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Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001
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Table-ronde 4
Mouvement associatif et perspectives européennes
Associations religieuses dans le sillon des associations civiques
Rémy Leveau
Professeur des universités
Le niveau européen est en train progressivement de se superposer
au niveau national, local, mais sans le supprimer. Dans le système
des associations, nous sommes dans des droits nationaux, en France,
dans le cadre de la loi de 1901 avec l'Etat. C'est une spécificité
française tout à fait différente de la situation
rencontrée en Allemagne, où l'essentiel se passe au niveau
des municipalités, des Lander. Dans un autre contexte, la fédération
intervient beaucoup moins que le pouvoir central français.
Mais, là où l'Europe intervient dans ce champ associatif,
c'est par comparaison, en rendant légitime laffirmation
dune identité religieuse au niveau européen.
À ce niveau, la religion fait en effet partie de la culture exprimée
dans lespace public. Il n'est donc pas question d'étendre
la laïcité à la française à l'espace
européen. Il n'est pas non plus question que l'Europe modifie
profondément le mode de fonctionnement de la laïcité
à la française, mais il est clair que tout le débat
aujourd'hui porte sur le religieux. Quand M. Berlusconi affirme que
la culture de l'Europe est une culture chrétienne, il entraîne
en retour d'autres affirmations et des constructions au niveau du Parlement,
des instances judiciaires et aussi par interaction avec les espaces
nationaux. On verra peut-être dans 5 ou 10 ans se construire une
reconnaissance progressive de l'Islam comme élément fondamental
de la culture européenne en fonction d'une reconnaissance de
l'identité religieuse des populations issues de l'immigration.
Aujourd'hui, plusieurs groupes de musulmans ont vocation, en plus des
migrants, à devenir européens, notamment depuis le sommet
d'Helsinki, les Turcs. Progressivement, l'Europe ne se tirera du guêpier
balkanique qu'en intégrant l'ensemble de ces populations dans
l'espace communautaire. Cela veut dire qu'à ce moment-là
l'Europe deviendra aussi un ensemble multiculturel, multireligieux avec
certes un Islam transplanté, mais aussi un Islam qui aura ses
propres règles héritées d'un passé ancien.
L'Europe devra gérer ces situations nouvelles qui auront probablement
une importance assez nette sur ses modes de fonctionnement. On est probablement
au début de cette évolution.
Je ne voudrais pas m'étendre beaucoup plus, mais simplement dire
que le débat est ouvert au niveau de la Commission. Ces Cours
européennes, -là où il y a un espace de supra-nationalité
réel- sont restées jusqu'ici très prudentes dans
la gestion du religieux, mais on peut penser que, s'il existe des déficiences
de reconnaissance de lislam au niveau de nos différentes
nations, les cours vont se saisir progressivement de la question suivant
un modèle qui peut être proche du mode de gestion des droits
civiques dans l'espace américain par la Cour suprême. Cela
a demandé une bonne centaine d'années dans le cas américain,
mais les cours européennes devront exercer leur pouvoir darbitrage
plus rapidement.
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Ceci étant posé comme perspective, tout se passe quand
même aujourd'hui pour l'essentiel dans le cadre national avec
des associations religieuses.
- Celles-ci sont dans l'espace français des associations de la
loi de 1901. En fait, ce sont des associations chauve-souris qui sont
des associations civiques, mais qui, suivant le public auquel elles
s'adressent, suivant leurs sources de financements, leurs démarches,
feront du culturel, du cultuel, du soutien scolaire, de l'aide sociale
et même du business.
- Vendre des djellabas ou des babouches est-il un acte relevant de l'Islam
ou simplement une sorte de conduite culturelle, commerciale et identitaire
? On est en face d'acteurs nationaux qui sont beaucoup plus multiformes
en fonction de la nécessité de répondre à
une demande.
Cet espace des acteurs nationaux, au niveau local aboutit à la
constitution de réseaux transnationaux qui vont à différents
endroits repérer des jeunes qui sont souvent dans des situations
de mobilité ascendante difficiles, d'espoirs déçus
et qui vont à ce moment-là s'engager pour la Bosnie, la
Tchétchénie, l'Afghanistan.
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Affiche de l'ATF,
Colloque : Droit islamique et intégration,
Coll. Génériques
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Il ne faut pas se polariser sur ce mode de fonctionnement dans la mesure
où 98 % des acteurs se situent encore au niveau local ou au niveau
national et dans une démarche d'ordre social, d'intégration
qui prend l'Etat comme interlocuteur essentiel.
Mais ces acteurs co-existent dans l'espace européen, avec dautres
qui vont privilégier la lutte islamique mondiale avec plus ou
moins de cohérence dans la gestion dune forme nouvelle
de mondialisation.
Certaines associations transnationales utilisent aujourd'hui l'espace
européen et sans être engagées dans une gestion
violente de cet espace comme lieu de rencontre et de recrutement pour
un islam transational mondialisé qui peut avoir recours à
la violence.
Les associations musulmanes turques sont aussi des associations qui
ont trouvé dans l'espace européen un espace de construction
de l'Islam qu'elles ne pouvaient pas trouver dans leur pays d'origine.
Elles jouent là aussi sur la multipolarité de l'espace
européen.
Ce n'est pas dans un but de dramatisation que j'avance ces éléments.
C'est simplement pour dire qu'aujourd'hui nous sommes en face d'évolutions
qui vont vraisemblablement amener une prise en compte et une forme de
reconnaissance du religieux comme élément fondamental
de la culture européenne pour mieux fixer des règles de
co-existence collective.
Mais le système européen qui est un système d'interaction,
de liberté de circulation, de comparaison se construit aussi
par l'exclusion de tous ceux qui sont en dehors quelquefois des nationalités
communautaires.
Donc, une nouvelle citoyenneté européenne intégrant
l'Islam à son mode de fonctionnement, à sa composante,
une prise en considération, est en train de se construire.
A terme, cela posera d'autres problèmes, notamment les rapports
avec les pays d'Islam majoritaire du Sud et de lEst de la Méditerranée,
qui ne seront pas ravis de voir se développer en Europe un Islam
qui ne correspond pas du tout aux critères des religions officielles
de ces pays.
On verra là peut-être, comme le dit déjà
depuis des années Mohamed Arkoun, une chance de renouvellement
théologique de l'Islam qui s'effectuera dans l'espace européen
avec des nouveaux acteurs qui prendront cette tâche en charge
en tant qu'européens et en tant que musulmans.
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