Ce qui pose par conséquent et tout d'abord une question d'ordre
économique. On constate que l'économie marchande crée
des effets pervers par le système de l'offre et de la demande
car l'homme n'est pas au centre des préoccupations.
Par réaction, l'économie sociale fait le pari d'une économie
qui n'écrase pas l'homme, mais qui se met à son service.
Ainsi, elle est en partie une des réponses à l'exploitation
des salariés. Les composantes de l'économie sociale sont
de quatre ordres : les coopératives, les banques mutualistes,
les associations d'employeurs et les mutuelles. Malgré cette
volonté, une frange de la population n'est pas toujours prise
en compte et reste sur le " bord de la route ". Ce sont ceux
que l'on appelle communément aujourd'hui les exclus. On voit
alors apparaître une autre forme d'économie, l'économie
solidaire qui témoigne clairement de vouloir répondre
à une nouvelle demande, celle de la lutte contre l'exclusion
et de l'isolement des personnes.
En résumé, l'économie sociale et l'économie
solidaire viennent réguler les dysfonctionnements de l'économie
marchande. Alors, où se situe l'insertion par l'activité
économique ?
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Affiche de l'ATF, mars 1986,
Insertion ou réinsertion ? Le dilemme,
Coll. Génériques
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La place de linsertion par lactivité économique
L'insertion par l'activité économique est un maillon de
l'économie solidaire qui devient, selon notre expérience,
un outil pertinent pour réparer les conséquences de ce
dysfonctionnement et permettre une insertion sociale et professionnelle
au public que nous recevons. Ce qui nous fait dire que l'économie
sociale est humaine, mais l'économie solidaire est humaniste.
Après cette présentation succincte, car nous sommes pris
par le temps, je vais présenter rapidement l'expérimentation
menée à Rosans depuis 1983, dans ce champ de l'insertion
par l'activité économique et de la lutte contre l'exclusion.
Rosans est un petit village qui n'a pas encore donné de grands
sportifs, il se situe à mi-chemin entre Briançon et Avignon.
Les Rosanais se plaisent à dire qu'ils habitent dans le midi
moins le quart. On n'est pas tout à fait dans le midi, mais dans
le midi moins le quart. Ce village a accueilli une population de harkis
en 1962. Je suis certain qu'à ce moment-là, sans le savoir,
le maire de l'époque agissait dans une démarche de développement
local, qui est devenu le concept que nous connaissons maintenant dans
les années qui ont suivi.
Je ne parlerai pas de l'historique de l'arrivée de la communauté
de rapatriés car ce point a longuement été abordé
ce matin, et ce n'est pas non plus le but de mon intervention. Mais
je vais parler des conséquences d'une mauvaise gestion de l'accueil
de cette population et des conséquences fulgurantes sur la jeunesse
puisque le taux de chômage atteignait plus de 40 % encore récemment.
C'est vraiment énorme surtout pour un village de 499 habitants.
L'insertion par l'activité économique est aujourd'hui
en France un moyen pertinent et les associations, qui ont été
créées dans ce champ d'activité, ne sont pas des
associations communautaires y compris celle de Rosans. C'est dans cet
esprit non communautaire que la première entreprise intermédiaire
a vu le jour en 1983 à Rosans. En 1987, nous avons créé
une association intermédiaire. C'est un autre type d'association
qui validait la solidarité non plus dans l'assistanat mais en
donnant plutôt du travail sous forme de missions. En 1993, c'est
une entreprise d'intérim d'insertion qui s'est transformée
en 1998 en entreprise de travail temporaire d'insertion. Cette structure
embauche actuellement 39% des personnes issues de la communauté
des rapatriés soit 18 personnes, 12 garçons et 6 filles,
en contrat à durée indéterminée. L'insertion
par l'activité économique en France est un outil pertinent,
mais ce n'est pas, j'insiste sur ce point, dans une logique communautaire.
On ne peut pas aborder aujourd'hui la question de l'insertion par l'activité
économique sans parler du public. Des associations sont spécialisées
dans l'insertion des bénéficiaires du RMI, des chômeurs
longue durée et parfois dans l'insertion de groupes sociaux bien
précis en fonction de l'implantation des structures. Au départ,
l'association avait pour mission la résolution des problèmes
des jeunes de la communauté harkie, mais l'association s'est
complètement ouverte, pour prendre une vocation départementale.
On dénote une véritable problématique sociale auprès
des jeunes. On ne pense pas que les enfants de harkis comme les jeunes
issus de l'immigration sont plus fragilisés, mais ils sont révélateurs
d'un autre facteur d'exclusion. En effet aujourd'hui on sait que les
principaux facteurs d'exclusion sont l'absence de qualification, une
période de chômage trop longue, des problèmes d'illettrisme
également ou encore l'absence de revenu. On constate que chez
des jeunes issus de l'immigration politique (les enfants de harkis)
ou économique (les beurs), d'autres facteurs sont à l'origine
de l'exclusion tels que le faciès ou encore le délit d'adresse.
Il est vrai qu'habiter un quartier plutôt qu'un autre c'est plus
dur. 56 % des personnes qui travaillent dans l'entreprise de travail
temporaire sont issues de l'immigration. Pourtant, les associations
intermédiaires fédérées au sein de la fédération
COORACE (Fédération des Comités et organismes d'aide
aux chômeurs par l'emploi) ne posent absolument pas la problématique
de l'insertion des personnes issues de l'immigration. Pourtant, certaines
associations reçoivent un public issu à plus de 80 % des
quartiers difficiles ou de gens issus de l'immigration. Il y a un dysfonctionnement
également au sein de notre économie solidaire.
