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Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001
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Table-ronde 3
1981-2001 : Politiques publiques, associations civiques et associations
communautaires
Associations civiques, militantisme et jeunes d'origine maghrébine
Dominique Baillet
Docteur en sociologie
Chargé de cours à l'Université Paris V
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Affiche de Mémoire Fertile, juin 1990,
Contre la démission politique,
Coll. Génériques
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Introduction
Depuis environ 25 ans, de nombreux jeunes d'origine maghrébine,
scolarisés entièrement en France, nés sur le territoire
français ou dans les pays du petit Maghreb (Algérie, Maroc,
Tunisie), et venus alors par le biais du regroupement familial, se sont
engagés dans des associations civiques, locales et nationales,
implantées dans les grandes agglomérations françaises.
Ces associations, qui étaient peu nombreuses dans les années
1970, se sont surtout développées depuis la loi du 9 octobre
1981. Grâce à plusieurs travaux de chercheurs (1),
on peut affirmer qu'elles sont aujourd'hui plusieurs milliers, puisqu'on
dénombrait 4000 associations en 1985, dont 850 de Maghrébins
(2) , et qu'elles ont connu trois générations
ou trois périodes. Catherine Wihtol de Wenden distingue les associations
des années 1970 de la génération d'avant 1981,
marquées par l'immigritude, l'ouvriérisme,
le pays d'origine, celles des années 1980 de la génération
de la mouvance beur (1983-1993) et celles des années 1990 de
la génération de l'associationnisme moral, social
et local (3). Quant à nous, nous avions
différencié trois périodes en fonction du rapport
des militants à leur militantisme associatif une période
politique (1973-1981), où l'engagement se voulait idéologique
; une période politico-économique (1982-1989) ; et une
période économique depuis 1990, où l'engagement
avait des finalités professionnelles (4).
Ces associations recouvrent diverses dimensions (sociales, culturelles,
économiques), ont des structures plus ou moins grandes et des
fonctions différentes (5) .
Il ne s'agit pas ici de dresser un état des lieux de l'ensemble
des associations existantes dans les grandes agglomérations françaises,
mais de les catégoriser, pour ensuite proposer une typologie
des fonctions associatives, non pas à partir d'une enquête
statistique nationale, mais d'une enquête qualitative élaborée
entre 1994 et 1996 en région parisienne, auprès d'une
centaine dassociations. Celles-ci ont pu être catégorisées
à partir du recrutement de leurs militants et de militants associatifs
d'origine maghrébine (6).
Les publics : de leur structure, et des actions menées
Nous avons dénombré six catégories d'associations
où se sont engagés les jeunes d'origine maghrébine
en France : les associations communautaires nationales religieuses,
créées par des jeunes immigrés maghrébins
étudiants ; les associations communautaires locales religieuses,
fondées dès la fin des années 1980, par des jeunes
issus de l'immigration maghrébine plutôt désenchantés
par le politique ; les associations communautaires locales politiques,
créées depuis la fin des années 1980 par des jeunes
issus principalement de l'immigration algérienne, qui tentent
de jouer un rôle politique dans le pays d'origine ; les associations
ethniques nationales politico-juridiques créées
au cours des années 1980 par des jeunes issus de l'immigration
maghrébine et destinées plutôt aux jeunes des banlieues
; les associations ethniques locales socio-culturelles et d'insertion
économique, fondées, depuis la loi de 1981, par des
jeunes d'origine maghrébine, issus des banlieues populaires,
qui jouent un rôle dans la vie politique locale ; enfin des associations
universelles nationales, civique et antiracistes, mises en place par
des jeunes immigrés, diplômés, et destinées
aux jeunes issus de l'immigration maghrébine, africaine, et européenne,
jouant un rôle dans la vie politique française nationale
(7).
Les associations communautaires nationales sont des institutions
musulmanes, présentes aussi au niveau local, et riches en subventions
provenant des pays étrangers, mais ne sont pas subventionnées
par le FAS. Il s'agit de la Fédération nationale des Musulmans
de France, à dominante marocaine, créée en 1985
par un Français converti, regroupant environ cinq cent associations
musulmanes locales, dont une cinquantaine en région parisienne,
et financée jusqu'en 1993 par l'Arabie Saoudite, puis par les
cotisations des adhérents. Puis, il est question de l'Union des
organisations islamiques de France, majoritairement tunisienne, fondée
en 1977 par un Tunisien, financée en partie par l'Arabie Saoudite,
composée de deux cent associations et cent cinquante mosquées,
et proche de l'idéologie des Frères Musulmans (8).
