Les affiches militantes de l’immigration (1970-2010)

Sur ces affiches, les femmes apparaissent aux côtés des hommes, actives et engagées dans les luttes pour les droits des immigrés en général, participant par exemple aux grèves et manifestations de soutien des travailleurs. Elles mènent également une lutte pour leurs droits en tant que femmes immigrées ou issues de l’immigration, se rassemblant au sein d’associations de femmes autonomes ou de sections féminines d’association d’immigrés. Elles exposent leur cause par le biais de rassemblements, colloques, représentations théâtrales, etc. Mais le combat pour le droit des femmes immigrées en France est aussi porté par des organismes non exclusivement féminins ou issus de l’immigration qu\’ils soient institutionnels, associatifs, partisans ou syndicaux.

Les revendications des droits des femmes immigrées touchent le domaine de la reconnaissance professionnelle, sociale, et culturelle. Leurs talents et savoir-faire sont ainsi souvent mis en avant : il s\’agit de donner plus de visibilité à cette population jugée « moins visible », à travers par exemple des expositions ou des conférences. Certaines actions visent à endiguer des pratiques vécues en France comme exogènes, importées des pays d’origine, comme l’excision ou les mariages forcés, ou à sensibiliser cette population jugée fragile aux dangers qui pèsent sur elle comme le SIDA. Enfin, des campagnes sont menées pour le droit des femmes dans leur pays d’origine, notamment en Algérie.

A travers ces documents, il est ainsi possible d’analyser les images et les représentations des femmes immigrées dans la société française.

Les femmes dans les périodiques portugais édités en France (1963-1980)

Parmi une vingtaine de publications en langue portugaise que compte le catalogue Odysseo, la figure de la femme apparaît dans la revue Sementeira et assez régulièrement dans les périodiques O Alarme, O Salto, Tribuna do Imigrante, Coleçao do Povo, Jornal Português,
et O Trabalhador.

Les périodiques cités ci-dessus ont été publiés surtout dans la première moitié des années 70, sauf O Trabalhador qui paraît entre 1963 et 1978. Ils ont dédié plusieurs de leurs pages à des problématiques jugées féminines telles que les méthodes contraceptives (p. 2), l’avortement (p.02), le droit à la maternité (p.04) ou les droits des femmes enceintes (p.4), la double journée de travail (p.2), le machisme dans le milieu professionnel (p.02) (notamment les différences salariales, (p.04)) et au sein de la famille. Ils ont également consacré des articles à la vie des paysannes (p.08) au Portugal, puisqu’une partie des immigrées qui travaillaient en France à l’époque des publications étaient originaires de milieux ruraux frappés par la pauvreté et par la mécanisation agricole. Les mouvements de grève organisés par les immigrées portugaises dans les usines en France sont aussi évoqués dans ces périodiques.

L’éducation des enfants est une autre problématique qui a concerné ces femmes (p.7) notamment les mères célibataires, ainsi que celles qui avaient laissé leur enfant au Portugal. D’ailleurs, des rubriques présentent des informations juridiques (p.9) relatives au regroupement familial. En outre, l’enseignement du portugais dans les écoles primaires est présenté dans plusieurs articles comme constituant un aspect important pour la préservation de la culture portugaise. L’alphabétisation des femmes, (p.5) surtout celles issues des couches rurales, est aussi évoqué. Il concerne à la fois l’apprentissage du français et du portugais pour ces dernières qui ont eu un accès restreint à l’école dans leur pays d’origine.

Images des femmes immigrées portugaises

Les témoignages féminins publiés dans ces périodiques nous ont légué plusieurs représentations des femmes portugaises immigrées en France. Qu’elles exercent les professions de femmes de ménage, de “bonnes à tout faire” (p.5), d’ouvrières, qu’elles soient jeunes, âgées, mères (p.16), célibataires ou mariées, les femmes immigrées portugaises sont le plus souvent décrites comme travailleuses et courageuses. Des qualités notamment mises en avant dans les périodiques le 8 mars, à l’occasion de la Journée de la femme (p.3).

Il faut rappeler que ces publications politiquement à gauche revêtaient un caractère pédagogique et se donnaient pour mission d’informer et de former les travailleurs. Ces derniers étaient encouragés à participer à la lutte des classes et les travailleuses portugaises étaient appelées à unir leurs forces à celles des hommes (p.5) contre la bourgeoisie capitaliste et l’impérialisme. La CGT, qui a édité O Trabalhador, a par exemple organisé en novembre 1970, à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, des conférences nationales sur la main d’œuvre féminine. Le syndicat insistait sur le fait que les femmes non françaises étaient doublement concernées par la participation politique en raison de leurs conditions de femmes et d’immigrées.

Dans ce contexte s’inscrivent plusieurs hommages aux femmes combattantes (africaines (p.18), chinoises (p.5), vietnamiennes, japonaises (p.5), albanaises (p.10), uruguayenses (p.4), etc.) des guerres coloniales et anti-impérialistes. En opposition à cette lutte des classes, le féminisme apparaît comme une idée bourgeoise divisant les travailleurs comme nous pouvons voir dans un article du O Alarme (p.7). De ces différents discours ressort l’instrumentalisation de l’image de la femme dans ces périodiques. Malgré cela, ces documents demeurent des sources importantes pour retracer l’histoire des femmes portugaises en France.