Exposition : « Les enfants de l’immigration »
Beaubourg, 1984

Un mois après l’arrivée en fanfare à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme s’ouvre en janvier 1984 l’exposition « Les enfants de l’immigration ». Mise en place par le ministère de la Culture et le Centre Pompidou, cette manifestation, présentée dans le temple de l’art contemporain, consacre la reconnaissance institutionnelle des jeunes d’origine étrangère en France et constitue le premier programme culturel de l’immigration de cette envergure jamais réalisé en Europe. L’exposition, qui reçoit plus de 40 000 visiteurs en trois mois, est vécue comme une véritable expérience culturelle qui inclue arts visuels (photographie, sculpture, vidéo, peinture), représentations théâtrales ou encore performances musicales. Elle tire profit de l’explosion de créativités urbaines en provenance de la banlieue, qui peut être considérée comme l’une des formes d’expression de la révolte des quartiers. Ainsi, l’exposition « Les enfants de l’immigration » présente une profusion de créations inédites. En outre, un étage entier est consacré à la représentation de la vie quotidienne et de l’environnement social des « enfants de l’immigration ».

Si cette manifestation culturelle n’est pas seulement consacrée aux enfants de l’immigration maghrébine, ces derniers sont au cœur des différents programmes de l’exposition soutenue par le Fonds d’intervention culturelle et Inter Service Migrants. Dans le contexte de l’apogée du mouvement artistique des enfants de l’immigration maghrébine et de la médiatisation à outrance du label « beur » qui,  selon la sociologue Catherine Wihtol de Wenden, constitue « la première mise en scène consciente et orchestrée d’une immense foisonnement d’images de soi », « Les enfants de l’immigration » a pour ambition de saisir et d’exposer le nouveau contexte socio-culturel en France et l’apport des héritiers de l’immigration maghrébine. Symptomatique d’une plus grande stigmatisation envers les primo-arrivants, opposés à la figure positive du « Beur » désormais à la mode, la génération des parents est totalement absente de l’exposition. En outre, l’historien Gérard Noiriel critiquera l’expression même de « jeunes d’origine immigrée » qui, selon le chercheur, n’a aucune existence au niveau juridique et ne ferait que stigmatiser encore davantage un groupe social que l’on cherche à intégrer.