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Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001
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Table-ronde 3
1981-2001 : Politiques publiques, associations civiques et associations
communautaires
Economie et emploi : revitalisation économique des quartiers
Tahar Rahmani
Directeur de 3Ci, Conseil à la création d'entreprises
et coopération internationale
Conseiller municipal de Marseille
Cela me permet de faire un petit bilan sur ce que l'on appelle la revitalisation
économique des quartiers.
Vincent Geisser parlait du démarrage du champ politique, l'engagement
politique en 1989 : on va se situer à peu près à
cette date. En effet, toute la problématique de l'insertion par
l'économique et de la création d'entreprises notamment
a pris sa place à ce moment là.
C'est en effet sous la pression des initiatives locales, constatées
sur les quartiers, des associations, que l'engouement pour la création
d'activités autonomes, et finalement tout ce que l'on dénomme
aujourd'hui l'insertion par l'activité économique
commençait à être reconnu.
Mais, en même temps, je crois qu'il est utile de s'interroger
sur un certain nombre de points.
Est-ce que l'intervention économique des pouvoirs publics, voire
même d'entreprises, a réellement cerné ces populations
qui, traditionnellement, sont touchées par le chômage et
l'exclusion, et particulièrement les gens issus de l'immigration
?
Est-ce que les habitants de ces territoires bénéficient
aujourdhui de ce regain de croissance ?
Comment les emplois créés peuvent-ils les concerner ?
Comment sont-ils accompagnés par le champ économique et
par le champ associatif vraiment ?
Finalement, comment, aujourd'hui -c'est important- les chefs d'entreprise
se situent-ils par rapport aux quartiers et perçoivent-ils les
habitants ?
Dissocier le territoire des habitants
Dès que l'on parle de développement économique,
dans les quartiers en difficulté où résident de
nombreux migrants, on parle de l'insertion comme si finalement ce modèle
était le seul pertinent et transposable pour ces territoires.
Il faut tenter de sortir de cette logique un peu réductrice et
pénalisante et essayer de situer tout ce champ-là dans
le droit commun.
Quand on évoque l'emploi et le développement économique
des quartiers en difficulté, on doit bien distinguer l'essor
du territoire et la situation des habitants.
Lorsque l'on dit emploi pour les habitants des quartiers, ce n'est pas
forcément dans le quartier.
Ainsi, le développement de l'activité économique
dans les quartiers et le problème du chômage ne sont pas
joints. Les emplois créés dans les quartiers ne sont pas
nécessairement occupés par les habitants de ces quartiers.
On notera d'ailleurs le taux relativement modeste des emplois pourvus
dans les zones franches urbaines, lorsque les aides financières
notamment de l'Etat sont conséquentes. La difficulté des
chefs d'entreprise à pourvoir des offres, quand ce ne sont pas
des facteurs discriminants qui bloquent l'embauche, comme l'indique
le sondage réalisé en 1999 par l'IFOP auprès de
chefs d'entreprise dont les activités ne se situent pas très
loin des quartiers et qui reconnaissent pour 23 % d'entre eux qu'il
y a des facteurs discriminants à l'embauche, est constatée.
Il ne me paraît pas toujours souhaitable de faire travailler les
habitants des quartiers sur leur lieu de résidence. C'est d'ailleurs
souvent leur désir. Ils veulent en sortir pour s'en sortir.
Il faut donc, à l'évidence, travailler à la fois
sur le dedans et sur le dehors et faire se rencontrer, se croiser des
logiques et des populations qui, comme chacun le sait, s'ignorent le
plus souvent.
Prenons garde également que les discours ne soient pas uniquement
axés sur la croissance, sur la reprise économique, sur
la création d'emploi, sur la baisse du chômage, même
si lon peut constater aujourd'hui une certaine stagnation. La
reprise ne touche souvent que les plus formés, les plus aptes
au travail et peu les quartiers ou les populations les plus en difficulté.
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Affiche du CIDEM, mai 1993,
Jeunes et citoyenneté 93,
Coll. Génériques
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Quel accompagnement par les champs économique et associatif
?
Les initiatives prises sont trop souvent publico-publiques et le monde
de l'économie et de l'entreprise se mobilise peu ou est très
peu mobilisé, notamment par les collectivités locales.
Il existe un décalage très important dans la manière
dont les entreprises abordent les quartiers, comprennent les services
publics et dont les services publics abordent les quartiers et comprennent
les entreprises.
Les acteurs économiques sont en fait très faiblement mobilisés
sur le développement économique des quartiers, sur la
politique de renouvellement urbain et c'est surtout le travail associatif
intensif qui y est constaté. C'est ce travail qui a entraîné
notamment le mouvement autour de l'économique par des associations
intermédiaires ou d'insertion, des régies de quartier,
etc.