Le fonctionnement des associations intermédiaires
Comment fonctionnent ces associations ? Certaines utilisent des contrats
aidés, donc des contrats consolidés ou des contrats emplois
jeunes pour rester dans l'actualité. Ces associations sont financées
à 80 % par les services de l'Etat. Elles ont une production minimale.
L'avantage de ces associations est qu'elles permettent l'accès
à un emploi à des personnes, durant une période
donnée allant de un à cinq ans. Les autres associations,
les associations intermédiaires et les entreprises de travail
temporaire d'insertion proposent des contrats d'intérim social
et mettent des personnes à disposition auprès des entreprises,
avec comme finalité l'emploi pérenne et non la gestion
de flux humains dans une logique de travail temporaire.
Un des points fondamentaux de l'insertion par l'activité économique
est l'accompagnement social, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on peut
avoir un problème lié à l'emploi, mais on peut
également connaître d'autres problèmes sociaux,
notamment le logement ou la santé. Cela permet de prendre l'individu
dans sa globalité. Les associations intermédiaires sont
autofinancées à 90 %, les 10 % restants, c'est de l'accompagnement
social financé dans le cadre du droit commun. Donc, il n'y a
pas de financement spécifique sauf sur des projets. Quand on
travaille sur un projet, le Fonds d'Action Sociale ou la Délégation
aux rapatriés interviennent.
L'intitulé de mon intervention est "l'insertion par l'activité
économique au service de l'intégration". Pourquoi
au service de l'intégration ? Nous nous rendons compte que notre
public est en majorité un public d'origine maghrébine
et que ces structures d'insertion par l'activité économique
servent effectivement de passerelle entre les individus et le monde
économique en proposant des compétences. Le plus important
est que l'on propose des compétences d'individus et non une ethnie
ou une origine quelconque au non de la discrimination positive.
Nous essayons, comme expérimentation dans nos associations, de
ne pas sectoriser les projets en fonction des organismes financeurs
ou des publics. Si l'on dénonce aujourd'hui les discriminations,
qu'elles soient sociales ou professionnelles, on ne peut pas non pratiquer
cette même discrimination sous prétexte que l'on reçoit
des financements provenant du FAS par exemple, ce qui suppose que les
enfants de rapatriés ne peuvent pas être éligibles
à ces projets et inversement lorsque les financements proviennent
de la Délégation aux rapatriés. C'est aussi un
problème que je souhaite aujourd'hui poser.
Les possibilités de conciliation
L'insertion par l'activité économique permet de concilier
réellement le monde économique et le monde social. Elle
permet aussi, c'est le constat que nous faisons sur l'expérience
du département des Hautes-Alpes, de concilier des individus.
C'est-à-dire que l'on a des jeunes issus de l'immigration, des
enfants de harkis qui travaillent ensemble ; on a des Français
de souche qui se côtoient car le dénominateur commun aujourd'hui
est la pauvreté. Cela permet de se serrer les coudes et de se
sortir dignement d'une situation. Il apparaît opportun de penser
que l'efficacité de l'insertion par l'activité économique
concernant l'insertion sociale et professionnelle des personnes en difficulté
est démontrée.
Néanmoins, cette efficacité demeure fragile et ne serait
accessible que sous certaines conditions indispensables à la
réussite d'un projet : d'abord, la mise en place d'un accompagnement
social pour vraiment prendre en considération les personnes,
ensuite l'utilisation du secteur de l'économie solidaire pour
le développement de projets professionnels et enfin la construction
d'un partenariat large dans une logique de développement local
sur un territoire donné et considéré comme un lieu
d'innovation.
L'expérience menée à Rosans atteste que l'insertion
par l'activité économique est un moyen approprié
pour traiter et résoudre certains problèmes auxquels sont
confrontés les publics en difficulté. Les associations
entrant dans ce champ sont des outils pertinents car ils associent à
la fois accompagnement social, activité économique et
prise en compte des besoins locaux lorsqu'ils sont exprimés par
des acteurs différents. Par ailleurs, la pauvreté et l'exclusion
qui touchent la communauté maghrébine dans sa globalité
sont les conséquences de l'absence de prévention par les
pouvoirs publics dans le traitement de cette problématique. Outre
la réalité que les phénomènes d'exclusion
touchent toute une frange de la population, il n'en demeure pas moins
que cette communauté reste un groupe particulièrement
exposé et fragile.
Ainsi, les projets dans ce domaine sont en général transposables,
ce qui fait d'ailleurs leur force. De ce fait, notre fédération
devrait être un relais pour les diffuser dans une démarche
d'échange d'expérience. Quelles perspectives pourraient
être proposées ?
D'abord, concernant plus précisément la communauté
harkie, le problème qu'elle pose est aujourd'hui social et humain,
outre sa dimension bien sûr politique, ce qui aurait pu être
affirmé et défendu lors de la rédaction de la loi
contre l'exclusion en 1998. Car la pauvreté cause des dégâts
considérables dans les familles et l'exclusion provoque un ravage
chez les jeunes qui ne sont "intégrés que dans l'exclusion"
pour citer M. Muller. Si l'insertion par l'activité économique
concilie le social et l'économique, elle permet aussi de concilier
les individus. Je ne m'arrête pas à la conciliation qui
consiste en la résorption des conflits, mais à celle qui
permet de respecter ce que chacun représente symboliquement.
Les moyens mis à notre disposition sont des projets construits
notamment autour de projets d'insertion et inscrits dans une démarche
de développement local. Alors, en conciliant les fils de harkis
et ceux que l'on appelle les " beurs ", certes nous concilierons
des individus issus d'un même territoire d'Outre-Mer, mais surtout
nous concilierons l'urbain et le rural, le socio-économique et
le politique.
N'est-ce pas à cela que s'attache le développement durable
dont le souci est de remettre l'homme au cur des préoccupations
du développement aussi bien local que global !
Merci de votre attention.
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