Les associations communautaires locales,
quant à elles, développées surtout au cours des
années 1985-1995, et liées à "un accroissement
de demande d'Islam", dû notamment au désenchantement
de jeunes d'origine maghrébine, avoisinaient le chiffre de 650
en 1985, de 850 en 1989, et atteignaient plus d'un millier au début
des années 1990 (9). Fondées sous
le régime de la loi de 1901, et non de la loi de 1905 de séparation
de l'Eglise et de l'Etat, elles n'ont guère de relations entre
elles, tissent peu de liens avec des associations françaises,
ne sont pas financées par le FAS (10). A
forte dimension sociale, ces associations séculières sont
animées par de jeunes pratiquants, fondées pour
la plupart dans la décennie 1990 sur l'échec du mouvement
beur et l'épuisement du travail social classique (11).
Il s'agit dans les Yvelines de lAJIR (Association des jeunes des
Indes pour le renouveau) créée à Sartrouville en
1990, de Repères fondée à Trappes en 1992, de l'association
des Musulmans de Fontenay créée en 1992 à Fontenay
dans le Val-de-Marne. Ces associations musulmanes mènent des
actions socioculturelles, socio-éducatives ou culturelles. Elles
organisent des activités périscolaires, ludiques et sportives,
et jouent un rôle de prévention contre la délinquance
(12).
Quant aux associations communautaires locales politiques, elles
commencent à se créer dès la fin des années
1980, ont de maigres subventions venant principalement des cotisations
d'adhérents, et ne bénéficient d'aucune aide du
FAS. Il s'agit, par exemple, de l'Assetima (Associations des étudiants
issus de l'immigration algérienne) créée à
Paris en 1987 par des étudiants algériens et issus de
l'immigration algérienne, dissoute en 1991 par manque de ressources
financières, de Maghreb 2000 fondée à Paris par
des immigrés algériens en 1992, d'Algérie au Cur,
mise en place à Saint-Denis en 1994 par des Algériens.
Ces associations organisent des actions de solidarité politique
(actions de défense de la démocratie en Algérie,
de développement de réseaux de solidarité avec
le peuple algérien), ou bien de solidarité économique,
comme l'aide au développement de liens économiques entre
la France et l'Algérie.
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Ensuite, les associations ethniques nationales politico-juridiques,
principalement fondées au cours des années 1980, sont
des organisations créées par des jeunes issus de l'immigration
maghrébine, qui ont des partenaires variés dans le monde
associatif français, dans celui des ONG, et l'univers des travailleurs
sociaux, et sont essentiellement financées par le FAS. Il s'agit
du CAIF (Conseil d'associations immigrées de France) créée
en 1984 à Paris, regroupant dix-neuf fédérations
issues du MTI (Mouvement des travailleurs immigrés), de Mémoire
Fertile, association parisienne dotée de nombreux comités
locaux en province mise en place en 1988, et disparue en 1993, du Comité
national contre la double peine fondé en 1990 par des jeunes
d'origine maghrébine de banlieue, victimes d'expulsion. Ces associations
mènent principalement des actions socio-politiques et juridiques
: luttes contre les expulsions, luttes en faveur du développement
des droits des étrangers.
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Affiche de la CAIF, mars 1987,
Vous avez dit citoyen ?,
Coll. Génériques
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Les associations ethniques locales, socioculturelles et d'insertion
économique, quant à elles, ont été créées
après 1981, au cours des années 1980-1990 par des jeunes
issus de l'immigration maghrébine. Pour la plupart financées
par le FAS, implantées dans des quartiers populaires, elles ont
pour partenaires des associations locales, des travailleurs sociaux,
des ONG, et souvent leur municipalité. Il s'agit de EGO, implantée
dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris en 1986, de NAHDA,
créée en 1982 à Nanterre, de Nanas Beurs, construite
en 1985 à Boulogne, d'associations installées à
Mantes la Jolie dans le quartier du Val Fourré, comme Femmes
2000 née en 1991, Appel d'air, créée en 1991, de
l'AJS (Association des Jeunes de Sartrouville) mise en place en 1991
à Sartrouville, dans le quartier des Indes, de l'ANGI (Association
pour la nouvelle génération immigrée), fondée
en 1981 à Aubervilliers, de Sos ça bouge, née en
1984 à Bondy dans les quartiers nord, de la Maaform (Maison des
associations alternatives et de la formation) créée en
1991 à Pantin, d'Africa fondée en 1987 à la Courneuve
dans la cité des 4000, de l'association des femmes de Francs
Moisins née en 1980, à Saint-Denis, etc. Ces associations
organisent des actions socioculturelles, socio-éducatives (soutien
scolaire, cours d'alphabétisation, activités artistiques,
culinaires), et depuis les années 1990, des actions d'insertion
économique, comme la création de petites entreprises.