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De même, on peut voir aujourd'hui que sur un certain nombre de
zones économiques, des entrepreneurs ayant créé
des associations locales, se montrent très impliqués et
font évoluer leur perception du monde économique sur les
enjeux des quartiers. Il arrive d'ailleurs que ces associations fassent
appel aux associations de quartier pour mieux comprendre les problématiques
des quartiers.Excepté pour certains commerces de proximité,
la venue d'une entreprise sur ces zones où résident beaucoup
de migrants n'est pas naturelle. Ces quartiers ne répondent pas
aux critères classiques d'implantation, disent-ils, faiblement
porteurs, conditions de sécurité insuffisantes, environnement
dégradé et conditions d'accès assez souvent difficiles.
Dans un contexte de concurrence entre les territoires, l'implantation
des entreprises dans les quartiers en difficulté ne va évidemment
pas de soi et reste conditionnée à des aides et à
des incitations diverses qui coûtent assez chères pour
la collectivité.
On tente de renforcer l'armature économique des quartiers jusque
là résidentiels. C'est une transformation notable des
modes d'action, c'est d'ailleurs ce que l'on appelle la politique de
la ville.
Ainsi, l'objectif de développement économique local vient
muscler les actions de revalorisation sociale et urbaine des quartiers.
Ces deux logiques contribuent à l'originalité du dispositif.
Les initiatives en matière sociale et d'aménagement se
marient avec une perspective économique.
Parmi les entreprises existantes dont l'activité est directement
orientée vers le quartier, on trouve des petits commerces, des
entreprises de service de proximité qui sont d'ailleurs très
souvent dirigés par des jeunes issus de l'immigration, des artisans,
etc. Leur potentiel de développement est restreint et en raison
même de leur activité, elles montrent une capacité
de création d'emploi très limitée. Il faut veiller
à les consolider car elles sont souvent implantées depuis
de nombreuses années, font partie de lhistoire du quartier
et participent au lien social en complément du tissu associatif.
Quand on parle de quartier, on parle souvent de main-d'uvre qui
est peu ou pas qualifiée, les entreprises le font souvent remarquer.
Les associations de quartiers notamment, sont confrontées à
ce problème. La main-d'uvre disponible souffre à
la fois d'un manque de qualification, mais également d'une frilosité
des employeurs qui lui attribuent parfois des comportements instables
ou inadaptés aux tâches qui peuvent lui être confiées.
Les chefs d'entreprise ont le même sentiment, souvent à
tort, vis-à-vis des structures chargées du service public
de l'emploi.
La perception des entreprises
Les entreprises doutent de la capacité des administrations publiques
ou parapubliques à bien prendre en compte leurs demandes ou leurs
besoins. Par contre, c'est quelque chose qui est très souvent
constaté aujourd'hui, il semblerait que les sociétés
d'intérim jouent un rôle clé dans le processus non
seulement de recrutement définitif, mais encore plus surprenant,
de formation. Elles deviennent ainsi en quelque sorte les DRH des entreprises
et les associations dans les quartiers, notamment, sont parfois "larguées".
On constate également que les difficultés à embaucher
des personnels sont très souvent présentes dans des secteurs
comme celui du bâtiment et des travaux publics. Là, plus
que les salaires et les évolutions de carrière possibles,
c'est essentiellement l'image de ces métiers qui rebute les jeunes
dont beaucoup voient dans ces métiers l'histoire de leurs parents.
Le quartier doit être considéré comme un lieu de
développement économique. Ainsi, la création d'entreprises,
de très petites entreprises, doit être reconnue et le créateur
d'entreprise doit être perçu comme un acteur décisif
de la reconquête de l'emploi.
La présence d'activités d'économie solidaire et
des services de proximité souvent portés par les associations
permet de donner une capacité à entreprendre aux habitants
et cela garantit une cohésion économique et sociale.
Le rôle des pouvoirs publics est de faire coïncider le potentiel
d'emploi du quartier avec l'offre qui émane des entreprises.
Ces chefs d'entreprise sont un peu dubitatifs devant l'ensemble des
instruments liés à la politique de l'emploi. Il y a donc
un effort de clarification et de lisibilité à faire.
Il faut également soulever la question de l'entrée des
jeunes sur le marché du travail. Il est plus que jamais nécessaire
de favoriser et de promouvoir l'enseignement technique. Il est également
intéressant de voir le rôle que jouent les entreprises
d'insertion sur les quartiers, notamment auprès des jeunes et
des femmes.
Elles impliquent fortement les collectivités locales dans la
mise en uvre d'un projet commun qui dépasse la simple logique
économique.
Reste une question lancinante. Comment promouvoir l'emploi des habitants
des quartiers quand leur formation professionnelle, voire initiale reste
embryonnaire ? Est-ce aux associations, puisque la question est posée,
à jouer ce rôle de sas, des chambres consulaires, des entreprises
? C'est un peu tout le monde qui doit être concerné pour
permettre une offre concertée en faveur des publics concernés.
Il faut se féliciter de l'effort entrepris par l'Etat ces dernières
années qui s'implique fortement sur léconomique
après s'être impliqué sur le social. L'économique
commence à prendre sa place sur ces quartiers. Le traitement
social est bien évidemment toujours nécessaire, mais cela
implique qu'il soit mieux coordonné avec le traitement économique,
en tenant compte si possible des éléments dont je viens
de vous faire part.
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