Le photographe Stéphan Gladieu est parti en 2003 à la rencontre des Harkis et de leurs familles. Il a ramené des images inédites sur leur quotidien et une série de portraits-témoignages de ces parias de l’indépendance algérienne, dont les enfants sont devenus des citoyens français à part entière.

« J\’ai découvert le mot Harkis en 1991, lors de manifestations mouvementées. Jamais auparavant je ne l’avais entendu si fort. C\’était un mot qui se murmurait. Jour après jour, on nous montrait une communauté exilée, meurtrie, oubliée. Et puis soudain, plus rien…

J\’ai compris au fil du temps que la guerre d’Algérie restait une blessure profonde dans l’inconscient collectif. Les Harkis sont au coeur de cette tragédie. Ils en sont les acteurs et les victimes. J\’ai voulu aller à leur rencontre pour partager leur vie quotidienne et leur donner enfin la parole. Le chemin a été douloureux, incertain et parfois amer. Je me suis d’abord heurté à l’incompréhension polie des Français de souche qui ne comprenaient pas pourquoi je m\’intéressais, aujourd’hui, après le 11 septembre, à ceux qu\’ils préféreraient peut-être oublier.

Je me suis aussi heurté à l’incompréhension des Harkis eux-mêmes. Ce n’était pas un rejet, mais de la méfiance. Parfois même, de la peur, celle d’être rattrapé par un passé trop douloureux, qui aujourd’hui encore semble les menacer.

Et puis doucement, une main m\’invitait à braver la pénombre de leurs foyers. Ici, ces Terriens du soleil vivent les volets fermés, depuis qu\’ils ont connu la promiscuité des camps dans lesquels la France les a parqués des années. Ces camps clos par des barbelés, gardés jours et nuit, étaient installés dans des régions isolées. Les familles s\’entassaient dans 9 mètres carrés, partageant chaque espace avec les voisins. Aujourd’hui encore, il leur est difficile d’ouvrir les volets, de s\’ouvrir à un monde qui les a tant cachés et rejetés.

Après m\’avoir permis de laisser entrer la lumière, l’accueil s\’avérait chaleureux et amical. Le flot de paroles et la réelle volonté de s\’approprier leur image à travers mon objectif dévoilait leur soif de témoigner. A ma grande surprise, ce sont les femmes qui prenaient la parole. Les hommes, eux, sont las de cette Histoire qui ne leur a apporté que quelques médailles en fer et beaucoup de souffrance. »

Stéphan Gladieu

Voir le reportage de France 3 Basse-Normandie :


Expo Harkis Mémorial de Caen par france3bassenormandie_845

Repères
« Destins de Harkis »
Du 15 mars au 11 novembre
Mémorial de Caen
Esplanade Général Eisenhower
14050 Caen