Dès ses origines et plus encore aux lendemains de la défaite et pour justifier emprisonnements et expulsions, ses détracteurs ont souligné la présence d’étrangers aux côtés ou à la tête des Communards et en ont fait un des arguments majeurs de leur stigmatisation. A contrario, les mémorialistes et les historiens ont dressé, parfois non sans hagiographie, les portraits d’hommes mais aussi de femmes, polonais, russes, italiens, hongrois, belges ou luxembourgeois qui se sont battus, parfois jusqu’à la mort, dans les rues de Paris pendant la Semaine sanglante et ont connu la même répression.

En dehors de ces portraits, que sait-on aujourd’hui réellement d’eux ? c’est en ré-ouvrant le dossier de l’historiographie politique du Centenaire puis de ses renouveaux, mais surtout en le croisant avec les recherches récentes en histoire de l’immigration que cette journée entend relancer ce chantier d’histoire et de mémoire.

C’est en travaillant sur les quartiers, sur les dossiers de naturalisation, de justice ou de police, en retraçant les trajectoires de ceux qui vivaient à Paris, y sont venus durant ces quelques mois (étrangers d’Europe ou d’ailleurs, français devenus étrangers parfois comme ces proscrits d’Amérique) ou en sont partis (expulsion, exil, proscription et transportation) que l’on peut à la fois mesurer et relire les configurations d’un mouvement à la fois parisien, français et international.

Examiné non plus seulement comme un évènement qui bouleverse à la fois la société et l’économie françaises, la Commune permet aussi de photographier et de présenter à diverses focales et par divers supports médiatiques la situation des immigrés à une époque où elle est moins connue, moins visible et parfois même ignorée.

Les travaux de B. Ratcliffe sur les Allemands de la Montagne Sainte Geneviève, ceux de Mareike König sur les domestiques allemandes à Paris, ceux de Henri Wehenkel sur les Luxembourgeois à Paris en 1871 ont déjà montré l’existence de ces colonies étrangères de travailleurs insérées dans un système social et politique qui ne connaît ni les formes actuelles de la légalité et de la clandestinité, ni les discours et débats sur l’intégration des migrants. Ils quittent pourtant leur « invisibilité » comme lors d’autres périodes de crises économiques et de luttes politiques, devenant ici les acteurs souvent anonymes d’un moment majeur de l’histoire politique française.

En décloisonnant les approches, en comparant les situations, c’est une meilleure connaissance de l’Autre tel qu’il est à la fois présent et représenté – frère de lutte ou ennemi – qui doit pouvoir être exhumée et interrogée. Quelle place tient alors la Commune dans le processus de nationalisation de l’État français tel qu’il se met en ordre dans ces dernières décennies du XIXe siècle ?

Repères :
Institut historique allemand de Paris
Hôtel Duret-de-Chevry
8, rue du Parc-Royal
75003 PARIS
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Métro: Chemin Vert ou Saint-Paul
Bus: Ligne 29 et 96
Accès aisé pour les handicapés

+33 (0) 1 44 54 23 80
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