Enfin, les associations universelles nationales, antiracistes et
civiques, ont été créées dans la seconde
moitié des années 1980 par des jeunes immigrés
maghrébins. Ces associations, dotées de nombreux comités
locaux répartis sur le territoire français, financées
par le FAS et bénéficiant souvent de subventions ministérielles,
ont tissé des liens avec de nombreux partenaires plutôt
nationaux, tant associatifs, syndicaux que politiques. Les unes sont
plutôt tournées vers la lutte politique contre le racisme
et les discriminations ethniques, comme SOS Racisme créée
en 1985 à Paris, ou la Fédération nationale de
la Maison des Potes fondée en 1988 à Saint-Denis. Les
autres, comme France Plus, fondée en 1985 et aujourd'hui disparue,
sont plus centrées sur des actions civiques et juridiques.
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Affiche SOS Racisme,
On n'a pas trouvé plus efficace contre le racisme,
Coll. Génériques
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Ces associations, ainsi catégorisées,
ont peu à peu, depuis le milieu des années 1970, contribué
à la socialisation ou favorisé l'intégration des
jeunes militants d'origine algérienne, plutôt d'origine
kabyle, puis à partir du début des années 1980,
d'origine maghrébine, filles comme garçons, tant d'origine
berbère qu'arabe. Le concept de socialisation est ici entendu
dans le sens de la tradition durkheimienne. Il s'agit d'un processus
qui s'effectue par le biais d'instances de socialisation comme la famille,
qui assure la socialisation primaire durant l'enfance, puis comme l'école,
la profession, la religion, l'association, la société
politique, assure la socialisation secondaire tout au long de la vie
d'un individu (13). Quant au concept d'intégration,
emprunté à Dominique Schnapper, il désigne les
divers processus par lesquels les immigrés, comme l'ensemble
de la population réunie dans une entité nationale, participent
à la vie sociale. Il signifie le processus par lequel
les individus participent à la vie collective par l'activité
professionnelle, l'apprentissage des normes de consommation, l'adoption
des comportements familiaux et sociaux, l'établissement des relations
avec les autres (14).
Ces associations, où militent des jeunes issus de l'immigration
économique, des fils de harkis ou de Français musulmans,
revêtent deux types de fonction sociale. Pour bâtir cette
typologie, nous avons mobilisé le concept de fonction sociale
des fonctionnalistes américains, et aussi utilisé l'apport
de Max Weber qui distingue de manière idéal-typique la
socialisation communautaire de la socialisation sociétaire. Le
premier type s'apparente à une socialisation sociétaire,
qui correspond au développement de relations sociétaires,
c'est-à-dire de relations dans un champ d'activités sociales
(15) dans la sphère économique ou
politique. C'est le rôle joué par les associations que
nous qualifions de "sociétaristes", regroupant
les associations nationales universelles, antiracistes et civiques,
les associations ethniques nationales politico-juridiques, et
les associations ethniques locales, socio-culturelles et d'insertion
économique. Les premières contribuent à l'intégration
dans la sphère économico-politique dominante de leurs
militants, les secondes favorisent l'ascension sociale de leurs militants
dans un espace professionnel spécifique. Le second type de fonction
correspond à une socialisation communautaire, c'est-à-dire
au développement de relations communautaires et d'une sociabilité
communautaire, autrement dit familiale, clanique, de voisinage, affective
et au maintien des liens primordiaux. Ce rôle de renforcement
de la sociabilité communautaire est assuré par les associations
"communalistes" qui regroupent des associations communautaires
nationales et locales religieuses et politiques.
I- Des associations sociétaristes d'intégration générale
Les associations, que nous qualifions de "sociétaristes"
et qui assurent à leurs militants une intégration générale,
c'est-à-dire non spécifique, sont les associations universelles
et nationales. Elles ont permis, à partir de la fin des années
1980, à leurs militants d'avoir accès à des emplois
de cadres plutôt supérieurs aussi bien dans l'entreprise
privée que dans le secteur public de l'administration, et aussi
à des professions libérales. Si elles ont contribué
à une intégration économique, elles leur ont également
donné la possibilité de s'intégrer dans la vie
politique française nationale, en leur donnant accès aux
partis politiques dominants.
A- Des associations sociétaristes d'intégration à
la sphère économique
Ces associations ont consolidé l'intégration économique
de leurs militants, pour la plupart, insérés sur le marché
de l'emploi des cadres, ou en fin d'études universitaires, tant
en entreprise que dans la bureaucratie.
