Ils ont marché plusieurs jours sous les rafales des avions. Ils avaient combattu sur l’Ebre. Ils étaient chassés par la phalange au son de “viva la muerte“. Eux avaient choisi “no passaran“. Ils étaient hommes, femmes, enfants, perdus dans la débâcle. Arrivés en France en février sous la neige. Le pays des Droits de l’Homme et du Front Populaire leur a donné le strict minimum : des barbelés sur les plages d’Argelès ou de St Cyprien, le camp Joffre à Rivesaltes. Regards croisés : le nôtre, le leur, et les regards qu’ils ont subis et dont le leur porte parfois la trace.

L’ histoire parfois se répète et la Retirada des Espagnols chassés par le fascisme a été le prélude à la guerre, mais aussi le premier exode d’une longue série. Épuration, asile, camps, déplacés, immigrés, réfugiés, ces mots ne se sont pas évanouis dans le progrès.

Après l’exode, l’oubli. Soixante ans de silence, pour les réfugiés espagnols. Aujourd’hui, les survivants se souviennent d’avoir été accueillis dans des camps de concentration. Pourtant, ces gens avaient combattu le fascisme et la dictature.

Aujourd’hui, ils commémorent ces journées de marche, mais longtemps ce passé fut un fardeau. Au camp de Rivesaltes, on érige un Musée Mémorial. Qui sont ces réfugiés espagnols ?

Gérard Gambon a voulu les regarder dans les yeux, avec respect et sans complaisance. “J’ai voulu donner à voir ce que je percevais de leur histoire, de leur peine silencieuse. J’ai voulu faire une oeuvre où s’exprime leur vision de la fraternité afin de convoquer la nôtre.“ (CategoryNet)

Leur vie ne s’est pas arrêtée à la porte de ces camps, ainsi ces visages n’expriment pas spécifiquement la tristesse ou la gravité. Leur volonté de survie et leur désir de résilience ont pris le pas sur la douleur. Les rares objets témoins de cette époque ont été conservé précieusement.

De même, leur identité espagnole et républicaine est devenue un trésor enfoui.

Repères :
La Retirada
Corum
Allée des Républicains espagnols
34000 MONTPELLIER