Grève de la faim de l’église de Ménilmontant (mai-juin 1973)

Cette affiche a été réalisée à l’occasion de la grève de la faim illimitée engagée en mai 1973 par 56 travailleurs tunisiens. Ces derniers seront accueillis dans la crypte de la paroisse de Pierre Loubier, dans l’église Notre-Dame de Ménilmontant (20e arr., Paris).

Cette action s’inscrit à la suite d’une série de grèves de la faim engagées dans la plupart des grandes villes de France. A Valence, 19 Tunisiens entament ainsi une grève de la faim le 25 décembre 1972, soutenus par les prêtres de quatre églises de la ville qui ne célébreront pas la messe de minuit, inaugurant de cette manière une autre forme de protestation : la « grève de la messe ».

Ces mobilisations ont été déclenchées à la suite de l’entrée en vigueur des circulaires Marcellin et Fontanet en 1972. Ces dernières plongent plus de 80% des travailleurs immigrés dans l’illégalité en liant l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un contrat de travail et d’une attestation de logement décent et en limitant les régularisations. La modification de la réglementation pénalise ainsi tous les travailleurs étrangers non déclarés qui ne pourront plus prétendre à l’obtention d’une carte de séjour sur place. Ces circulaires mettent aussi les travailleurs immigrés déclarés à la merci de leur employeur, dans la mesure où le chômage équivaut à la perte de la carte de séjour.

Parmi les organisateurs de la grève de la faim de l’église de Ménilmontant se trouvait Saïd Bouziri, futur fondateur de Génériques et dirigeant de la Ligue des droits de l’homme qui explique dans un entretien comment, lors de cette manifestation qualifiée de « massive et active », les grévistes se rendaient dans les usines pour expliquer l’objet de leur lutte. En juillet 1973, Georges Gorse, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Population du gouvernement Messmer sort une circulaire qui permet la première action de régularisation générale : 35 000 étrangers en situation irrégulière sont ainsi régularisés. Interrogé sur le choix de la grève de la faim comme forme de lutte, Saïd Bouziri expliquera : « je crois que c’est l’arme des faibles. On joue avec son corps pour dire qu’on ne supporte pas.[…] la grève de la faim s’était révélée comme quelque chose d’un peu identitaire, une forme de reconnaissance. »

Les citations de Saïd Bouziri sont extraites de l’entretien réalisé par Hélène Trappo et publié dans Plein droit n°11 publié en juillet 1990.