François-Xavier Bouchart, décédé aujourd’hui, a réalisé un travail photographique sur Belleville dans les années 1970, alors que ses parents viennent s’installer dans ce quartier en pleine restructuration. Son travail propose un regard personnel sur ce quartier populaire qui avait été photographié par Robert Doisneau ou Willy Ronis. François-Xavier Bouchart voulait photographier les mêmes lieux en phase de mutation urbaine, économique et sociale.

François-Xavier Bouchart est l’un des seuls à avoir pris des photographies du vieux quartier jusqu’à la Place des Fêtes à cette période. Des rues et passages aujourd’hui disparus : le passage des Faucheux, le passage Kuzner, la rue Vincent. Ces photographies montrent des façades d’habitations, des anciens commerces, des enfants du quartier, des terrains vagues après la destruction d’immeubles… Certains des lieux montrés ont aujourd’hui complètement disparu, laissant place à de grands ensembles.

Ce qui intéresse alors Francois-Xavier Bouchart, c’est ce paysage de maisons éventrées par les démolisseurs, des rues à moitié démolies, des commerces ou ateliers d’artisans murés ou en activité pour peu de temps, recherchant les traces sur les murs encore debout des familles qui y avaient vécu : des photos encore agrafées, les dessins d’enfants, les papiers peints arrachés, les crépis et les pierres effritées, les objets et valisés abandonnés dans la précipitation des départs, les enseignes des commerces, etc.

Pour lui, il y a alors urgence et nécessité à traduire cette rupture des années 1970 quand il en est encore temps. Mais aussi de montrer la vie quotidienne des populations qui vivaient sur place malgré les destructions, préservant leurs habitudes ou les enfants jouant dans les nouveaux terrains vagues. Le photographe est sensible aux paysages architecturaux et sociaux qu’il saisit sous forme de panoramiques noirs et blancs contrairement à ses clichés en couleur qui chacun semble raconter une histoire différente. Les effets de lumière quand le soleil affleure les différentes matières qui composent ces rues de Belleville détruites deviennent des objets esthétiques et d’émotions. Les superpositions des différentes strates du quartier sont également des superpositions de mémoires des gens qui y habitent encore ou qui sont déjà partis. C’est en cela que ce témoignage des transformations à l’oeuvre est unique pour comprendre comment un quartier populaire et multiculturel subit des démolitions dans sa chair, son identité et son ambiance.

Repères :
Belleville-Ménilmontant en images
CATTP 20ème – Amicale du Bouffadou
93 rue des Vignoles
75020 Paris – métro Maraîchers

Du samedi 17 septembre au dimanche 16 octobre 2011
14h – 17h du lundi au jeudi
13h – 16h le vendredi (avec l’Amicale du Bouffadou)
10h-12h / 14h-18h le week-end (avec l’Association Trajectoires)
9h – 19h sans interruption les samedi 17 & dimanche 18 septembre (week-end des Journées Européennes du Patrimoine)