Au temps de l’humanisme, les héritiers de l’élite européenne ont, pour se former, souvent pratiqué le  » voyage étudiant  » ; à l’époque moderne, ils ont été nombreux à effectuer le  » Grand Tour  » du continent. Mais c’est à des migrations estudiantines moins connues, et souvent moins heureuses, que s’intéresse cet ouvrage. Du XVIe au XXe siècle, en effet, des jeunes gens issus de minorités ont été contraints d’aller étudier ailleurs, au gré des répressions, notamment religieuses, et sous la contrainte de politiques universitaires discriminatoires (numerus clausus, interdictions diverses, etc.). Les exils éducatifs sont ainsi légion, des catholiques irlandais fuyant l’Etat protestant aux marranes chassés par l’Inquisition, des calvinistes français aux juifs d’Europe de l’Est, des ressortissants de l’empire russe aux  » indigènes  » des empires coloniaux. Beaucoup de ces étudiants de l’exil se forgèrent ainsi un destin meilleur – mais ailleurs, dans des pays d’accueil qui ont souvent instrumentalisé ces expatriés. Au fil des analyses de seize spécialistes internationaux, cet ouvrage étudie les cohortes d’exilés qui se sont joués de la carte universitaire. Leurs pérégrinations et leurs chassés-croisés ont dessiné les contours d’une Europe souvent intolérante mais qui, dans la longue durée, a presque toujours été perméable aux mobilités étudiantes.

L’auteur
Patrick Ferté, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Toulouse-II, est l’auteur de travaux sur l’histoire sociale et intellectuelle du monde universitaire d’Ancien Régime. Caroline Barrera enseigne l’histoire contemporaine au centre universitaire Champollion d’Albi. Elle travaille sur les étudiants étrangers et les relations entre universités au XIXe siècle.