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Clôture
Elisabeth Guigou,
Ministre de l'emploi et de la solidarité
Lhistoire de limmigration en France, la conquête de
leurs droits par les étrangers résidant sur le sol français,
la conquête de leurs droits dans leur pays dorigine, la
place des associations représentant les étrangers au sein
de lensemble des mouvements associatifs, sont des sujets importants.
Nous célébrons ce siècle de vie associative, ces
20 ans de droit dassociation pour les étrangers en France,
dans un contexte où lactualité internationale a
placé au centre de nos préoccupations des débats
essentiels pour lavenir de notre démocratie, les valeurs
de la République
Nous sommes dans un moment fort dinterrogation pour une société
démocratique. Les attentats terroristes du 11 septembre à
New York et à Washington commis par des personnes qui se définissent
comme des soi-disant combattants de lIslam ont des répercussions
qui vont bien au-delà des questions militaires ou de sécurité.
Le Gouvernement français se trouve aujourdhui devant une
double responsabilité.
Dabord, il doit faire face à des actes terroristes, mettre
tout en uvre par conséquent pour assurer la sécurité
des personnes et il doit dans le même temps prévenir tout
risque damalgame entre islam et terrorisme, réaffirmer
quil ne sagit pas dun combat dune civilisation
contre une autre.
La place de lislam dans une république laïque
Nous devons penser la place de lislam dans une république
laïque et je compte beaucoup sur le pouvoir associatif pour cela.
En France, la religion fait partie de lespace privé et
uniquement de lespace privé. Cest cela la séparation
de lEglise et de lEtat, cest une composante essentielle
de notre contrat politique et de notre culture. Je crois profondément
que lIslam doit bénéficier dans ce cadre républicain
de la même reconnaissance et des mêmes facilités
que les autres cultes.
Aujourdhui, les français musulmans se sentent à
une écrasante majorité Français. Et pour les Français
qui ne sont pas musulmans, une forte majorité considère
lislam au quotidien de manière positive. En dix ans lintégration
de lIslam dans le paysage de la société française
a énormément progressé.
La question de légalité entre les hommes et les
femmes
Un autre sujet me tient particulièrement à cur celui
de la place des femmes. La question de légalité
entre les hommes et les femmes est une question fondamentale pour les
Français musulmans comme pour les autres. Le Gouvernement en
faisant voter la loi sur la parité la inscrite dans notre
contrat social et il est essentiel pour que les Français non
musulmans acceptent complètement lidée de lislam
que ce principe dégalité homme/femme soit respecté
par tous. Sur ce plan-là et, dune façon générale,
dans notre société française il y a encore beaucoup
à faire. Je veux dire simplement quil est vraiment nécessaire
de ne pas occulter cette question. Je crois quil faut dire avec
force que lobjectif dune représentation plus importante
des femmes, spécialement dans les associations qui travaillent
sur les droits des étrangers, est particulièrement emblématique
et nécessaire.
Il y a quelques semaines on ne parlait plus, on ne voulait plus parler,
on nosait plus parler dintégration. On cherchait
les mots pour définir le processus qui fait quune personne
qui vient dailleurs finit par se sentir bien en France, par choisir
dy rester et prendre des responsabilités, dy acquérir
des droits, dy respecter le droit, de sy enraciner. Le mot
semblait dater. Il est très fortement contesté par les
jeunes français issus de limmigration. Je crois aujourdhui
quil peut retrouver une nouvelle force si nous savons lemployer,
cest-à-dire si nous savons le faire de façon non
pas générale et incantatoire, mais pour affirmer une volonté
politique renouvelée. Je crois profondément que lintégration
ne se décrète pas, que lintégration dailleurs
nest pas un phénomène simple à comprendre
et à expliquer ; elle dépend, bien sûr, de la capacité
de la société française à se montrer tolérante
et accueillante. Elle dépend de lattitude du Gouvernement
qui a la responsabilité de la défense des valeurs démocratiques
et celle de mettre en uvre les politiques de lemploi, de
léducation, du logement. Je veux insister sur le fait que
lintégration dépend aussi de la volonté de
chacun, du sens des responsabilités, du parcours personnel, des
rencontres parfois du hasard. Lintégration se vit concrètement
au jour le jour. Elle se structure dans des moments symboliques forts
quils soient du domaine de la vie personnelle ou de lintimité,
je pense au mariage, au fait de devenir parents ou des moments forts
de la vie publique.
Lintégration : un contrat moral entre lindividu et
la société
Lintégration pour moi est fondée sur un contrat
moral entre lindividu et la société, entre la personne
et lEtat. Cest un équilibre forcément entre
responsabilités et choix individuels. Jen viens maintenant
aux droits des associations. Je me souviens bien des différentes
étapes dans laccession au droit que la victoire de la Gauche
en 1981 a ouvert aux étrangers. Le 1er juillet 2001, lEtat
et la Conférence permanente des coordinations associatives, ont
décidé par la signature dune charte, de reconnaître
leurs engagements réciproques et dintensifier leur coopération.
Le Gouvernement a ainsi donné un signe politique de reconnaissance
des associations comme acteurs du développement, comme acteurs
de linnovation et de la cohésion dans la société.
Ce sont les associations qui, par leur force dalerte et dinterpellation,
ont permis à lEtat de prendre conscience en matière
de droit des étrangers, de la nécessité de mettre
le principe dégalité au cur des politiques
publiques et de combattre toutes les discriminations. Je sais aussi
que lon ne peut pas tout demander au mouvement associatif.
La question du droit politique
La question qui est posée aujourdhui, cest celle
du droit politique. La question du droit de vote des étrangers
non communautaires aux élections municipales est un sujet sur
lequel je souhaite que nous nous engagions. Cest important, cest
sur des points comme celui-ci que se joue le sentiment de dignité
de ceux qui ont choisi de vivre en France. Je crois que nous, Français,
nous devons accepter, pour donner à lintégration
dans notre société toute sa force, de regarder en face
notre histoire. Je trouve fondamental que ce colloque ait choisi daborder
le droit de lassociation des étrangers dans son lien avec
de grandes étapes de lhistoire française. Lhistoire
des étrangers qui vivaient en France est, je crois, indissociable
de lHistoire de France. La France a été une puissance
coloniale. Cette période coloniale est achevée et nous
devons continuer notre travail pour établir une mémoire
des faits et des responsabilités exacts sans refoulement et sans
non-dits. Je crois que lon ne peut pas regarder lavenir
en face sans avoir dabord affronté son passé. Je
terminerai en disant que la société française a
la chance dêtre une société multiculturelle.
La France est une démocratie. Pour que ce sentiment démocratique
vive et sexprime, nous devons dépasser nos tabous, parler
de ces questions que je viens très brièvement daborder
et sur lesquelles je sais que vous travaillez et réfléchissez
beaucoup, en parler sans arrière pensée, aborder la question
de lislam plus franchement peut-être et plus sereinement
que nous ne lavons fait jusquici, condamner le recours à
la violence sous toutes ses formes, être intraitable vis-à-vis
du terrorisme, affirmer le principe dégalité concrètement
à lécole, dans lemploi, dans la vie tout simplement,
et combattre la discrimination, ouvrir enfin la société
française sur le monde.
Je crois que nous ne devons pas avoir peur des incertitudes du monde,
cest à nous de construire une mondialisation à visage
humain où chacun ait sa place quel que soit son lieu de naissance
et quel que soit son lieu de vie.
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