique de 1984 à 1999 de la Revue des Mondes musulmans et de la Méditerranée (EDISUD), il a publié chez différents éditeurs plus de vingt ouvrages (personnels et collectifs).