Hexagone de Malik Chibane

L’historien Alec G. Hargreaves distingue trois âges cinématographiques des Maghrébins en France, inspirés des « trois “âges” de l’émigration algérienne en France » définis par le sociologue Abdelmalek Sayad dans son livre éponyme. Le chercheur montre ainsi comment la présence sur les écrans des populations immigrées ne cesse d’évoluer depuis les années 1970. D’un regard extérieur porté par des réalisateurs français, nous passons au cours des années 1980 à un regard de transition, celui des premiers réalisateurs issus de l’immigration maghrébine tel Mehdi Charef avec Le Thé au harem d’Archimède (1985), pour enfin adopter un regard inclusif par lequel la figure de l’immigré est peu à peu intégrée à la société française. C’est dans le second regard qu’Alec G. Hargreaves situe l’oeuvre du réalisateur d’origine kabyle Malik Chibane, auteur entre autres du film Hexagone. Ce regard est celui qui laisse les jeunes de l’immigration « devant les portes de la société qui leur sont injustement fermées ».

Dans son film, en forme de chronique sociale, Malik Chibane met en scène Ali, Slimane, Staf, Nacera et Samy, cinq jeunes de banlieues que l’on va suivre pendant cinq jours, à la veille de la fête de l’Aïd-el-Kébir, dans une cité du quartier populaire de Goussainville, celui dans lequel Malik Chibane a passé sa jeunesse. Ce premier long-métrage, réalisé avec des bouts de ficelles, est tourné au format 16mm avant d’être transféré sur un support en 35mm et de sortir en salles en 1994. « Je me suis lancé dans Hexagone avec pour seul viatique les films que j’avais vus. Je me suis donc contenté de vouloir faire un film politique qui, d’ailleurs, n’était pas prévu pour sortir en salles. C’était une production locale, une cassette vidéo à tout casser », explique le réalisateur dans un entretien accordé aux Inrocks en 1995. Le film recevra un accueil positif de la part du public et de la critique et Malik Chibane poursuivra sa carrière en réalisant l’année suivante le film Douce France, cette fois-ci dans des conditions professionnelles.  

Vous pouvez retrouver cet article dans le numéro 3 du Journal Officiel des Banlieues.

Pour en savoir plus :

Migrance 37 Images et représentations des Maghrébins dans le cinéma en France