|
|
Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001
|
Table-ronde 2
1940-1981 : Entre croissance économique et décolonisation
: à la recherche d'une légitimité
Immigration et vie associative française
Yvan Gastaut
Maître de conférences à l'Université de Nice
Chercheur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine
(CMMC)
Je vais essayer de tirer simplement quelques pistes de réflexion
par rapport à tout ce qui a été dit ce matin et
répondre effectivement aux questions de Philippe Bernard.
Il me semble essentiel de mettre en relief le fait que cette période
couvrant les années 1940 à 1981 est une période
intéressante à analyser quant à linvestissement
associatif concernant les milieux immigrés. Dans investissement
associatif, jentends bien sûr les associations détrangers
mais aussi celles qui soutiennent ou sattachent aux travailleurs
immigrés. Dans ce cadre, plusieurs évolutions peuvent
être rapidement mises en relief.
Tout dabord, pendant cette période, les pouvoirs publics
ont ouvertement affirmé leur volonté de contenir tout
mouvement associatif issu de limmigration. Revenons quelques instants
sur le décret de loi de 1939 : plutôt que de labolir
en 1945, les pouvoirs publics ont préféré assurer
le contrôle des associations détrangers sans doute
par crainte de communautarisme ou dattachement trop marqué
avec la pays dorigine.
Cependant, cette volonté étatique na pas empêché
nous lavons vu à loccasion des diverses interventions
un net engouement associatif des travailleurs étrangers qui a
pris la forme dune véritable nébuleuse dont lune
des particularités a été de permettre de mêler
étrangers et français. Il me semble dailleurs quà
ce sujet, il y a un élément particulièrement important
: cest la question de lautonomie de ces associations.
En effet, 1940-1981 est une période clé pour mettre en
évidence à la fois les solidarités interculturelles,
mais aussi des formes de paternalismes au sein des associations. Cet
ensemble de parrainages mettent en lumière le fait que linvestissement
associatif des étrangers est souvent corroboré par la
présence de militants français.
Cest donc une question légitime qua déjà
posée Michel Dreyfus tout à lheure : le mouvement
associatif lié à limmigration pendant cette période
est-il un mouvement autonome, ou est-ce un mouvement soumis aux diverses
influences de militants français ? Autrement posée, la
question serait de savoir si ces associations, tournées vers
les pays dorigine, sont des obstacles aux processus dintégration
ou si elles en sont des vecteurs, portées par des influences
mutuelles ? Nous sommes en présence dune ambivalence quil
serait important danalyser.
Lune des principales permanences de la période 1940-1981
est une revendication globale je suis toujours très caricatural
parce quil faut se dépêcher de ces associations
: le droit à la dignité (cest dailleurs
très proche du titre de notre table ronde : " à la
recherche dune légitimité "). Les voies daccès
à cette dignité sont difficiles et parfois douloureuses.
Défense dune tradition culturelle dans un pays " monoculturel
", lutte sociale, action politique : lassociation offre une
structure capable de suppléer, de conforter limmigré
dans son combat.
De cette période, il a souvent été dit à
tort ou à raison quil nexistait pas de velléités
dintégration des étrangers. Les travailleurs immigrés,
à lécart de la société française
étaient perçus comme provisoirement installés en
France et orientés vers lidée dun retour au
pays. En conséquence, ils navaient pas besoin de sassocier
selon le point de vue de ladministration française mais
aussi des pays dorigine. Cette affirmation nest pas conforme
à la réalité puisquen phase de théorique
" non intégration " les associations ont joué
un rôle intégrateur.
|
Pour répondre à la question de Philippe Bernard, il me
semble que, par rapport au développement des associations détrangers
pendant cette période, il existe un poids de lévénement
que lon retrouve en plusieurs occasions. Au cours de laffaire
Dreyfus, la Ligue des Droits de lHomme nest-elle pas intervenue
pour soutenir les étrangers au nom de ses engagements moraux
? Je rappelle très rapidement que le MRAP ou la CIMADE sont nés
de la Seconde Guerre mondiale, que lAmicale des Travailleurs Algériens
en France est née du FLN et donc de la guerre dAlgérie.
Linvestissement associatif est lié à des événements
généraux ou à des événements marquant
une communauté. Enfin, mai 1968 provoque une nouvelle donne associative
: la rencontre entre militants français et étrangers samplifie,
se justifie et sassume permettant de dynamiser le réseau
associatif. De nouveaux modes dassociations se développent,
notamment sous la forme de mouvements considérés comme
autonomes, tel le MTA (Mouvement des Travailleurs Arabes) créé
en 1970, véritable filiale immigrée de la gauche prolétarienne.
Après mai 1968 certaines associations tentent de se dédouaner
de la tutelle soit des pays dorigine sous la forme des amicales,
soit des mouvements historiques anti-racistes tels que le MRAP ou la
LICRA. A partir de là, une diversité se développe
dans le mouvement associatif lié à limmigration
ou immigré.
|

Affiche du MRAP, 1977,
Mesures Stoleru, mesures racistes, mesures illégales,
Coll. Génériques
|
| |
Je vais marrêter là. Il faut peut-être permettre
très rapidement des réactions de part et dautre.
|