Né à Tunis, Saïd Bouziri (1947-2009) est une des figures emblématiques de l’immigration du dernier demi-siècle.

Aîné d’une famille de commerçants, Saïd Bouziri arrive en France en 1966 pour poursuivre des études d’économie à Lyon puis à Paris. Il s’engage au lendemain des événements de mai 1968 dans la défense des droits des Palestiniens et des immigrés. Alors même que les étrangers sont exclus du droit d’association, Saïd Bouziri, étudiant-travailleur, participe à la fondation des Comités Palestine puis du Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA). En octobre 1971, suite à l’assassinat du jeune Djellali Ben Ali, âgé de 15 ans, et à l’appel du Comité Palestine, du Secours rouge et des habitants du quartier de la Goutte d’Or, il fait partie des organisateurs de la manifestation dénonçant ce crime.

En 1972, dans le contexte de la promulgation de la circulaire Marcellin-Fontanet restreignant les droits des immigrés, Saïd Bouziri est visé, ainsi que son épouse Faouzia, par une mesure d’expulsion du territoire suite à ses activités militantes. Leur grève de la faim en février de cette année, une des premières organisées par des immigrés depuis la guerre d’Algérie, a un grand retentissement. Soutenu par plusieurs collectifs, dont le « comité de soutien à Saïd Bouziri », et des individus, entre autres des intellectuels français comme Jean-Paul Sartre, Claude Mauriac et Michel Foucault, et après la tenue d’une manifestation de soutien de plus de 2000 personnes, le couple Bouziri obtient gain de cause. Le gouvernement leur accorde alors un permis de séjour de 15 jours renouvelable.

Malgré une situation encore précaire, Saïd Bouziri se lance dans l’organisation active des grèves de la faim pour la régularisation en 1972 et 1973 et dans la création du Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI) en novembre 1972. En septembre 1973, à l’appel du MTA, il contribue à l’organisation de la grève générale des travailleurs immigrés en réaction aux crimes racistes du midi de la France. Il participe aussi de manière active au comité de soutien au mouvement de grèves des loyers des foyers Sonacotra. En 1974, il présente, avec ses compagnons, un candidat immigré symbolique, nommé Djellali Kamal, à l’élection présidentielle.

Durant la deuxième moitié des années 1970, Saïd Bouziri milite dans le quartier qu’il a habité jusqu’à son décès, la Goutte d’Or, en créant une association socioculturelle et une librairie rue Stephenson. Après avoir été l’un des fondateurs des journaux Sans Frontière (1979-1986) puis Baraka (1981-1986), il est aussi l’un des pionniers des radios libres : en juin 1981, il créée avec ses amis Radio soleil Goutte d’Or. En 1983, il participe activement à la préparation de la Marche pour l’égalité et contre le racisme.

Membre du conseil d’administration du Fonds action sociale (FAS), du Conseil national des populations immigrées et de la Fondation pour la vie associative (Fonda), où il anime avec André Jeanson, ancien président de la CFDT, un groupe de travail sur la participation des immigrés à la vie associative, Saïd Bouziri participe en 1987 à la création de l’association Génériques dont il deviendra le deuxième président. Responsable de la commission immigrés de la Ligue des Droits de l’Homme puis trésorier national, Saïd Bouziri anime jusqu’à ses derniers moments la campagne de la votation citoyenne, en faveur de l’octroi du droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Le 1er décembre 1994, les insignes du Chevalier de l’ordre national du mérite lui ont été décernés.

Comptable de profession, engagé dans la vie syndicale de son entreprise jusqu’à sa retraite, Saïd Bouziri a gardé toute sa vie et quelles que soient ses responsabilités nationales une sensibilité particulière aux plus démunis, dont les sans-papiers, et à l’action de terrain. C’est ainsi qu’il est l’un des fondateurs du 3e collectif des sans-papiers en août 1996, qui a représenté environ un millier de personnes de 27 nationalités différentes, mais majoritairement originaires de Chine et de Turquie. Ce collectif avait pour but la régularisation globale de tous les sans-papiers, la défense de ses membres face à la justice et à la police et l’abrogation des lois défavorables au séjour des étrangers.

Juste avant son décès, Saïd Bouziri inaugure le 11 juin 2009, l’exposition « Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France », accueillie aux Archives municipales de Lyon. Le samedi 23 juin 2012, la Mairie de Paris lui rend un hommage officiel en inaugurant le square « Saint Bernard – Saïd Bouziri », situé en face de la paroisse Saint Bernard du quartier de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris.

>> Retrouvez la publication hommage Saïd Bouziri, l’humain au cœur de la vie publiée en 2012