La compagnie de théâtre Al Assifa

Al Assifa est une compagnie de théâtre créée en 1973 par plusieurs travailleurs immigrés d'origine algérienne, principalement issus du Mouvement des travailleurs arabes (MTA), dans le contexte des grèves de la faim des sans-papiers. Al Assifa s’inscrit dans le mouvement de création du théâtre de l’immigration dans les années 1970 qui met l’accent à la fois sur les conditions de vie des travailleurs immigrés et sur leurs luttes pour l’égalité. Le nom de la compagnie, qui signifie « la tempête », fait référence à la fois à la branche armée de l'organisation palestinienne Fatah, fondée en 1959 par Yasser Arafat, et à un journal mensuel français publié de 1972 à 1973 par le MTA. En 1973, la compagnie est invitée par une délégation d’ouvriers en grève de l’usine Lip. Elle présente un montage de sketches sur la situation des travailleurs immigrés en France devant un public qui ne connaissait pas les conditions de vie des immigrés. « La première question des « Lip » fut : si vous souffrez, pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous ? Ce n'est qu'à la suite d'une confrontation plus longue qu'ils découvrirent l'ampleur et la complexité de notre situation. Ce que vous avez appris ; faites-le savoir à tout le monde », raconte Mokhtar, l'un des fondateurs de la compagnie*. En adoptant les méthodes du théâtre agit-prop (par et pour les ouvrier), Al Assifa souhaite sensibiliser les immigrés et les Français sur les conditions de vie et de travail des travailleurs immigrés. Al Assifa utilise des faits d'actualité réels comme point de départ de la création de ses spectacles. Ainsi la pièce Ça Travaille, ça travaille mais ça ferme sa gueule est ponctuée de références à des événements comme, par exemple, le meurtre de Djellali Ben Ali, jeune Algérien de 15 ans tué en 1971 par le concierge de l‘immeuble où il vit avec sa famille dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris (18e arr.) en 1971.

* CLANCY G., TANCELLIN P., Les Tiers-Idées, Paris, Hachette, 1977, p.183