Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001

 

Saïd Bouziri
Président de Génériques

 


Le double anniversaire des 100 ans de la vie associative en France et les 20 ans de l’exercice reconnu aux étrangers de cette liberté, ne pouvaient laisser indifférent "Génériques" qui œuvre pour que l’histoire des étrangers soit une composante reconnue de l’Histoire de France.
Ce colloque sous le vocable "mobilisations et participations" permet de dire que la réforme qui a tout juste 20 ans aujourd’hui et qui a donné aux étrangers le bénéfice du droit commun associatif, qui avait été ouvert le 9 octobre 1981, met fin à une injustice historique qui n’avait que trop duré.

 


Saïd Bouziri, Président de Génériques,
Khadidja Bourcart, Adjointe au maire chargée de l'intégration et des populations non communautaires,
Olivier Rousselle, Directeur du FASILD,
Photo : Béatrice Lagarde
 


Cette réforme aura ouvert un large espace à une population, celle des étrangers, qui privés de ce droit formel utilisera cet espace reconnu pour, dans un premier temps, presque régulariser le passé en déclarant ces associations de fait à l’époque par des personnes actives de communautés différentes qui agissaient alors presque clandestinement pour l’accès au droit.


Seveso et les Minguettes, c'est le combat pour la dignité de l'Homme


L’éclosion de la vie associative ne s’est pas arrêtée là. Depuis 20 ans, la diversité de ce mouvement associatif, animé par les étrangers et les personnes issues de l’immigration, n’a cessé de se manifester pour agir au plus près de la réalité quotidienne avec la préoccupation ou plutôt cette forte intuition que le local rejoint l’international ; Seveso, les Minguettes ou la Goutte d’or, c’est le même combat pour la dignité de l’homme.

Ces 20 dernières années ont été riches en mobilisation pour des causes diverses. Elles ont permis de faire participer à la vie de ce pays les étrangers dans la plupart de leurs composantes tant communautaires, culturelles que sociales. Cela n’est pas sans conséquence positive de la démocratie dans ce pays même s’il est évident que cette participation associative en appelle une autre non moins fondamentale qu’est la participation pleine et entière à cette démocratie par l’obtention du droit de vote et de l’éligibilité pour ces populations. La mobilisation de la population immigrée a été possible parce que les démocrates, les syndicalistes, les associatifs français ont pris la mesure du besoin de participation de ces populations.


Il faut rendre hommage aux militants


Il faut rendre hommage à ces structures, à ces militants qui ont compris l’importance de ces mobilisations et qui ont cessé d’œuvrer dans des conditions souvent difficiles pour ouvrir l’espace associatif à tous. Je voudrais ici avoir une pensée pour ceux qui nous ont quittés et qui œuvraient avec nous il n’y a pas si longtemps pour la visibilité associative. Je pense bien sûr particulièrement à mon ami André Janson qui n’a cessé de donner tout son temps à l’intégration au droit commun des étrangers tant dans son combat syndical qu’au travers de son action associative ; à Bertrand Main qui nous a aidés à lutter pour le respect des droits de l’homme et pour la citoyenneté égale pour tous, ainsi qu’à Sally N’Dongo, et Abdelmalek Sayad et bien d’autres qui furent des pionniers de l’affirmation des émigrés par l’action.

C’est donc dans la longue durée que l’action aura sa totale signification. Combien ont été significatives les mobilisations de diverses communautés à travers des personnes qui ont agi collectivement pour faire cette France que nous aimons, que ce soit lors de la participation à la résistance où Italiens, Arméniens, Juifs ou de l’Europe de l’Est, Maghrébins ont pu non seulement témoigner mais agir pour une Europe démocratique ou plus tard dans un mouvement qui a pris des formes particulièrement déterminantes comme les grèves de la faim pour la dignité contre les discriminations, des grèves de loyer pour des logements décents ou des grèves pour les revendications sur les lieux de travail sans parler de toutes ces manifestations culturelles qui permettront l’échange et la compréhension mutuelle. La maturation de chacun dans une action commune est le chemin le plus court pour agir dans l’intérêt de tous. C’est aussi cette affirmation de l’égalité pour tous qui nous permettra de construire un citoyen responsable.



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