Vers l’indépendance du Sénégal

En 1946, par la constitution de la IVe République, le Sénégal n’est plus une colonie de l’Empire français mais un territoire d’outre-mer composant l’Union française. Il bénéficie d’un nouveau cadre juridique qui, selon un principe égalitaire en droit, abolit le Code de l’indigénat.

La lutte pour les indépendances en Afrique noire s\’inscrit dans une période marquée par les décolonisations : l’Indochine par les armes en 1954, le Maroc et la Tunisie politiquement en 1956, tandis que la guerre d’Algérie s\’intensifie entre 1956 et 1958 et que le Cameroun s\’installe dans une « guerre coloniale invisible ».
L’année 1956 marque un tournant décisif pour le Sénégal qui, grâce à la loi-cadre votée par Gaston Defferre, ministre de l’Outre-mer, devient un des huit États autonomes créés en Afrique occidentale française (AOF).

En 1958, le Sénégal décide, par référendum, de devenir une république au sein de la Communauté française qui s\’est substituée à l’Union française avec la proclamation de la Ve République. Le Sénégal devient un État membre de la Communauté au même titre que la République française.

Dès 1959, les États membres négocient leur indépendance et fixent leurs relations futures avec la France par des accords de coopération. Dans un esprit de panafricanisme et d’abolition des frontières, le Sénégal et le Soudan français (actuel Mali) fusionnent pour créer la Fédération du Mali. Officiellement indépendante le 20 juin 1960, la Fédération éclate le 20 août lorsque le Sénégal s\’en retire et proclame son indépendance. Mais c\’est bien la date du 4 avril 1960, correspondant à l’accord signé en France sur les transferts de pouvoirs, qui est considérée comme le jour officiel d’accession du Sénégal à l’indépendance. Le 5 septembre, Léopold Sédar Senghor, l’une des figures de proue du mouvement de décolonisation en Afrique, est élu premier président de la République du Sénégal.

La cause des travailleurs noirs en France

Le temps des indépendances africaines s\’accompagne d’un flux croissant vers la France de travailleurs africains de l’Ouest – essentiellement des ruraux Soninkés de la vallée du fleuve Sénégal et de l’Est du Mali et des citadins d’autres pays – favorisé par le gouvernement et le patronat pour répondre temporairement aux besoins de l’industrie et du bâtiment.

Face à de tels flux, des accords bilatéraux de main-d’œuvre sont signés avec le Sénégal en 1962-1963, l’immigration africaine s\’organise peu à peu avec l’apparition d’organismes de défense des droits et conditions des travailleurs africains : l’Union générale des travailleurs sénégalais en France (UGTSF), fondée en 1961, regroupe également des Maliens et des Mauritaniens ; l’Union des Mauritaniens de France et l’Association des travailleurs maliens et l’Association pour l’accueil des travailleurs africains et malgaches (AFTAM), créée en 1965, la plus active sur le territoire.

Malgré la création de centres spécifiques en plus des structures d’accueil, les conditions de logement restent déplorables partout en France et surtout en région parisienne. Il faut attendre la fin des années 1960 et les premières luttes contre les « marchands de sommeil » menées notamment par l’UGTSF, pour que la construction de foyers accueillant ces travailleurs célibataires se généralise.

Le milieu intellectuel et estudiantin africain se politise

Comme les autres types de migrants, les étudiants africains s\’installent de plus en plus régulièrement en France grâce à une politique scolaire et universitaire et des bourses d’État.
Jusqu\’en 1950, trois associations représentent spécifiquement les étudiants africains : l’Association générale des étudiants africains de Paris (AGEAP) créée en 1946, l’Union des étudiants catholiques africains (UECA) et l’Association des étudiants du Rassemblement démocratique africain (AERDA), la plus politisée des trois. Entre 1950 et 1955, la totalité des associations étudiantes africaines (Association des étudiants sénégalais…) se regroupe autour de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) créée en 1950.
Fer de lance du principal mouvement noir en France, la revue Présence africaine, créée par l’ancien sénateur Alioune Diop en 1947, contribue à régénérer la « pensée nègre », renforcer le réseau des militants face aux changements politiques et, enfin, rendre visible une nouvelle génération étudiante et intellectuelle se mobilisant politiquement et militant pour les indépendances.

Les Noirs, victimes d’une forme spécifique de « rejet »

Malgré la diversité des profils , cette immigration massive fait apparaître des craintes liées à une présence de plus en plus visible dans le paysage national de ces migrants noirs ne se mélangeant pas aux immigrations anciennes (Polonais, Italiens, Algériens…) ni aux populations locales et occupant un espace en marge de tout processus « d’intégration ».

A la fin de la période coloniale, un certain racisme fait de préjugés et de mépris social affecte la diaspora noire, très différemment de la violence et des crimes que subissent quant à eux les Maghrébins.