1- Une intégration dans les entreprises privées dominantes
Grâce à ces associations nationales, certains militants
ont réussi, après plusieurs années de militantisme,
à créer une petite entreprise, en rentabilisant le savoir-faire
acquis dans ces associations et en instrumentalisant les structures
de l'association à des fins professionnelles. D'autres mêmes
sont parvenus, en capitalisant leur diplôme et leur expérience
associative, à accéder à des entreprises privées
dominantes, c'est-à-dire à un "marché primaire",
selon l'expression de S. Berger et de M. Piore (16),
signifiant un marché d'entreprises de grande taille, caractérisé
par une demande stable et prévisible. Ainsi, ces associations
ont donné la possibilité à ces militants d'entrer
dans un "marché du travail fermé" (17),
celui des professions libérales et des professions à statut
national. Mais leur rôle ne se borne pas à donner la possibilité
de bâtir une carrière en entreprise. Il ouvre également
l'accès à la bureaucratie.
2- Une intégration dans l'administration et la fonction publique
Ces associations ont permis à certains de leurs membres d'entrer,
grâce à leur expérience associative qui constitue
un capital culturel, social et professionnel, dans le secteur de l'administration,
dans des grandes entreprises publiques ou des organismes parapublics
nationaux ou internationaux. Elles ont donné la possibilité
aussi à certains autres d'entrer dans l'administration centrale
et dans les ministères. Ainsi elles ont permis une intégration
économique de ces militants dans la sphère bureaucratique
dominante. Mais elles n'ont pas assuré seulement une intégration
économique ; elles ont contribué aussi à une intégration
politique.
B- Des associations d'intégration à l'espace politique
dominant
Les associations nationales universelles ont contribué
à l'entrée de leurs militants dans la sphère politique,
tant administrative que représentative.
1- Une intégration dans le champ politico-administratif
Certains militants ont obtenu, par le biais de ces associations, des
responsabilités nationales au sein de ces associations et en
sont devenus les salariés permanents, en d'autres termes les
cadres dirigeants. Ces associations ont permis aussi à d'autres
militants une intégration professionnelle dans les partis politiques
centraux qui dominent la vie politique française et leur ont
offert des postes de salariés permanents dans les partis dominants
ou encore, des postes de conseillers techniques dans les ministères,
plutôt ceux qui sont destinés à l'intégration,
tel le ministère de la Ville, des Affaires sociales, de la Jeunesse
et des Sports. Elles ont donc contribué à leur intégration
dans le champ politico-administratif qui rassemble les différents
ministères ainsi que leurs services extérieurs, le champ
de la haute fonction publique étant un sous-champ du précédent,
disposant d'une forte autonomie (18).
2- Une intégration dans le champ des élus politiques dominants
Ces associations, en facilitant l'entrée dans les partis politiques
dominants, ont permis à leurs militants de faire valoir une place
sur les listes électorales, municipales cantonales et régionales,
à partir de 1989, mais pas nationales. Certes, ces jeunes militants
d'origine maghrébine sont plus nombreux à être candidats
aux élections municipales de 2001, qu'à celles de 1995
ou de 1989, et sont souvent en position éligible, y compris,
sur des listes droites, surtout aux dernières échéances
électorales de 2001. Mais cette année encore, on ne compte
aucun maire, aucun président de conseil général
ou régional, aucun député, ou sénateur d'origine
maghrébine. Devenus conseillers municipaux, maires adjoints,
conseillers généraux, ou encore conseillers régionaux,
ces élus locaux sont, comme le dit A. Malibeau "des nouveaux
professionnels de la République" (19).
Il s'agit d'"élus marginaux", dont "les fonctions
restent au bas de l'échelle administrative" (20).
Ainsi, grâce à ces associations, ces militants forment
une nouvelle classe politique locale, non pas formée de professions
libérales et indépendantes, mais de fonctionnaires et
de salariés, et entrent dans une "nouvelle classe moyenne"
faite de cadres de la fonction publique et du secteur privé qui
s'accapare le pouvoir local (21). En conclusion,
ces associations nationales universelles ont contribué
à l'entrée de ces militants dans la nouvelle bourgeoisie
moyenne économique regroupant des cadres supérieurs de
l'entreprise, des fonctionnaires catégorie A, des administratifs,
des professions libérales et du personnel politique.
II- Des associations sociétaristes d'intégration spécifique
Les associations ethniques ont permis à leurs militants de bénéficier
d'une intégration socioprofessionnelle spécifique. Pour
les jeunes d'origine maghrébine qui ont commencé à
militer dans la seconde moitié des années 1970 au nom
de leur classe sociale d'origine, ces associations ont contribué
à former une élite intellectuelle dominée. Pour
ceux qui se sont engagés après 1981 au nom de leur identité
ethnique, elles ont favorisé la création d'une petite
bourgeoisie du travail social.
