Une Indochine fantasmée et rêvée où les photographies stéréoscopiques sur plaque de verre s’animent pour mieux donner à voir les conquêtes de la France. Diffusées en très grand nombre par le biais des cartes postales, ces images reflétaient la grandeur de l’Empire français pour les métropolitains. Datées des années 1920, nous découvrons la collection de photographies d’une famille française anonyme originaire de Saint-Étienne ou de Bretagne. Outre les scènes familiales coloniales, des vues de chantiers et d’un pavillon de la Société d’électricité indochinoise nous renseignent sur leurs activités industrielles.
À cette époque, malgré la lourdeur des plaques de verre et l’instabilité des chimies (surtout avec la chaleur), la photographie devient plus maniable. Elle permet aux photographes amateurs de fixer des moments posés mais toujours instructifs sur les populations indigènes et coloniales. Marcel Legris, parti en Indochine pour une mission des Ponts-et-Chaussés, immortalise les tribus des Hauts-Plateaux sans omettre les « distractions » des colons tel que l’opium. Toujours du côté des Français partis en Indochine, les commissaires de cette exposition s’attardent sur Paul Monet, capitaine au service géographique de l’armée, un personnage qui diffère de l’image classique du conquérant ou du fonctionnaire colonial. Écrivain et spiritualiste, il écrit Les Jauniers, ouvrage critique sur les exactions du colonialisme français.

Mais l’exposition nous plonge également dans la vie des Indochinois, et plus particulièrement des Vietnamiens en France. Archives, journaux et photographies donnent à voir leur vie en France qu’ils soient ouvriers réquisitionnés, soldats de la Première Guerre mondiale ou étudiants. Tel Nguyen Aï Quoc (futur Ho Chi Minh), certains découvrent les valeurs de la République et de la Révolution française et souhaitent les appliquer à leur pays. Exposition dans l’exposition, une salle est consacrée aux travailleurs indochinois en France. Conçue à partir de l’ouvrage de Pierre Daum, Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952), cette partie met en lumière l’histoire mal connue de ces travailleurs logés dans des camps pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour finir, les images de l’Indochine investissent l’espace public occidental. Elle devient le théâtre des conflits qui secouent la seconde moitié du XXème siècle : guerre d’indépendance et Guerre froide. La bataille de Diên Biên Phu en 1954 et la défaite de l’armée française face aux forces Viêt Minh est un choc pour les Français comme pour les peuples colonisés qui prennent conscience que la victoire contre une puissance coloniale est possible. Vues par Paris-Match ou Regards, ces guerres sont incarnées en métropole. Souvent considérée comme la première guerre médiatique, la guerre du Viêt Nam est suivie par de nombreux journalistes occidentaux comme Alain Ruscio, correspondant de L’Humanité. Ses images exposées pour la première fois, rendent compte d’un pays en guerre au quotidien. De la force de ces images, relayées par les magazines, la télévision, le cinéma et les affiches, émerge un mouvement mondial, une génération entière mobilisée pour qui le Viêt Nam devient le catalyseur de toutes les luttes et de tous les espoirs.

En concluant cette exposition par le carnet de voyage en août 2012 d’un père et une fille, Pascal et Marine Collemine, résidant à Montreuil, le regard exposé redevient celui des amateurs et de la découverte d’un pays et de ses habitants.

>> Accéder au site du Musée de l’histoire vivante de Montreuil

Musée de l’Histoire vivante – Parc Montreau
31, Boulevard Théophile Sueur
93100 Montreuil
Mercredi, jeudi, vendredi : 14h à 17h – Samedi, dimanche : 14h à 17h30