Metteur en scène et écrivain, arpenteur acharné des planches marseillaises, Akel Akian vient de s\’éteindre l’année même où le Théâtre de la Mer a enfin trouvé un point d’ancrage à Marseille : l’R de la Mer, au 53 rue de la Joliette, semble tourner le regard vers l’autre rive de la Méditerranée.

Akel Akian quitte les rives du Maroc pour rejoindre Lyon dans les années 70. Il a été un temps ouvrier de l’industrie textile avant de descendre plus au sud et d’intégrer deux compagnies aixoises. Au tournant des années 1980, il crée le Théâtre de la Mer avec Frédérique Fuzibet.

Il a mis en scène les grandes plumes de l’écriture maghrébine : Tahar Ben Jelloun, Driss Chraïbi, Kateb Yacine, Aziz Chaouki… Il écrivait aussi ses propres textes, dont il puisait directement la matière dans les témoignages recueillis au gré de ses rencontres. Ce théâtre offre un questionnement permanent sur l’exil « parfois subi comme un destin, d’autres fois choisi » disait Akel Akian, répétant à l’envie que son propre exil était pour sa part consenti : « j’ai voulu partir, c’était mon rêve ». 

Le théâtre d’Akel Akian interroge aussi la mémoire individuelle et collective des peuples nomades, leur quête d’identité sur la croisée des routes : « Dans l’immigration le théâtre doit faire le voyage de l’origine, faire ce parcours et en même temps être dans son temps, de son temps ». Il devait aussi favoriser l’intégration, le vivre-ensemble, « jeter les passerelles entre les générations, entre les quartiers Nord et le centre de la ville ». Dans cette logique, la compagnie du Théâtre de la Mer s’est souvent représentée dans les quartiers délaissés de la ville, animant des ateliers avec les jeunes.

Voir le portrait d’Akel Akian réalisé par Eric Pinoy et Ramzi Tadros.

Crédit photo : Eric Pinoy et Ramzi Tadros