A- Des associations constitutives d'une élite intellectuelle
contestataire
Dans les années 1970-1980, les associations ethniques ont
donné à leurs militants une certaine notabilité,
une notoriété et un prestige local. Elles leur ont permis
de valoriser leur capital culturel et scolaire déjà acquis
par la socialisation universitaire. Elles leur ont donné la possibilité
d'obtenir une insertion économique durable dans les sphères
médiatico-intellectuelles à partir de la seconde moitié
des années 1980. Ainsi, elles ont contribué à constituer
une élite intellectuelle culturelle et politique contestataire
d'origine maghrébine. Nous retiendrons la conception de l'élite
de I. Taboada-Leonetti. Selon celle-ci, il existe aujourd'hui une élite
au sein de chaque groupe social, dont le recrutement n'est plus seulement
héréditaire et fondé sur le capital économique.
Ce travail souligne par ailleurs que l'élite n'est plus assimilée
à la classe dirigeante ayant des intérêts communs,
mais représente une pluralité de groupes aux intérêts
parfois divergents (22).
Ces associations ont donc ainsi permis à ces jeunes d'origine
maghrébine de devenir sociologues, écrivains, journalistes,
éditeurs, cinéastes, romanciers, etc. de former une élite,
car ils appartenaient déjà, par leur diplôme élevé
de troisième cycle et leur profession (professions libérales,
cadres administratifs) aux catégories dominantes. Leur permettant
d'exercer ces professions, elles ont consolidé ainsi leur position
dans cette classe sociale, qu'est la bourgeoisie. Elles ont en fait
renforcé leur position au sein de la bourgeoisie culturelle,
la fraction dominée de la bourgeoisie fortement pourvue en capital
culturel et faiblement en capital économique. Elles ont donc
contribué à former un groupe d'intellectuels d'origine
maghrébine, les intellectuels, étant, souligne Pierre
Bourdieu, "en tant que détenteurs de capital culturel
une fraction dominée de la classe dominante" (23).
Elles leur ont permis ainsi de former une nouvelle bourgeoisie culturelle
d'origine maghrébine en parachevant leur socialisation universitaire
et accroissant le volume de leur capital culturel.
B- Des associations de promotion d'une petite bourgeoisie du travail
social
D'autres associations ethniques, plutôt locales, créées
après 1981, ont pu non seulement assurer dans les années
1980-1990 à leurs militants une socialisation post-scolaire,
professionnelle et une mobilité sociale, mais aussi faciliter,
dès la fin des années 1980 une intégration politique
locale périphérique, fragile et instable, et ont permis
de passer au politique.
1- Des associations de substitution à l'école républicaine
Les associations ethniques d'après 1981 ont donc facilité
en premier lieu une socialisation secondaire de leurs militants. Elles
se sont tout d'abord substituées au rôle de socialisation
et d'intégration des populations d'origine étrangère
que jouait encore l'école publique républicaine à
la fin des années 1970 dans les banlieues ouvrières. Elles
ont compensé le rôle reproducteur du système scolaire,
son déficit démocratique et sa capacité à
exclure (24), ont atténué l'inégalité
des chances et constitué une seconde voie post-scolaire de socialisation,
une deuxième école de l'ascension sociale. Elles ont ainsi
constitué une école post-moderne plus en adéquation
avec ce nouveau public, dont font partie les jeunes issus de l'immigration
maghrébine, en leur permettant d'acquérir des savoirs
concrets et spécifiques, sans qu'ils aient le sentiment de subir
un contrôle social. Elles ont joué le rôle de substitut
au capital scolaire et professionnel, pallié le manque de proximité
de ces jeunes à l'institution scolaire (25)
et eurent aussi un rôle de promotion sociale que n'assume plus
l'école pour les enfants d'ouvrières, depuis les années
1980, qui est de moins en moins un moyen d'échapper à
la condition ouvrière ou d'accéder à ses rangs
les plus qualifiés (26). Elles ont complété
enfin le rôle de l'école, celui de la formation de la citoyenneté,
puisque le système scolaire actuel ne forme pas d'abord le citoyen,
mais le membre de la société économique (27),
et ont donc remplacé "l'école du citoyen"
(28) qui existait naguère en France.
2- Des associations de socialisation professionnelle et alternative
Ces associations ont pu former un "marché secondaire"
du travail, permettant ainsi d'éviter le chômage. En effet,
elles ont permis un nouveau mode d'organisation du travail vis-à-vis
des effets de la crise économique actuelle, en constituant une
forme d'organisation nouvelle, post-taylorienne. Elles ont remplacé,
depuis la deuxième moitié des années 1980, le rôle
d'intégration que jouait le travail salarié traditionnel
dans les années 1970, mais n'ont remplacé quune
certaine forme de travail. Elles n'ont pas mis fin à sa centralité,
mais à celle du travail salarié à temps plein.
