Les premiers foyers de travailleurs migrants (FTM)
Avant 1945, le logement des travailleurs immigrés est largement tenu à l’écart de l’action publique, même si quelques foyers de travailleurs coloniaux voient le jour dans le département de la Seine durant l’entre-deux-guerres. Durant les Trente Glorieuses, alors que la France organise l’immigration et que l’immigration et l’exode rural vers les villes ne cessent de croître, le pays fait face à une pénurie sévère de logements étendue plus particulièrement aux plus démunis comme les travailleurs immigrés. Ceux-ci vivent ainsi souvent dans des conditions misérables dans des bidonvilles, des baraques de chantier, des foyers-hôtels, des caves…

La Sonacotral/Sonacotra
En 1956, l’Etat prend en charge la question du logement des travailleurs immigrés avec la création de la SOciété NAtionale de COnstruction pour les TRavailleurs ALgériens (Sonacotral), qui deviendra SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs (Sonacotra) en 1963 puis Adoma en 2007. A l’origine, la mission de cette société d’économie mixte est le financement, la construction et l’aménagement de locaux d’habitation pour les « Français musulmans d’Algérie ». Comme ont pu le noter les historiens, l’objectif, en pleine guerre d’Algérie, est aussi l’encadrement et le contrôle d’une population fortement soupçonnée de constituer un « front intérieur ». Le modèle du foyer Sonacotra reste plus ou moins le même : nouvelles constructions à l’écart des centre-villes, petites chambres collectives ou individuelles, cuisines et sanitaires collectifs, salles communes, règlements stricts… A l’intérieur des foyers, les résidents décrivent des rapports tendus avec les gérants et des conditions de vie difficiles ; certains assimilent le foyer à une prison.

Les grèves des loyers
En 1975, à la suite de hausses successives de loyers dans les foyers Sonacotra (+30% en janvier 1975), des résidents se mobilisent et refusent de payer leur loyer. La révolte part de foyers franciliens, mais très vite le mouvement s’élargit et de grandes grèves des loyers, qui mobilisent environ 20 000 résidents, ont lieu dans toute la France entre 1975 et le début des années 1980. Les grévistes s’organisent en comités de résidents autonomes (les « Sonacos ») qui dénoncent les hausses des prix, les règlements quasi-militaires ainsi que l’attitude des propriétaires et des « gérants racistes ». Devant l’ampleur de la mobilisation et la détermination des comités de résidents, les autorités utilisent tant l’arsenal législatif que la force pour mettre fin au mouvement. C’est ainsi que de nombreux résidents délégués sont expulsés de France vers leur pays d’origine, ce qui ne fait qu’accroître les tensions et la mobilisation.

« Le drame d’Aubervilliers »
En dépit des initiatives de certains patrons et d’associations, les foyers dits « sauvages » tenus par des propriétaires privés continuent de loger de nombreux travailleurs immigrés qui ne souhaitent pas ou n’ont pas les ressources suffisantes pour payer un loyer jugé élevé. C’est dans un de ces foyers « sauvages » que périssent, le 1er janvier 1970, à Aubervilliers, cinq travailleurs africains. Dans la nuit du 31 décembre 1969 au 1er janvier 1970, quatre travailleurs sénégalais et un travailleur mauritanien logés dans un foyer non chauffé au 27 rue des Postes à Aubervilliers meurent asphyxiés dans leur sommeil alors qu’ils tentent de se réchauffer avec un poêle à bois improvisé et défectueux. Alors que les accidents de ce type ne sont pas rares dans les bidonvilles et les foyers « sauvages », cet événement reçoit un traitement médiatique particulier. C’est ainsi que la sortie des corps des cinq victimes est suivie et retransmise dans les journaux télévisés des deux chaines de télévision nationales. La presse écrite, locale et nationale, s’empare aussi du sujet, en mettant en lumière les conditions de logement misérables des travailleurs immigrés ou, à l’inverse, en dénonçant le caractère incontrôlé de l’immigration africaine.

Les « foyers africains »
Avec l’arrivée croissante des travailleurs africains au début des années 1960, de nouvelles structures voient le jour afin de gérer des foyers destinés uniquement à ces populations installées essentiellement en Ile-de-France. Parmi ces structures, on peut citer l’Association pour la formation technique de base des Africains et Malgaches (AFTAM), créée en 1962, ou l’association Soutien union dignité accueil du travailleur africain (Soundiata), créée en 1963. L’accent est mis sur la collaboration entre les ministères de la Coopération, de l’Education nationale et des représentants des associations de travailleurs africains. Outre le logement, ses activités principales sont le développement et la formation, deux dispositifs jugés indispensables pour la bonne insertion des travailleurs africains en France ainsi que le retour dans leur pays d’origine. L’insertion et la coopération sont également mises en avant et, dans la plupart des cas, les directeurs des foyers Soundiata sont des Africains.

La fin programmée des foyers de travailleurs migrants
En 1996, le gouvernement propose la transformation des foyers de travailleurs migrants en résidences sociales, c’est-à-dire des logements permettant l’hébergement temporaire de personnes rencontrant des difficultés d’accès à un logement « ordinaire ». Si l’objectif est de faciliter le passage de ces populations vers un logement pérenne, des associations de soutien aux résidents immigrés, comme le Collectif pour l’Avenir des Foyers (Copaf) d’immigrés africains, déplorent le manque d’accompagnement des résidents. Aujourd’hui, des foyers de travailleurs migrants continuent d’exister car tous ne sont pas encore devenus résidences sociales.