Premier titre d’une collection éditée par les Editions Hoëbeke et l’Agence France-Presse, « Guerre d’Algérie » réunit 130 photos exceptionnelles issues du fonds d’archives de l’AFP et les textes d’une historienne passionnée par cette période, Eléonore Bakhadzé, documentaliste de l’AFP. Chaque photo, sélectionnée avec soin pour son importance historique ou son témoignage inédit, est resituée dans son contexte et largement commentée. L’ensemble donne un éclairage différent et cohérent à un conflit qui a ébranlé la IVè République et permet à chacun de découvrir ou d’approfondir ses connaissances sur cette page de notre histoire contemporaine.

– 2007 représente le 50ème anniversaire de la bataille d’Alger qui fut, pour l’Algérie et la France, une période de guerre totale, prélude à des négociations et aux accords d’Evian cinq ans plus tard.

– Pour l’Agence France-Presse, la Guerre d’Algérie est un moment fort et particulier. Le service photo, encore marginal durant ces années cinquante, bénéficie d’une grande autonomie mais de peu de moyens. Les « événements d’Algérie » sont traités dans le flot des actualités. Les reporters et pigistes de diverses origines, présents sur le terrain, ou, quelquefois, les appelés du contingent, proposent leurs clichés au bureau d’Alger et de Tunis. Le service photographique des armées en fournit également un grand nombre : opérations militaires, ratissages, cadavres de combattants du FLN… C’est cette diversité des sources, pour certaines inconnues, qui fait la richesse de ce fonds d’archives. On travaillait alors pour l’AFP en rapporteur de « faits bruts », sans style ni fioritures, la règle étant : « des faits, rien que des faits », ce qui explique que la grande majorité des photos n’est pas signée, mais méticuleusement datée.

– Après la chute de la IVe République, il aura fallu la détermination du général de Gaulle pour parvenir à l’indépendance de l’Algérie et à la paix, non sans des drames humains. L’année 2007 correspond au 50e anniversaire de la “bataille d’Alger”, qui fut, pour l’Algérie et pour la France, une période de guerre totale, prélude à des négociations et aux accords d’Évian cinq ans plus tard. Toutes les photographies de cet ouvrage proviennent de l’Agence France-Presse et s’attachent à décrire la vie quotidienne durant cette période douloureuse. La plupart de ces images ne sont pas signées, mais soigneusement datées, la diversité de leurs sources donnant toute sa richesse à ce fonds émouvant.

Extrait de l’avant-propos de Benjamin Stora :
La guerre d’Algérie a longtemps été perçue comme une guerre sans images, sans visages. Mais la multiplication récente de films de fiction, de documentaires et d’expositions de photographies a fait reculer la sensation d’absence d’images. Autour de cette séquence particulière, qui a bousculé fortement l’histoire de la France contemporaine, les images apparaissent désormais avec une grande force d’évocation, de restitution, de mémoire. Leur impact ne réside pas seulement dans la description de cette histoire, mais aussi dans la capacité à suggérer et à symboliser. Et, à travers cette émergence de représentations sur les écrans ou dans les catalogues de photos, la guerre d’Algérie s’installe progressivement dans les esprits.

La force, l’originalité de l’ouvrage proposé par Éléonore Bakhtadzé, à partir des photographies prises pendant la guerre d’Algérie par les reporters de l’Agence France-Presse, repose avant tout sur la simplicité de la narration. Alors que nombre de livres et de films s’épuisent à jouer sur tous les fronts (la description de la bataille et les «coeurs» de l’action, le décryptage de la réalité derrière la propagande française ou algérienne, les interrogations sur le sens de ce conflit si particulier, entre guerre anticoloniale et guerres civiles…), cet ouvrage se «contente» de dire le quotidien de la période. Et la vision de la guerre se révèle moins spectaculaire, éloignée de démonstrations gênantes, nous renvoyant presque à une sorte d’intimité avec les acteurs. Les photos reproduites dans ce livre étaient destinées à l’Agence France-Presse (AFP), qui s’est développée de manière importante pendant la guerre d’Algérie.

Ce développement témoigne de la forte influence des médias pendant ce conflit, et de la volonté de l’État français de se lancer dans la bataille de la diffusion de l’information à cette période. En effet, face à la concurrence des nouvelles diffusées par le transistor, que l’on peut emporter avec soi, véritable petite révolution dans la circulation des informations; face, également, à l’apparition de journaux qui disent leurs divergences avec la politique suivie en Algérie (et l’on se souvient des reportages de France Observateur dans les maquis algériens en septembre 1955, ou des prises de position de L’Express pendant la «bataille d’Alger» en 1957), l’AFP tente de faire entendre un autre point de vue, celui d’une vie quotidienne caractérisée par une apparente neutralité. Pour plus d’efficacité, l’agence a un statut «d’indépendance», élaboré par Jean Marin au moment de l’arrivée au pouvoir de Pierre Mendès France, puis promulgué en janvier 1957 par le gouvernement de Front républicain.

Son service photo, créé dès 1944, se développe pendant la guerre d’Algérie. Des bureaux de l’AFP, en place à Tunis et à Alger, s’activent pendant toute la durée du conflit. Les «agenciers» recueillent des photographies auprès de reporters-photographes de la presse locale, et cherchent des clichés venant «d’amateurs», tant du côté algérien que français. Pour la première fois, il s’agissait d’illustrer la dépêche par une image la plus proche du fait. Avec les clichés d’actualité, l’objectif était d’apporter un regard complémentaire sur les «événements» d’Algérie, peut-être aussi de rythmer et d’aérer les nombreuses dépêches, forcément «arides» dans la description des faits.

À cette époque, on ne s’interrogeait pas encore sur le danger d’esthétisme (peut-on rendre compte du malheur par de belles images ?), ni sur celui de la tromperie (comment se fier à des photos sans connaître le contexte dans lequel elles ont été prises ?). Et si l’agence diffuse effectivement les photos, elle ne les met pas véritablement en valeur, les mots gardant encore leur prédominance. Face à la puissance de l’AFP, les Algériens indépendantistes tardent à réagir et, pour relever la bataille inégalitaire de l’information, ils ne lanceront que quelques mois avant l’indépendance de 1962 l’Algérie Presse Service (APS2). Dans leur grande majorité, les photos de l’AFP adoptent le point de vue des acteurs.