Depuis l’année 2012 le portail Odysséo s’est enrichi d’un nouvel outil, le dictionnaire historique de l’immigration, présentant des notices sur les lieux, les personnes et bientôt les organismes liés à l’histoire de l’immigration en France.

Les notices biographiques présentant les femmes étrangères engagées dans la Résistance française, montrent le rôle majeur qu’elles ont joué dans la lutte contre l’occupation de l’Allemagne nazie, au-delà de la diversité des parcours et des origines.

Si Joséphine Baker est aujourd’hui une icône de l’histoire du spectacle, son engagement dans la Résistance est moins connu. Née Freda Josephine McDonald (1906-1975), elle joue un rôle important dans la lutte contre l’occupation allemande. Arrivée en France au cours des années 1920, elle est recrutée dès le début de la guerre par le Deuxième Bureau en vertu de sa facilité à se déplacer pour des raisons professionnelles. C’est ainsi que Josephine Baker se retrouve à voyager et à se produire au Portugal, au Maroc, en Amérique du sud, en passant par le sud de la France, pour entrer en contact avec les services de renseignements britanniques, afin de leur transmettre des informations. À partir de 1943, elle entreprend une tournée en Afrique du Nord et au Moyen-Orient pour les soldats français, britanniques et américains. En reconnaissance de ses services de propagande, on la fit sous-lieutenant des troupes féminines auxiliaires de l’armée de l’air française. En 1945, elle donne un concert pour les survivants de Buchenwald. Après la guerre, elle s’installe en Dordogne, où elle s’occupe de la tribu « Arc-en-ciel », créée pour aider des enfants d’origines diverses. Nommée Chevalier de la Légion d’honneur en 1961 pour ses activités dans la Résistance, elle sera la première femme d’origine étrangère – elle avait entre-temps obtenu la nationalité française – à recevoir cet honneur.

C’est dans ce contexte multiculturel que les sœurs Angèle et Nina Martinez naissent et grandissent en développant une conscience politique et de classe qui les poussera plus tard à s’engager dans la Résistance. Elles rejoignent l’Union des jeunes filles de France, organisation de jeunesse communiste et, lorsque les troupes allemandes entrent dans Paris, en juin 1940, Angèle et Nina Martinez seront actives dans la distribution de tracts et de journaux clandestins autour de la Seine Saint-Denis.

Accompagnée de son amie Maria Leonor Rubiano, Angèle, participe à la manifestation du 14 juillet 1941 à la station de métro Strasbourg Saint-Denis à Paris, pour laquelle elles avaient confectionné un drapeau français. Classées « Nacht und Nebel » par la Gestapo, elles sont arrêtées et enfermées à la prison de la Santé à Paris jusqu’en 1942, puis déportées en Allemagne et internées au camp de Ravensbrück. Transférées en 1945 au camp de Mauthausen, les deux femmes sont atteintes par l’épidémie de tuberculose qui ravage le camp. Maria Leonor Rubiano ne survivra pas. À son retour en France, Angela Martinez se consacre à la mémoire de la Résistance, en présidant pendant de nombreuses années la section locale de Saint-Denis de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes). Sa sœur Nina qui, pendant la guerre, avait suivi son mari Paco Asensi engagé dans les Brigades internationales, mènera d’importantes luttes syndicales au sein de la CGT en Seine-Saint-Denis tout au long de sa vie. De nombreuses plaques commémoratives et événements culturels rappellent en outre la participation de Maria Leonor Rubiano à des faits de résistance. Une rue porte son nom dans la ville de Saint-Denis.

Juive roumaine née en 1912, Golda (francisé en Olga) Bancic est arrêtée plusieurs fois dans son pays d’origine pour ses activités de militante communiste. En 1938, elle s’exile en France pour poursuivre des études de lettres. La même année, elle épouse son compatriote Alexander Jar, dit Dubois, ancien membre des Brigades internationales. C’est en 1943 qu’elle s’engage dans les Franc-tireurs et partisans-Main-d’oeuvre immigrée (FTP-MOI) où on lui confie le rôle d’assembler des armes et de les transporter dans toute la France. Grande absente de la célèbre affiche rouge, Olga Bancic, dont le pseudonyme dans la résistance était Pierrette, est pourtant la seule femme du groupe Manouchian. En février 1944 elle est jugée par la cour martiale du tribunal allemand à Paris avec ses camarades de lutte durant le dit « procès des 23 » et condamnée à mort. Emprisonnée à Fresnes, puis déportée en Allemagne, elle est décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart. Olga Bancic est un symbole de la Résistance dans son pays d’origine, la Roumanie, où son compagnon et sa fille retourneront après la guerre. Des plaques commémoratives rappellent son parcours en France, notamment celle de la rue du Château, dans le 14ème arrondissement de Paris, où elle avait vécu.

En parcourant le dictionnaire historique de l’immigration, on trouve d’autres parcours de femmes étrangères engagées dans la Résistance française: Anka Richtiger, communiste polonaise exilée en France, agent de liaison et convoyeuse d’armes pour les FTP-MOI, ou encore Cristina Boïco, biologiste roumaine, chercheuse à la Sorbonne, responsable, à partir du printemps 1942, du service de renseignements des FTP-MOI.

Au cours de cette année 2014 de célébrations du 70e anniversaire de la Résistance, des Débarquements, de la libération de la France et de la victoire sur le nazisme, le Dictionnaire historique de l’immigration va s’enrichir de nombreuses notices d’étrangers et d’étrangères engagé-e-s dans la Résistance ou dans l’armée française de la Libération.