Avec l'accélération du chômage des jeunes dans les
années 1980-1990, ces associations ont été souvent
plus intégratrices que les stages de l'ANPE, les emplois précaires.
Elles leur ont permis de trouver un stage qualifiant ou un emploi dans
le travail social, leur ont donné des stratégies, mis
à disposition un réseau et un système de recommandations
susceptibles de les faire accéder à un marché du
travail spécifique, et les ont insérés plus que
le travail salarié classique (29). Elles
ont même pu permettre parfois des reconversions professionnelles,
en facilitant l'accès, après une période de chômage
choisie ou imposée, à un emploi plus conforme au projet
de vie des militants. Elles ont donné la possibilité,
en d'autres termes, d'un passage d'un emploi de "nécessité",
estimé aliénant, à un emploi de "liberté",
selon les termes de P. Bourdieu (30). Jouant aussi
le rôle de protection sociale plus valorisante que le RMI, elles
leur ont permis de passer de l'état "sans statuts"
ou statuts nés de la solidarité (31),
à l'état "statuts issus de l'emploi",
et les ont aidés à passer d'une zone de "vulnérabilité",
(associant précarité du travail et fragilité relationnelle),
de "désaffiliation" (conjuguant absence de travail
et isolement social) ou "d'assistance" (zone de dépendance
secourue et intégrée) à une zone "d'intégration"
(zone où l'on a les garanties d'un travail permanent et peut
mobiliser des supports relationnels solides) (32).
Ces associations ont ainsi constitué un mode de socialisation
professionnelle alternative, en permettant une insertion dans le marché
secondaire de l'emploi moins instable. Pouvant s'apparenter à
un nouveau mode public ou para-public de socialisation post-scolaire
venant doubler sur le versant institutionnel la solidarité familiale,
elles ont permis alors une "socialisation d'attente".
Elles ont fait patienter ces jeunes d'origine maghrébine et peuvent
être comparées à un dispositif leur donnant un statut
et une forme de reconnaissance sociale et de légitimité
(33). Elles ont permis ainsi l'évitement
de l'exclusion et de la désaffectation sociale et ont contribué
à éviter la galère, c'est-à-dire
l'expression de la décomposition du système d'action de
la société industrielle, la rupture d'un mode d'intégration
populaire traditionnel, l'épuisement du mouvement ouvrier (34).
Ainsi, elles ont facilité la socialisation professionnelle de
leurs militants, leur ont permis souvent d'éviter la précarité
économique. Elles ont contribué également au changement
social, au passage des classes populaires à la petite-bourgeoisie
et à la création d'une nouvelle petite-bourgeoisie d'origine
maghrébine.
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3- Des associations d'intégration politique locale
Enfin, certaines associations ont facilité une intégration
politique. Elles ont favorisé plutôt l'entrée dans
le champ dominé de la politique, autrement dit celle dans les
partis périphériques. Il s'agissait, à partir de
1989, des mouvements écologistes, et principalement des Verts
à partir de 1992, du parti de B. Tapie, Radical, de 1993 à
juin 1995, et aussi de la Ligue communiste révolutionnaire. Toutefois,
ces partis n'ont guère permis leur intégration politique
car ils ont eu globalement peu d'élus d'origine étrangère
à l'issue des élections municipales de 1989, des cantonales
et des régionales de 1992 et de 1997, des européennes
de 1994 et de 1999, et enfin des municipales de 1995 et de 2001.
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Affiche ADATE, juin 1994,
Intégration : le temps d'une éthique ?
Coll. Génériques
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III- Des associations communalistes de socialisation communautaire
Les associations "communalistes", c'est-à-dire communautaires,
nationales et locales, religieuses et politiques, ont surtout favorisé
la communalisation de leurs militants, c'est-à-dire l'entrée
en communauté de leurs militants.
A- Des associations de socialisation politique
Dans les années 1990, les associations communautaires politiques
permettent aux jeunes d'origine maghrébine de maintenir des liens
culturels et politiques avec la communauté culturelle et le pays
de leurs parents. Elles leur procurent des rétributions immatérielles
d'ordre culturel et symbolique, mais ne leur offrent guère de
rétributions financières.
1- La formation d'une communauté transnationale
Par le biais de ces associations communautaires, ces militants obtiennent
une certaine notabilité et retirent un charisme et une reconnaissance
sociale des populations maghrébines vivant en France, dont ils
estiment être les porte-parole. Si ces associations ne leur offrent
pas la possibilité de s'insérer dans la vie politique
française dominante et n'accélèrent pas le processus
de leur insertion professionnelle, elles permettent la création
d'une communauté politique transnationale plutôt franco-algérienne.
