L’émigré ordinaire vit d’espoir ou d’espérance à perpétuité.

En attendant de voir le bout de cette éternité, pour les siens restés au pays, il est le poulet sacrificiel d’une vie artificielle et faussement agréable. Pour ses hôtes involontaires du pays d’accueil, il est devenu un problème. La vie de l’émigré ordinaire est une simple survie. Survie dans la frustration de voir les produits qu’il fabrique et qu’il ne peut s’offrir. Survie dans l’humiliation d’être souvent sans droits ni dignité.

Cette survie est enveloppée d’une équivoque et d’une hypocrisie. L’équivoque est entretenue entre la vraie vie d’épreuves des émigrés ordinaires et leurs images dans la population restée au pays. L’hypocrisie est celle de ces sociétés dont le progrès social et économique ne peut s’entendre sans ces migrants qu’elles maltraitent tant. Ainsi l’émigré est ce bout de bois dans l’eau du marigot qui ne peut devenir caïman.

L’auteur
Seidina Oumar DICKO est né le 10 janvier 1953 à Nioro du Sahel (Mali), situé dans la Région de Kayes, principale région d’émigration par excellence. Lui-même n’a dû son salut qu’aux brillantes études qu’il a effectuées en Histoire à l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, pour sa Maîtrise et à Aix en Provence (France) pour son DEA, et également dans la prestigieuse Ecole de journalisme de Dakar (le CESTI) ou il s’initiera au journalisme. C’est en alliant cette double initiation (recherche historique et rigueur journalistique) à son appartenance au triangle de l’émigration (Mali, Mauritanie et Sénégal), qu’il réussira à écrire ce récit après plusieurs années de recherches et de documentation.