« La décennie post 1968 en France constitue un moment important, et à bien des égards nouveau, pour ce qui est des engagements des femmes qu’on peut désigner comme « de l’immigration » en France. Des femmes étrangères, immigrées, exilées, vivant temporairement ou durablement en France, ainsi que des femmes se réclamant de l’héritage de l’immigration, ont constitué des groupes ou des associations et pris des initiatives collectivement mettant en avant une nécessaire autonomie des mouvements de femmes tout en travaillant aussi dans l’interaction avec d’autres luttes (mouvements pour les droits des immigré-e-s, luttes sociales et politiques dans leurs payes d’origine…) et en construisant des solidarités »(1).

Les archives relatives à l’immigration conservées au Centre des archives du féminisme (CAF)

Le Centre des archives du féminisme (CAF), créé en 2000 par une convention de partenariat entre l’association Archives du féminisme et l’Université d’Angers, mène une politique de collecte, de classement, de conservation et de communication des archives déposées ou données par des acteurs privés dont notamment des associations militantes. Les inventaires d’une sélection de fonds en lien avec l’immigration sont disponibles à la consultation parmi lesquels :

L’Union féminine civique et sociale (UFCS), association féministe créée en 1925, animait un bureau en Algérie jusqu’à la décolonisation. Sont notamment consultables des archives retraçant l’activité de l’association au moment de la guerre d’indépendance.

Le Conseil national des femmes françaises (CNFF) est une association féministe créée en 1901. Ce fonds d’archives répertorie entre autres un ensemble de treize dossiers de la Commission Migrations couvrant la période de 1952 à 1980.

– Femmes libres est une émission de radio animée par Nelly Trumel depuis 1986 sur Radio libertaire. Les archives audiovisuelles des émissions, dont certaines concernent l’histoire de l’immigration – comme par exemple l’émission du 16 juin 1993 traitant du procès des femmes Kurdes à Bordeaux – sont conservées au Centre des archives du féminisme.

– La Maison des femmes est une association féministe créée en 1981 pour favoriser les contacts et la solidarité entre les femmes. Sont notamment disponibles à la consultation les archives du Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées (RAJFIRE) (1976-2000).

– Le Mouvement de libération de l’avortement et la contraception (MLAC) est une association féministe créée en 1973 apportant un soutien aux femmes désirant avorter. Un ensemble de documents concernant le premier rassemblement de la seconde génération tunisienne vivant en France est notamment consultable au CAF (1970-1987).

Focus sur deux trajectoires individuelles

Maria Amaral

Maria Amaral est une artiste peintre, née en Argentine en 1950, d’origine espagnole, issue d’une famille de républicains exilés. Elle arrive en France en 1966 suite au coup d’état en Argentine, son père étant menacé à cause de ses activités. Engagée dans les mouvements de mai 68, elle s’installe par la suite avec sa famille où elle côtoie la réalité des bidonvilles et parallèlement, s’engage auprès des Comités Palestine. Elle mène le projet de la Maison peinte en lien avec la Cimade contribuant à améliorer le cadre de vie des habitants des bidonvilles et cités de transit. Elle sera arrêtée (puis amnistiée par François Mitterrand) pour sa participation à l’organisation du réseau Solidarité. Elle continue par la suite ses activités militantes et s’engage dans un collectif de recherche de disparus en Argentine.

Sur le plan artistique, ses thèmes de prédilection sont le tango, le portrait, les natures mortes et l’amour. Une sélection de sa collection de dessins et peintures est consultable dans Odysséo sous forme numérisée.

Pour en savoir plus sur le parcours de Maria Amaral, consultez cet extrait de la campagne d’archives orales « Histoire et mémoire de l’immigration, mobilisation et lutte pour l’égalité, 1968-1988 ».

Yamina Benchenni

Yamina Benchenni est née en 1960 à Cannes. Elle passe son enfance dans le bidonville de Saint-Barthélémy à Marseille. En 1970, sa famille est relogée dans une cité de transit. Elle milite dès les années 1970 contre le racisme, les crimes racistes et pour les droits des femmes. Elle travaille alors dans un centre social. Après la mort de Lahouari Ben Mohamed en 1980, elle crée le Collectif des familles victimes des crimes racistes. Elle s’implique dans la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983, puis participe à la fondation du « forum justice » en 1984 pour que les procès des criminels aient lieu aux assises et non en correctionnelles. En 1984, elle crée avec d’autres femmes l’Association des femmes maghrébines en action (AFMA).

Pour en savoir plus sur le parcours de Yamina Benchenni, consultez cet extrait de la campagne d’archives orales « Histoire et mémoire de l’immigration, mobilisation et lutte pour l’égalité, 1968-1988 » ainsi que sa collection de photographies numérisées disponible dans Odysséo.

Sources complémentairesfemmes de l’immigration pour l’égalité et contre les discriminations, 1970-1996 » , exposition virtuelle disponible en ligne.

Association Génériques, « Les femmes de l’immigration XIXe-XXe siècles » in : Migrance, n°42, 2013.

Association Génériques, campagne d’archives orales « Histoire et mémoire de l’immigration, mobilisation et lutte pour l’égalité, 1968-1988 », entretiens réalisés de 2012 à 2015. Instrument de recherche et extraits disponible dans le portail Odysséo.

Association Génériques, « Les femmes maghrébines de la première génération dans les courts-métrages, les documentaires et les téléfilms », extrait du colloque « Images et représentations du Maghrébin dans le cinéma en France, 2010.

Association Génériques, « Le rôle de la lettre dans l’expérience des femmes maghrébines », extrait du colloque « Images et représentations du Maghrébin dans le cinéma en France, 2010.

Association Génériques, « les périodiques des associations de femmes immigrées : l’exemple des Yeux ouverts », 2016. Article disponible dans Odysséo.

Association Génériques, « Les femmes de l’immigration dans les périodiques, l’exemple de Sans Frontière », 2013. Article disponible dans Odysséo.

Association Génériques, « Carnets des Nanas beurs », Melting post, 2016.

Association Génériques, « Herejias, revue des femmes latino-américaines », Melting post, 2015.

Association Génériques, « Catarina Eufémia, une figure de la lutte portugaise », Melting post, 2013

FACEEF, campagne d’archives orales « Mémoires du réseau associatif espagnol en régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur », 2012. Instrument de recherche et extraits disponibles dans le portail Odysséo.

(1) Extrait de l’article « Mouvements de femmes de l’immigration en France dans les années 1970 », Claudie Lesselier, Migrance, n°42, 2013.