Elles leur assurent un processus de réenracinement dans une double
culture nationale et servent à compenser les injustices ressenties
de la vie politique française qui leur a souvent empêché
de jouer un rôle selon leurs désirs.
2- La constitution d'une identité de médiateur
Ces associations donnent aussi la possibilité à ces militants
d'être des médiateurs culturels et politiques auprès
des jeunes populations maghrébines résidant en France,
des populations exilées, notamment algériennes vivante
parfois clandestinement sur le territoire français, depuis les
événements liés à l'ascension du FIS, et
d'être aussi des relais politiques et syndicaux des populations
vivant au Maghreb qui luttent pour l'instauration d'un régime
démocratique.
B- Des associations de socialisation culturelle
Les associations communautaires religieuses, locales et nationales,
favorisent la constitution d'une communauté culturelle d'origine
maghrébine, sans contribuer à l'intégration.
1- Un repli communautaire
Si ces associations ne permettent pas l'insertion professionnelle, la
participation à la vie politique française et à
l'intégration à la société de résidence,
elles entraînent un repli communautaire, parfois une rupture avec
la société de résidence. Néanmoins, elles
offrent la possibilité à ces jeunes de renouer avec la
communauté culturelle de leurs parents, de trouver un refuge
communautaire, de compenser leur échec scolaire et social et
leur évitent d'entrer dans des processus d'anomie et d'exclusion.
2- Une socialisation familiale et post familiale
Ces associations complètent aussi la socialisation qui n'est
plus guère assurée par la famille ouvrière traditionnelle,
aujourd'hui affectée par le chômage de longue durée,
le divorce, la monoparentalité, la précarité économique
et affective et la fin de l'idéologie politique ouvriériste.
Si elles remplacent la fonction socialisatrice de la famille, privée
de ses fonctions économiques et politiques (35),
elles leur procurent aussi le sentiment d'un destin social commun que
ne leur propose plus la société française, car
il y a aujourd'hui un affaiblissement des idéaux de la société
française (36). Leur donnant la possibilité
de croire en un avenir de substitution à l'avenir professionnel,
elles leur permettent de gérer positivement leur période
de chômage et de vivre une sorte de chômage "inversé"
(37).
3- Une socialisation religieuse et éthique
Enfin, ces associations redonnent du sens à la vie, d'ordre éthique
et moral, en leur offrant une nouvelle spiritualité et l'accès
à un nouveau mysticisme. Elles remplacent les institutions en
charge des jeunes en instance d'intégration, comme le parti communiste
et les syndicats ouvriers. Permettant d'éviter la radicalisation
du désespoir sous la forme de l'islamisme ou du terrorisme et
de créer un écart par rapport à la société
globale plutôt qu'une rupture, elles réislamisent ces jeunes
de manière non traditionnelle, leur assurent un encadrement social,
redonnent du sens à leur vie sociale et leur permettent de renouer
avec le sens, par le truchement du sacré, dans une société
française post-moderne, et de surmonter le malaise de la sur-modernité
(38). Elles ont une fonction semblable à
celle de la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) qui avait
un fort rôle de socialisation dans les classes populaires dès
1950-1960.
Ainsi, ces associations communautaires socialisent ou resocialisent
ces jeunes militants d'origine maghrébine. Elles structurent
leur mode pensée, leur confèrent une idéologie
islamique ou une identité politique binationale, et les aident
à gérer leur identité culturelle et certaines échecs
professionnels. Elles constituent ainsi un nouveau mode de socialisation
comme pouvait l'être le trotskisme et le maoïsme dans les
années 1970.
Conclusion
En conclusion, les associations " sociétaristes " ont
assuré dans les années 1980-1990 au moins une socialisation
de leurs militants et au mieux une intégration économique
et politique et ont ainsi compensé les insuffisances de l'Etat
Providence. Les associations communalistes ont procuré,
quant à elles, dans les années 1990 une socialisation
communautaire, culturelle et politique à leurs militants, et
si elles n'assurent ni intégration économique, ni ascension
sociale, elles forment néanmoins des espaces structurants de
contre-pouvoir dans la société française.
