La grève des OS à Renault Billancourt (mars-avril 1973)

La grève des ouvriers spécialisés (OS) à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt de mars-avril 1973 est emblématique des grèves qui égrainent la décennie 1970 dans l’automobile ou la métallurgie. Après mai 1968, cette usine est devenue un lieu symbolique de la lutte ouvrière, terrain d’action privilégié de la CGT et de l’extrême gauche.

Les OS employés sur les chaînes de production, jouent un rôle prépondérant dans ces mouvements. Le mouvement débute le 21 mars 1973 dans les ateliers de presse du département carrosserie-montage où travaillent des OS algériens, espagnols et portugais.

Les grévistes se soulèvent contre l’arbitraire de la classification sur laquelle repose l’évolution salariale. La « cotation de poste » alors en cours repose sur les caractéristiques de chaque poste, lui-même divisé en classes avec des coefficients et un chronométrage des tâches liés à chaque classe. Malgré cette apparente rationalité, ce système introduit des inégalités. Dans les faits, l’évolution des OS dépend de « décisions individuelles de la maîtrise » qui dispose ainsi d’un levier pour faire accepter des cadences plus élevées et d’un instrument de division au sein des ouvriers.

Avec le mot d’ordre « A travail égal, salaire égal », les grévistes souhaitent mettre en place la même classification pour l’ensemble des ouvriers qui travaillent sur les presses. Environ 370 OS occupent leur atelier et, en arrêtant leur activité située en amont de la chaîne de production, paralysent l’ensemble de l’usine, soit 7000 ouvriers. Cette « grève bouchon » est gérée pas les ouvriers eux-même qui désignent des représentants « sans mandats » et « révocables à tous moments ». Ce conflit sera ainsi marqué par plusieurs désaccords dans sa gestion entre les grévistes et les syndicats. Peu à peu, la grève se répand aux autres presses de l’usine puis à d’autres sites de Renault (Flins, Sandouville, Douai).

Les grévistes obtiennent finalement gain de cause et cessent leur mouvement le 11 avril : le système de classement du personnel est modifié. Le salaire est désormais calculé selon « la qualification de l’emploi tenu ».

L’ATRIS 
(Association des Anciens Travailleurs Renault de L’Ile Seguin) a été créée en 1998 par d’anciens travailleurs, après la fermeture de l’usine Renault à Billancourt en mars 1992, dans le but de conserver un témoignage des travailleurs et travailleuses de l’Ile Seguin.

Pour en savoir plus :

Laure Pitti, « Grèves ouvrières versus luttes de l’immigration : une controverse entre historiens »,in  Ethnologie française, vol. 31, 2001, pp.465-476

Laure Pitti, « Travailleurs de France voilà notre nom », in Migrance 25, 2005, pp.50-71.