Les deux photographes emmènent le visiteur sur les routes des migrations où histoire et mémoire se conjuguent à des images qui disent la solitude, le déracinement, le désir et la peur du retour mais aussi la possible reconstruction de l’être.

Les artistes :
Pour Bruno Boudjelal, d’origine franco-algérienne, la photographie est avant tout liée à la tradition du reportage. Lors d’un premier voyage en Algérie, en 1993, à la rencontre de sa propre histoire, Bruno Boudjelal adopte le medium photographique comme mode d’approche de la réalité.
Il saisit la communauté turque dans sa diversité géographique et professionnelle tout en constituant une première mémoire de cette immigration. Bruno Boudjelal livre des tranches de vie, capturées dans l’ineffable équation entre l’ici et l’ailleurs.

En 1994, il continue de creuser le sillon des déchirements de l’immigration et s’attache aux Turcs d’ici. Il parcourt la France entière afin de photographier la communauté turque et tente ainsi de constituer un début de mémoire de cette immigration. Il est assisté par l’association Elele, migrations et cultures de Turquie, qui lui ouvre son réseau de relations.
Par son regard sensible, parfois mélancolique, souvent décadré, le photographe introduit une vitalité, bouscule certains clichés et donne à voir des images où la tradition se confronte à la modernité. Il offre le panorama d’une population largement diversifiée dans son implantation en France et qui occupe différents secteurs d’emploi.

Malik Nejmi, d’origine franco-marocaine, scrute l’histoire familiale sur fond d’histoire collective. Grâce à la photographie, il renoue le lien au-delà de la Méditerranée, avec ce Maroc, déserté par le père depuis 1995 et où Nejmi a passé, enfant, une partie de ses vacances. « Tu es parti comme un voyageur, je suis revenu comme un fils d’immigré », lance le photographe.
Par une approche narrative et intimiste, les Images d’un retour au pays (2001) évoquent les retrouvailles avec la famille restée là-bas pendant que les photographies sondent les traces de l’invisible et dévoilent en filigrane l’absence du père. Ces clichés successifs d’une terre retrouvée finiront par ramener le père au pays en 2005.

En télescopant les temporalités, Nejmi compose des scènes qui semblent tirées des albums de famille. Mais elles trahissent leur contemporanéité par le traitement photographique, les plans quasi cinématographiques, les jeux subtils entre champs et hors champs ou encore le format carré des photographies qui n’est autre que la reproduction du cadre de la fenêtre de l’appartement familial d’Orléans d’où, petit, s’évadait son imaginaire vers le pays du soleil couchant.

Une rencontre-débat est organisée par la CNHI le jeudi 6 novembre 2008 à 18h30 en présence des deux photographes.

Repères :
Gurbet – El Maghreb
Exil – Occident lointain
Du 28 octobre au 30 novembre 2008
Cité nationale de l’histoire de l’immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 PARIS
M° Porte Dorée (l.8)
Bus 46 et PC2

+33 (0) 1 53 59 58 60
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