__________________________________________________________
NOTES
1)- Cf. les nombreux articles et ouvrages de C. Wihtol de Wenden, les
travaux de S. Bouamama, louvrage de M. Barthélémy
: Associations, un nouvel âge de participation, Paris,
Presses de Sciences Po, 2000 ; les articles et ouvrages de A. Jazouli,
celui de V. Geisser : Ethnicité républicaine : les
élites dorigine maghrébine dans le système
politique français, Paris, Presses de Sciences Po, 1997 ;
enfin, mes articles et mon ouvrage : Militantisme politique et intégration
des jeunes dorigine maghrébine, Paris, LHarmattan,
2001. Retour
2)- C. Wihtol de Wenden, R. Leveau, La Beurgeoisie, Paris, CNRS,
2001, p.40. Retour
3)- Ibid, pp. 8-12. Retour
4)- D. Baillet, Militantisme politique et intégration des
jeunes dorigine maghrébine, Paris, LHarmattan,
2001. Retour
5)- D. Baillet, Thèse de doctorat de sociologie : "Le militantisme
des jeunes dorigine maghrébine en région parisienne
depuis 1973 : le passage du politique à léconomique",
Paris, EHESS, 1998, sous la dir. De D. Schnapper. Retour
6)- Ibid. Retour
7)- D. Baillet : " les associations issues de limmigration,
un outil dintégration ? ", Migrations Sociétés,
septembre-octobre 2000. Retour
8)- F. Khosrokavar, LIslam des jeunes, Paris, Flammarion,
1997, p. 283 et pp. 289-292. Retour
9)- C. Wihtol de Wenden, La beurgeoisie, Paris, CNRS, 2001, pp.
29-30. Retour
10)- Ibid., p. 30. Retour
11)- Ibid., p. 150. Retour
12)- F. Khosrokavar, LIslam des jeunes, op. cit., p.284.
Retour
13)- E. Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF,
1967, et Léducation morale, Paris, PUF, 1963. Retour
14)- D. Schnapper, LEurope des immigrés : essai sur
les politiques dimmigration, Paris, Bourin, 1992, p.18. Retour
15)- M. Weber, Economie et société, TI, Paris,
Plon, 1965. Retour
16)- S. Berger, M. Piore, Dualism and discontinuity in industrial
societies, Cambridge, université Press, 1980. Retour
17)- C. Paradeise, "La marine marchande française : un marché
du travail fermé ? ", revue française de sociologie,
n°3, juillet-septembre 1984, pp. 352-375. Retour
18)- P. Bourdieu, "la construction du marché. Le champ administratif
et la production de la politique du logement ", Actes de la
recherche en sciences sociales, n°81-82, 1990, pp. 65-85. Retour
19)- A. Mabileau, "Lélu local : nouveau professionnel
de la République", Pouvoirs, n°62, 1992, pp.
66-77. Retour
20)- Ibid, p. 68. Retour
21)- I. Taboada-Leonetti, "les élites dorigine étrangère",
Les temps modernes, n°462-464, 1984, pp. 333-337. Retour
22)- P. Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980,
p. 70. Retour
23)- P. Bourdieu, P. Champagne, "Les exclus de lintérieur",
ARSS, n°91-92, mars 1992, pp. 72-73. Retour
24)- S. Laacher, "Lécole et ses miracle", Politix,
n°12, décembre 1990, p.32. Retour
25)- J.P. Terrail, Destins ouvriers, la fin dune classe,
Paris, PUF, 1990, p. 105. Retour
26)- A. Sayad, "Les maux à mots de limmigration",
Politix, n°12, décembre 1990, p. 22. Retour
27)- D. Schnapper, "Lécole du citoyen". Retour
28)- O. Dabène, "Les Beurs, les Potes, Identités
culturelles et conduites politique", Politix, n°12,
décembre 1999, p. 44. Retour
29)- P. Bourdieu, La distinction, Paris, Minuit, 1979. Retour
30)- D. Schnapper, Lépreuve du chômage, Paris,
Gallimard, 1980, p. 189. Retour
31)- R. Castel, in J. Donzelot (dir.), Face à lexclusion,
Paris, 1991, p. 148. Retour
32)- O. Galland, "Les jeunes et lexclusion", in S. Paugam
(dir.), Lexclusion, létat des savoirs, Paris,
La Découverte, 1996, pp. 186-187. Retour
33)- J.C. Lagree, "Marginalités juvénile", in
Ibid., pp. 331-332. Retour
34)- D. Hervieu-Léger, La religion pour mémoire,
Paris, Cerf, 1993, p. 219. Retour
35)- F. Khrosokavar, "Luniversel abstrait, le politique et
la construction de lislamisme comme forme daltérité",
in M. Wieviorka (dir.), La société fragmentée,
Paris, La Découverte, 1996, p. 136. Retour
36)- D. Schnapper, Lépreuve du chômage, Paris,
Gallimard, 1981. Retour
37)- F. Khrosokavar, op.cit. Retour
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