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M. Hugues Bernard du Haut Cilly, Délégation
aux rapatriés
Mesdames et Messieurs, le Préfet, Louis Monchovet, Délégué
aux rapatriés, qui devait être parmi vous aujourdhui,
a eu un empêchement de dernière minute lié à
la conjoncture automnale qui la contraint à garder la chambre
pendant quelques jours. Il vous prie de bien vouloir len excuser.
Il avait préparé en vue de la réunion daujourdhui
une brève intervention en ouverture des travaux de cet après-midi.
Il ma demandé de vous en donner communication, ce que je
fais bien volontiers.
Comment les associations peuvent-elles aider des personnes dorigine
et dhistoire diverses à sintégrer à
la société française et par le même mouvement
aider la société française à les intégrer,
tel est le thème qui structure lensemble de ce colloque.
Lintégration, si elle consiste pour chacun en la possibilité
de vivre dans une société dont il a accepté les
règles et dont il devient un élément constituant,
suppose aussi lacceptation des spécificités culturelles,
sociales et morales, la communauté nationale senrichissant
de cette variété. Ce rapport entre les références
dorigine et lintégration est, à mon sens,
la vocation des associations qui facilitent la rencontre de personnes
porteuses de cultures différentes. Le fait associatif permet
déchapper à cette logique binaire.
En effet, les questions de lidentité et de la nationalité
sont des questions connexes mais non confondues : lidentité
renvoie à la psychologie individuelle et collective, la nationalité
au droit.
À lheure où les citoyennetés elles-mêmes
se superposent (française et européenne, par exemple),
il ne faut pas que la notion dappartenance nationale occulte la
complexité de la réalité psychologique, sociale,
historique.
Les harkis au sens large du terme et leurs familles constituent une
communauté historique identifiée. Comme la exprimé
à plusieurs reprises M. Hamoumou, jusquen 1962 les motivations
des uns et des autres, supplétifs, élus, fonctionnaires,
militaires, étaient diverses et variées, mais tous croyaient
en la volonté de la France de préparer sur place une évolution
ou une émancipation que linégalité entre
les communautés vivant en Algérie rendait indispensable.
Même si lémergence nationale algérienne était
également en question, un tel choix, qui relevait lui aussi dune
logique citoyenne, ne fut pas reconnu comme tel, et laccueil réservé
en France aux harkis a été souvent expéditif et
sans fraternité : eux-mêmes, leurs femmes, leurs enfants
ont été et sont victimes de discriminations comme le sont
dautres en raison de leur origine, ou du quartier dans lequel
ils résident.
La prise en compte de leur spécificité historique afin
quelle ne soit pas travestie et laccès aux droits
sociaux et civiques ont multiplié à partir des années
1970 la création dassociations par les rapatriés
dorigine nord-africaine. Elles sont environ 400, dont 126 sur
le plan national et départemental sont financées par la
délégation aux rapatriés. La diversité règne
dans les objectifs poursuivis : faire reconnaître le fait "
harki " méconnu par lEtat et la communauté
nationale, faciliter laccès à lemploi et à
la formation, agir pour lintégration civique, préserver
les traditions culturelles et conviviales.
Pour lattribution optimale de ses crédits, la délégation
aux rapatriés est confrontée à la dispersion et
à léchec des tentatives de coordination ou de fédération
de ces associations ; en outre elle rencontre un dilemme : comment renforcer
la sécurité financière des associations sans reconduire
automatiquement les subventions ? Comment se donner les moyens dévaluer
les projets réalisés sans imposer des contraintes administratives
trop lourdes ?
En prenant appui sur les associations et les collectivités locales,
la délégation a apporté son concours pour cofinancer
des projets de développement dont lobjectif final reste
linsertion.
Lun dentre eux, dans les Hautes Alpes, sera sans doute détaillé
cet après-midi, linitiateur étant présent
à la table ronde.
Trois autres projets méritent dêtre cités
ici, ils concernent :
* le désenclavement dune cité de la commune de Maing
dans le nord pour lequel laction conjuguée des " associations
locales harkis " et de la délégation aux rapatriés
a permis denclencher un processus socio-économique qui
intéresse toute la population. La poursuite de ce projet est
en cours et devrait aboutir à la reconstruction dune école
;
* laménagement de la Mosquée lumière à
Amiens, projet cultuel pris en charge par la population concernée,
a intégré grâce à un chantier dinsertion
cofinancé par les collectivités locales et la délégation
aux rapatriés, une vingtaine de jeunes enfants de harkis en grande
difficulté (à ce jour, un peu plus de la moitié
sont réinsérés dans la société).
Ce lieu de culte pourra bientôt recevoir le public ;
* une expérience dinsertion par léconomique
a également été financée à la Roque
dAnthéron dans les Bouches du Rhône. Aujourdhui,
plusieurs " stagiaires ", qui ont commencé par élaborer
et réaliser un sentier nature, sont en passe de créer
leur entreprise de produits biologiques.
Cette approche partenariale de linsertion doit être facilitée
par lextension du FAS à toutes les personnes qui, françaises
ou étrangères, sont, en raison de leur origine, victimes
de ségrégation à lemploi et au logement.
La proposition de loi sur les discriminations qui devrait être
adoptée définitivement en novembre 2001 va dans ce sens
et je souhaite que son application aux harkis et à leurs familles
soit rapidement mise en uvre.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie.
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