Dans le cadre du 3e festival du Maghreb des films, des journées d’études internationales, organisées par Génériques et l’association Coup de soleil, étaient consacrées à l’image des Maghrébins dans les fictions projetées en France sur grand écran et à la télévision des années 1930 à nos jours. Ce colloque a été filmé dans son intégralité par notre association. Dans ce cadre, ont également été réalisés des entretiens individuels d’historiens ou de professionnels du cinéma maghrébin. L’intégralité des vidéos des interventions du colloque, des tables rondes et des entretiens sont désormais disponibles dans Odysséo.

Trois générations d’historiens du cinéma couvrant l’évolution de l’historiographie du sujet dans son ensemble étaient conviés à ce colloque : les pionniers de la discipline, Carrie Tarr (Kingston University) et Alec Hargreaves, issus des post-colonial studies anglo-saxonnes ; des historiens spécialistes dans l’histoire de l’opinion et des représentations tels Yvan Gastaut (Université de Nice Sophia Antipolis) et Edouard Mills-Affif (Université Paris VII Diderot) ; et enfin la nouvelle génération d’historiens représentée par Julien Gaertner (Univeristé de Montréal), Naïma Yahi ou Leslie Kealhofer (Florida State University).

Pour résumer ses intentions, il est possible de citer la profession de foi de ce colloque rédigée par Naïma Yahi, sa coordinatrice :

« (…) Les travaux d’Alec G. Hargreaves, de Carrie Tarr, de Julien Gaertner ou d’Yvan Gastaut ont posé les bases d’une analyse en profondeur de la place réservée à la figure du Maghrébin dans le cinéma français. Tantôt délinquant, tantôt héros des cités, et, plus proche de nous, représentant des forces de l’ordre, le personnage du Maghrébin est encore l’enjeu aujourd’hui de nombreuses interprétations.

Si la recherche a mis en exergue l’apparition du personnage maghrébin dans la fiction au XXe siècle, elle doit aussi mesurer l’influence des réalisateurs et des professionnels du cinéma d’origine maghrébine dans le cinéma militant et la création cinématographique française d’aujourd’hui. De nouveaux axes d’analyses ouvrent un champ des possibles pour appréhender la force des représentations véhiculées à la fois « sur » et « par » les Maghrébins, à l’heure où leur présence à l’écran se normalise pour laisser place à la question du message des fictions.

Lors de ces deux journées d’études, nous pourrons appréhender la genèse de l’apparition de la figure du Maghrébin sur le grand écran dans un contexte colonial (années 30), puis de sédentarisation de l’immigration maghrébine en France jusqu\’aux années 70. Les intervenants reviendront sur les circonstances qui président à l’arrivée d’une génération de réalisateurs et d’acteurs d’origine maghrébine au tournant des années 1980 communément dénommé cinéma Beur pour laisser place dès les années 1990 à une territorialisation du genre à travers ce qu\’on nomme le cinéma des banlieues. »

Ce colloque a donc permis de parcourir les différentes époques du cinéma français contemporain en interrogeant l’image du Maghrébin, d’une manière générale, mais aussi à travers certains prismes (genres, sujets, réalisateurs…). Des questions aussi diverses que la figure du Maghrébin dans le cinéma policier des années 1980, l’évolution du cinéma de la guerre d’Algérie, les musiques des films de réalisateurs d’origine maghrébine ou les femmes maghrébines dans le cinéma ont ainsi été abordées. Il apparaît évident à la vue de ce colloque, que le cinéma n’échappe pas au contexte historique politique, économique et social dans lequel il est produit et qu\’il est à ce titre une source d’étude incontournable des historiens.