L’annonce officielle en 2008 de la redécouverte de cette valise – constituée en réalité de trois petites boîtes –, dont la trace avait été perdue depuis 1939, a provoqué un engouement considérable dans l’univers du photoreportage et de la recherche historique. Après plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques et de péripéties diverses, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa. On y trouve également des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro, des images qui sont devenues, depuis la mort de celle-ci, intimement liées aux images de la guerre elle-même. Une manne de documents en très bon état de conservation, et pour une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne.

D’un exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes juifs, totalement investis dans la cause républicaine, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé. Portraits, scènes de combat, images rappelant les effets terribles de la guerre sur les civils : si certaines de ces oeuvres nous sont déjà familières grâce à des tirages d’époque ou des reproductions, les négatifs de la valise mexicaine, présentés ici sous la forme de planches-contact agrandies, dévoilent pour la première fois l’ordre de la prise de vue, ainsi que certaines images totalement inédites.

L’exposition est rythmée par 32 sections offrant un véritable panorama de la guerre civile espagnole, dont une section consacrée aux camps d’internement en France. En effet, Robert Capa s\’est intéressé aux réfugiés espagnols que le gouvernement français a placés dans des camps d’internement à partir de 1939. À Argelès, il photographie ceux qui, dans des tentes de fortune, essaient de faire du feu pour cuire leur maigre pitance. Au Barcarès, auquel il consacre la majeure partie de sa pellicule, il photographie tour à tour les réfugiés travaillant à élever une nouvelle ville sur le sable, les tirailleurs sénégalais, montés sur des chevaux, dépêchés par l’armée française pour diriger les camps d’une main de fer, et les prisonniers épuisés. À Bram, où sont regroupés un grand nombre d’artistes et d’intellectuels, il est accueilli par un concert d’anciens membres de l’orchestre symphonique de Barcelone. À Montolieu, il pénètre pour la première fois dans un des baraquements du camp.

>> Accéder au site du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Repères
La valise mexicaine
Du 27 février au 30 juin au 2013
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris