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Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001
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Olivier Rousselle
Directeur du Fonds d'action et de
soutien pour l'intégration
et la lutte contre les discriminations
Le vingtième anniversaire de la loi de
1981 intervient dans un contexte particulièrement grave qui a
évidemment un rapport avec la reconnaissance dune culture
ou dune religion et les dérives que certains mouvements
connaissent sont au cur dun travail que le FASILD et tous
ses partenaires doivent constamment entreprendre et approfondir faute
de quoi la fracture des représentations se développera,
avec ce que cela signifie en termes de régulation sociale, mais
aussi de frustration et de violence.
De la restriction au droit retrouvé
Lanalyse du contexte de la loi de 1981 se doit de resituer les
conditions délaboration du décret-loi du 12 avril
1939 qui avait explicitement instauré une lobligation dune
autorisation préalable du ministère de lIntérieur
sur des associations étrangères. Mais 1939 cest
aussi la veille de la Deuxième Guerre mondiale où les
associations, notamment italiennes, avaient été clairement
stigmatisées ou accusées de collaboration avec lennemi,
cétait un contexte dur et fermé. Il a fallu quarante
ans pour rétablir la levée de cette autorisation préalable,
signifiant le long chemin pour la reconnaissance des associations étrangères.
Pourtant, et cest le paradoxe, par un arrêt du 11 juillet
1956, lAmicale des Annamites de Paris, le Conseil
dEtat a été amené à reconnaître
la liberté de lassociation par référence
au préambule de la Constitution de 1946.
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Olivier Rousselle,
Directeur du FASILD
Photo : Béatrice Lagarde
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Association et mission
de service public
Cette liberté dassociation réaffirmée depuis
et reprise par le Conseil constitutionnel sest également
accompagnée dune doctrine qui touche de plein fouet les
contradictions de la loi de 1981 et de sa gestion par un établissement
comme le FASILD. En effet, le Conseil dEtat par un arrêt
de 1938 comme le Tribunal des Conflits ont consacré la possibilité
pour certains organismes privés de participer à la gestion
et à lexécution du service public et de se voir
confier à cet effet les prérogatives de puissance publique.
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Cette jurisprudence a été étendue en 1974 aux
associations. Depuis 1981, cest bien une liberté quasi
totale de constitution pour les associations, mais cest également
une liberté de ne pas être ou dêtre financées
dans un rapport que le précédent directeur du FASILD appelait
celui du dealer manchot, cest-à-dire fais
ce que tu dois faire mais avec un bras, le bras de laction, lautre
bras étant réservé à la quête.
Nous connaissons au FASILD tous les jours cette contradiction entre
lexistence dune large subdélégation dun
service public vers les associations et le fait dêtre le
financeur, soit souvent aussi le décideur.
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Association et laïcité
Le troisième élément de contexte, Jean-Michel Belorgey
la rappelé, cest la contradiction non aboutie entre
la loi de 1901 et la loi de 1905, cest-à-dire la dialectique
complexe entre congrégation ou association cultuelle et association
tout court qui serait en quelque sorte une ligne de partage claire et
nette dans lappréciation de la gestion des associations.
Or, nous savons que cette contradiction est loin dêtre résorbée
et que, dans le contexte actuel, et depuis de nombreuses années
nous en connaissons toutes les subtilités et aussi toutes les
difficultés.
Du droit associatif à la citoyenneté
La loi de 1981 en termes de gestion aurait dû tenter de consacrer
le passage dun traitement strictement économique de létranger,
de limmigré, accompagné dun traitement social
vers un traitement plus civique, plus citoyen, donc la reconnaissance
dune citoyenneté de létranger en mettant fin
ainsi à une longue période de négation de cette
dimension civique ; létranger étant une force dappoint
économique et son malheur étant traité socialement.
En 1981, dans une publication qui sappelait changer la vie
et dans les propositions de lépoque, figurait effectivement
le droit de vote des étrangers aux élections locales qui
aurait été en quelque sorte le prolongement de la loi
de 1981 sur la reconnaissance des associations étrangères.
