Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001

 


M. Hugues Bernard du Haut Cilly, Délégation aux rapatriés



Mesdames et Messieurs, le Préfet, Louis Monchovet, Délégué aux rapatriés, qui devait être parmi vous aujourd’hui, a eu un empêchement de dernière minute lié à la conjoncture automnale qui l’a contraint à garder la chambre pendant quelques jours. Il vous prie de bien vouloir l’en excuser. Il avait préparé en vue de la réunion d’aujourd’hui une brève intervention en ouverture des travaux de cet après-midi. Il m’a demandé de vous en donner communication, ce que je fais bien volontiers.

Comment les associations peuvent-elles aider des personnes d’origine et d’histoire diverses à s’intégrer à la société française et par le même mouvement aider la société française à les intégrer, tel est le thème qui structure l’ensemble de ce colloque.

L’intégration, si elle consiste pour chacun en la possibilité de vivre dans une société dont il a accepté les règles et dont il devient un élément constituant, suppose aussi l’acceptation des spécificités culturelles, sociales et morales, la communauté nationale s’enrichissant de cette variété. Ce rapport entre les références d’origine et l’intégration est, à mon sens, la vocation des associations qui facilitent la rencontre de personnes porteuses de cultures différentes. Le fait associatif permet d’échapper à cette logique binaire.

En effet, les questions de l’identité et de la nationalité sont des questions connexes mais non confondues : l’identité renvoie à la psychologie individuelle et collective, la nationalité au droit.

À l’heure où les citoyennetés elles-mêmes se superposent (française et européenne, par exemple), il ne faut pas que la notion d’appartenance nationale occulte la complexité de la réalité psychologique, sociale, historique.

Les harkis au sens large du terme et leurs familles constituent une communauté historique identifiée. Comme l’a exprimé à plusieurs reprises M. Hamoumou, jusqu’en 1962 les motivations des uns et des autres, supplétifs, élus, fonctionnaires, militaires, étaient diverses et variées, mais tous croyaient en la volonté de la France de préparer sur place une évolution ou une émancipation que l’inégalité entre les communautés vivant en Algérie rendait indispensable.

Même si l’émergence nationale algérienne était également en question, un tel choix, qui relevait lui aussi d’une logique citoyenne, ne fut pas reconnu comme tel, et l’accueil réservé en France aux harkis a été souvent expéditif et sans fraternité : eux-mêmes, leurs femmes, leurs enfants ont été et sont victimes de discriminations comme le sont d’autres en raison de leur origine, ou du quartier dans lequel ils résident.

La prise en compte de leur spécificité historique afin qu’elle ne soit pas travestie et l’accès aux droits sociaux et civiques ont multiplié à partir des années 1970 la création d’associations par les rapatriés d’origine nord-africaine. Elles sont environ 400, dont 126 sur le plan national et départemental sont financées par la délégation aux rapatriés. La diversité règne dans les objectifs poursuivis : faire reconnaître le fait " harki " méconnu par l’Etat et la communauté nationale, faciliter l’accès à l’emploi et à la formation, agir pour l’intégration civique, préserver les traditions culturelles et conviviales.

Pour l’attribution optimale de ses crédits, la délégation aux rapatriés est confrontée à la dispersion et à l’échec des tentatives de coordination ou de fédération de ces associations ; en outre elle rencontre un dilemme : comment renforcer la sécurité financière des associations sans reconduire automatiquement les subventions ? Comment se donner les moyens d’évaluer les projets réalisés sans imposer des contraintes administratives trop lourdes ?
En prenant appui sur les associations et les collectivités locales, la délégation a apporté son concours pour cofinancer des projets de développement dont l’objectif final reste l’insertion.

L’un d’entre eux, dans les Hautes Alpes, sera sans doute détaillé cet après-midi, l’initiateur étant présent à la table ronde.

Trois autres projets méritent d’être cités ici, ils concernent :

* le désenclavement d’une cité de la commune de Maing dans le nord pour lequel l’action conjuguée des " associations locales harkis " et de la délégation aux rapatriés a permis d’enclencher un processus socio-économique qui intéresse toute la population. La poursuite de ce projet est en cours et devrait aboutir à la reconstruction d’une école ;

* l’aménagement de la Mosquée lumière à Amiens, projet cultuel pris en charge par la population concernée, a intégré grâce à un chantier d’insertion cofinancé par les collectivités locales et la délégation aux rapatriés, une vingtaine de jeunes enfants de harkis en grande difficulté (à ce jour, un peu plus de la moitié sont réinsérés dans la société). Ce lieu de culte pourra bientôt recevoir le public ;

* une expérience d’insertion par l’économique a également été financée à la Roque d’Anthéron dans les Bouches du Rhône. Aujourd’hui, plusieurs " stagiaires ", qui ont commencé par élaborer et réaliser un sentier nature, sont en passe de créer leur entreprise de produits biologiques.

Cette approche partenariale de l’insertion doit être facilitée par l’extension du FAS à toutes les personnes qui, françaises ou étrangères, sont, en raison de leur origine, victimes de ségrégation à l’emploi et au logement.
La proposition de loi sur les discriminations qui devrait être adoptée définitivement en novembre 2001 va dans ce sens et je souhaite que son application aux harkis et à leurs familles soit rapidement mise en œuvre.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.



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