Actes du colloque
1901-2001 Migrations et vie associative : entre mobilisations et participation
Institut du monde arabe, 8 octobre 2001

 



Clôture


Elisabeth Guigou,
Ministre de l'emploi et de la solidarité

 


L’histoire de l’immigration en France, la conquête de leurs droits par les étrangers résidant sur le sol français, la conquête de leurs droits dans leur pays d’origine, la place des associations représentant les étrangers au sein de l’ensemble des mouvements associatifs, sont des sujets importants.

Nous célébrons ce siècle de vie associative, ces 20 ans de droit d’association pour les étrangers en France, dans un contexte où l’actualité internationale a placé au centre de nos préoccupations des débats essentiels pour l’avenir de notre démocratie, les valeurs de la République…

Nous sommes dans un moment fort d’interrogation pour une société démocratique. Les attentats terroristes du 11 septembre à New York et à Washington commis par des personnes qui se définissent comme des soi-disant combattants de l’Islam ont des répercussions qui vont bien au-delà des questions militaires ou de sécurité. Le Gouvernement français se trouve aujourd’hui devant une double responsabilité.

D’abord, il doit faire face à des actes terroristes, mettre tout en œuvre par conséquent pour assurer la sécurité des personnes et il doit dans le même temps prévenir tout risque d’amalgame entre islam et terrorisme, réaffirmer qu’il ne s’agit pas d’un combat d’une civilisation contre une autre.


La place de l’islam dans une république laïque


Nous devons penser la place de l’islam dans une république laïque et je compte beaucoup sur le pouvoir associatif pour cela. En France, la religion fait partie de l’espace privé et uniquement de l’espace privé. C’est cela la séparation de l’Eglise et de l’Etat, c’est une composante essentielle de notre contrat politique et de notre culture. Je crois profondément que l’Islam doit bénéficier dans ce cadre républicain de la même reconnaissance et des mêmes facilités que les autres cultes.
Aujourd’hui, les français musulmans se sentent à une écrasante majorité Français. Et pour les Français qui ne sont pas musulmans, une forte majorité considère l’islam au quotidien de manière positive. En dix ans l’intégration de l’Islam dans le paysage de la société française a énormément progressé.


La question de l’égalité entre les hommes et les femmes


Un autre sujet me tient particulièrement à cœur celui de la place des femmes. La question de l’égalité entre les hommes et les femmes est une question fondamentale pour les Français musulmans comme pour les autres. Le Gouvernement en faisant voter la loi sur la parité l’a inscrite dans notre contrat social et il est essentiel pour que les Français non musulmans acceptent complètement l’idée de l’islam que ce principe d’égalité homme/femme soit respecté par tous. Sur ce plan-là et, d’une façon générale, dans notre société française il y a encore beaucoup à faire. Je veux dire simplement qu’il est vraiment nécessaire de ne pas occulter cette question. Je crois qu’il faut dire avec force que l’objectif d’une représentation plus importante des femmes, spécialement dans les associations qui travaillent sur les droits des étrangers, est particulièrement emblématique et nécessaire.

Il y a quelques semaines on ne parlait plus, on ne voulait plus parler, on n’osait plus parler d’intégration. On cherchait les mots pour définir le processus qui fait qu’une personne qui vient d’ailleurs finit par se sentir bien en France, par choisir d’y rester et prendre des responsabilités, d’y acquérir des droits, d’y respecter le droit, de s’y enraciner. Le mot semblait dater. Il est très fortement contesté par les jeunes français issus de l’immigration. Je crois aujourd’hui qu’il peut retrouver une nouvelle force si nous savons l’employer, c’est-à-dire si nous savons le faire de façon non pas générale et incantatoire, mais pour affirmer une volonté politique renouvelée. Je crois profondément que l’intégration ne se décrète pas, que l’intégration d’ailleurs n’est pas un phénomène simple à comprendre et à expliquer ; elle dépend, bien sûr, de la capacité de la société française à se montrer tolérante et accueillante. Elle dépend de l’attitude du Gouvernement qui a la responsabilité de la défense des valeurs démocratiques et celle de mettre en œuvre les politiques de l’emploi, de l’éducation, du logement. Je veux insister sur le fait que l’intégration dépend aussi de la volonté de chacun, du sens des responsabilités, du parcours personnel, des rencontres parfois du hasard. L’intégration se vit concrètement au jour le jour. Elle se structure dans des moments symboliques forts qu’ils soient du domaine de la vie personnelle ou de l’intimité, je pense au mariage, au fait de devenir parents ou des moments forts de la vie publique.


L’intégration : un contrat moral entre l’individu et la société


L’intégration pour moi est fondée sur un contrat moral entre l’individu et la société, entre la personne et l’Etat. C’est un équilibre forcément entre responsabilités et choix individuels. J’en viens maintenant aux droits des associations. Je me souviens bien des différentes étapes dans l’accession au droit que la victoire de la Gauche en 1981 a ouvert aux étrangers. Le 1er juillet 2001, l’Etat et la Conférence permanente des coordinations associatives, ont décidé par la signature d’une charte, de reconnaître leurs engagements réciproques et d’intensifier leur coopération. Le Gouvernement a ainsi donné un signe politique de reconnaissance des associations comme acteurs du développement, comme acteurs de l’innovation et de la cohésion dans la société. Ce sont les associations qui, par leur force d’alerte et d’interpellation, ont permis à l’Etat de prendre conscience en matière de droit des étrangers, de la nécessité de mettre le principe d’égalité au cœur des politiques publiques et de combattre toutes les discriminations. Je sais aussi que l’on ne peut pas tout demander au mouvement associatif.


La question du droit politique


La question qui est posée aujourd’hui, c’est celle du droit politique. La question du droit de vote des étrangers non communautaires aux élections municipales est un sujet sur lequel je souhaite que nous nous engagions. C’est important, c’est sur des points comme celui-ci que se joue le sentiment de dignité de ceux qui ont choisi de vivre en France. Je crois que nous, Français, nous devons accepter, pour donner à l’intégration dans notre société toute sa force, de regarder en face notre histoire. Je trouve fondamental que ce colloque ait choisi d’aborder le droit de l’association des étrangers dans son lien avec de grandes étapes de l’histoire française. L’histoire des étrangers qui vivaient en France est, je crois, indissociable de l’Histoire de France. La France a été une puissance coloniale. Cette période coloniale est achevée et nous devons continuer notre travail pour établir une mémoire des faits et des responsabilités exacts sans refoulement et sans non-dits. Je crois que l’on ne peut pas regarder l’avenir en face sans avoir d’abord affronté son passé. Je terminerai en disant que la société française a la chance d’être une société multiculturelle. La France est une démocratie. Pour que ce sentiment démocratique vive et s’exprime, nous devons dépasser nos tabous, parler de ces questions que je viens très brièvement d’aborder et sur lesquelles je sais que vous travaillez et réfléchissez beaucoup, en parler sans arrière pensée, aborder la question de l’islam plus franchement peut-être et plus sereinement que nous ne l’avons fait jusqu’ici, condamner le recours à la violence sous toutes ses formes, être intraitable vis-à-vis du terrorisme, affirmer le principe d’égalité concrètement à l’école, dans l’emploi, dans la vie tout simplement, et combattre la discrimination, ouvrir enfin la société française sur le monde.

Je crois que nous ne devons pas avoir peur des incertitudes du monde, c’est à nous de construire une mondialisation à visage humain où chacun ait sa place quel que soit son lieu de naissance et quel que soit son lieu de vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 
 



 

 

 

 
 






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