20 ans, le temps du bilan
La marche des beurs de 1983 avait déjà montré la
contradiction dans laquelle le processus avait été inachevé.
Aujourdhui, cest un certain bilan de la loi de 1981 que
nous avons souhaité tracer. Je dirai quil est marqué
par cinq points majeurs.
* Le premier, cest une certaine instrumentalisation des associations
qui se sont lancées dans lapproche ou dans la revendication
des droits civiques et qui, depuis 1983, ont du mal à faire cette
articulation entre la structure associative et son intégration
politique dans un dispositif où, à lévidence,
il manque un lien.
* Le deuxième, cest lambiguïté des associations
dites communautaires ou communautaristes avec dans un premier temps
un encouragement massif à des fédérations parfois
liées au pays dorigine ou à des associations qui
étaient un lieu en quelque sorte de rassemblement dun certain
nombre de communautés étrangères. Ce vocabulaire
est devenu au fil du temps extrêmement péjoratif avec en
fond de débat une prévention des risques de dérives
communautaristes.
* Le troisième, cest lambiguïté des associations
qui ont la double dimension culturelle et cultuelle. Cest le cas
évidemment des associations dites musulmanes. Or pour nous le
seul critère danalyse doit être leur contribution
à lintégration. Par ailleurs, les représentations,
quelles ont quelquefois données, ont pu être effectivement
facteurs de troubles et facteurs de lectures dérivées
résultant notamment dune mauvaise connaissance par la société
daccueil de la dimension culturelle de lIslam.
* La quatrième, cest linterrogation sur la revendication
politique. Qui sont ces associations à revendication citoyenne
et civique ? Sont-ce des quasi-partis qui contribueraient sans aller
au bout de la démarche à lexpression dune
volonté politique ? Sont-ce les partis de létranger,
cest flagrant dans certaines représentations, des démembrements
ou des manifestations de partis des pays dorigine ?
* Et enfin, le cinquième cest le questionnement autour
de linternationalisation dun certain nombre de ces associations.
Etes-vous des
associations étrangères sur le sol français avec
une inégalité évidente entre des organisations
non-gouvernementales prestigieuses pour lesquelles la question ne se
pose pas et des associations plus modestes pour lesquelles le procès
dintention nest pas loin ? Par ailleurs, que deviendront-elles
dans le cadre européen et dans un contexte également plus
mondial qui les oblige elles-mêmes à se poser des questions
dorganisation ?
La réduction des fausses représentations pour une intégration
nouvelle
Le Fonds daction sociale change de nom. Il devient le Fonds daction
et de soutien à lintégration de la lutte contre
les discriminations (FASILD). Cette évolution nest pas
intervenue plus tôt parce que je pense quil y a une certaine
réticence à sortir de ce qui est le traitement social
hérité de la création du FAS en 1958.
Ce nouveau contexte loblige dans le cadre du soutien que cet établissement
apporte aux associations à la réduction de la fracture
des représentations, qui est la question centrale aujourdhui
de son action. Comment sortir des représentations fantasmatiques
qui font quun certain nombre dassociations, dans leurs actions
quotidiennes, font lobjet de suspicion voire sont perçues
comme des acteurs pour le compte dautrui alors quen réalité,
la très grande majorité contribue à la réussite
du modèle français et à conforter le modèle
républicain. Il faut aussi aborder la question de lIslam
a travers une approche plus distanciée et plus pacifié
en essayant de faire comprendre que la religion musulmane est une religion
de France sinscrivant dans le cadre de la République et
que ceci doit saccompagner des mêmes garanties que celles
dont bénéficient les autres religions.
Je sais que les uns et les autres, vous avez une longue histoire dans
le monde associatif qui na peut-être pas toujours suffisamment
été encouragée ou couronnée de succès
surtout quand vous tombez dans les griffes de la procédure du
FASILD, et je men excuse. Nous faisons tout pour améliorer
cela. Je crois queffectivement la réorientation des missions
de létablissement et la simplification de ses procédures
devraient permettre de relancer et de donner à lintégration
une dimension nouvelle dans un contexte.
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