Cet ouvrage, dirigé par deux historiennes parmi les plus brillantes de leur génération, est le résultat d’une recherche qui a été menée pendant quatre ans à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP/CNRS) et au Centre d’histoire sociale du XXe siècle (UMR 8058). Elle a impliqué une équipe de plusieurs dizaines de personnes, dont les 32 contributeurs de cet ouvrage.

Il s’agit ici de renouveler l’approche de la guerre d’indépendance algérienne en France, en proposant une histoire en France d’un point de vue local : en dehors de Paris, comment cette guerre a-t-elle été appréhendée, vécue et menée sur le sol métropolitain ? Dans les ouvrages de synthèse sur la guerre d’indépendance algérienne, la métropole apparaît comme un espace secondaire de la guerre, qui en subit les répercussions.

À l’heure actuelle, c’est l’image d’une métropole base arrière du nationalisme algérien, qu’elle alimente financièrement, et siège d’une intense « bataille de l’écrit » que renvoie l’historiographie. En outre, les travaux publiés surinvestissent la région parisienne et réduisent ainsi l’histoire de la guerre en métropole à l’histoire de la guerre à Paris.

Pourtant, le rôle de l’espace métropolitain mérite d’être réévalué. Les événements se rapportant à cette guerre sont variés et touchent ce territoire dans son ensemble : manifestations de rappelés ou d’Algériens, lutte entre le FLN et le MNA, attentats du FLN, répression par la justice et les camps d’internement, engagement de l’opinion métropolitaine pour ou contre la guerre…

Cet ouvrage vise à cerner la connaissance et le vécu de la guerre en métropole. Par des événements touchant leur famille, leur lieu de travail, leurs activités culturelles, militantes ou l’exercice de leur vie citoyenne, comment ceux, Français et migrants venus d’Algérie, habitant en métropole, ont-ils vécu et connu la guerre dont l’indépendance de l’Algérie était l’enjeu ? Quelles ont été les manifestations du conflit sur le terrain métropolitain ? Quelles ont été les répercussions locales des grands événements nationaux ?

Fondées principalement sur les archives départementales, les contributions rassemblées dessinent une nouvelle histoire sociale, culturelle et politique de la guerre d’indépendance algérienne, ouvrant ainsi des perspectives renouvellées à la recherche.

Les auteurs :
Raphaëlle Branche est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université de Paris I, rattachée au Centre d’histoire sociale du XXe siècle (UMR 8058). Elle est notamment l’auteure de La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (Gallimard, 2001) et de La Guerre d’Algérie : une histoire apaisée (Le Seuil, 2005).

Sylvie Thénault est chargée de recherche au CNRS, affectée au Centre d’histoire sociale du XXe siècle (UMR 8058). Elle est notamment l’auteure de Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie (La Découverte, 2001) et de Histoire de la guerre d’indépendance algérienne (Flammarion, 2005).