La Caraïbe, région attractive de dynamiques migratoires de longue date, connaît aujourd’hui un accroissement des migrations en raison de la crise économique qui l’affecte. Les migrants interégionaux dans les Grandes Antilles -composées d’un chapelet d’îles plus ou moins riches- sont au nombre d’un million aujourd’hui. Ces circulations de populations, du fait d’une proximité géographique évidente peuvent-elles avoir des conséquences économiques sur les marchés locaux du travail et sur les finances publiques, notamment sur les départements français devenus territoires d’accueil ? Les migrations intracaribéennes devenant parfois extracaribéennes, peuvent-elles mettre en difficulté la gestion concertée des flux migratoires voulue par l’Union européenne ?

Le nouveau dossier de la revue Hommes & Migrations revient sur plusieurs siècles d’histoire des circulations aux Antilles pour comprendre les migrations actuelles. Son parcours débute par l’abolition de l’esclavage -sous l’Ancien Régime. Pour maintenir les intérêts économiques des propriétaires terriens, la main-d’œuvre était recrutée selon deux groupes dans les îles, les autochtones et les « engagés ». Ce deuxième groupe était composé d’agriculteurs français en situation précaire, de migrants indiens, mais aussi des Annamites condamnés pour rébellion, de bagnards… L’introduction réglementée de Chinois, d’Indiens et d’Africains va se poursuivre tout au long des autres périodes et mettre en place la composition actuelle des Antilles françaises, avec ses caractéristiques connues de métissage et de créolité.