La Kahina, troupe de théâtre de femmes issues de l’immigration

En 1975, la troupe de théâtre Kahina, du nom d'une une reine guerrière berbère, monte sur scène et propose pour la première fois une pièce originale intitulée Pour que les larmes de nos mères deviennent une légende… Cette pièce est définie, sur l'affiche,  comme une pièce sur la condition de la femme arabe.

La troupe Kahina est créée en 1974 par Salika Amara, figure de proue du militantisme dans les milieux de l'immigration à Paris et en banlieue parisienne. Si la troupe est issue de la Seine-Saint-Denis, c'est tout tout d'abord à Belleville puis à Barbès qu'elle s'installe. Composée de dix femmes et trois hommes, la troupe se produit à la salle Saint- Bruno dans le 18eme arrondissement de Paris et bouscule les codes du théâtre.

En, effet, la Kahina, comme elle est appelée à l'époque, est la première troupe de femmes qui se penche sur la condition des femmes arabes issues de l'immigration. Parfois qualifiée de « féministe », la troupe est engagée et souhaite, à travers ses pièces, interroger, voire dénoncer certaines traditions. Cette initiative tend également à montrer que l'immigration n'est pas uniquement masculine, mais est composée de femmes, de familles et d'enfants.

C'est ainsi que la première pièce de la Kahina, « Pour que les larmes de nos mères deviennent une légende… »,  met en avant l'histoire des femmes qui ont milité pendant la Guerre d'Algérie et qui, par la suite, se sont vues releguées au second plan et aux rôles exclusifs de mère et d'épouse.
La troupe Kahina continue dans cette veine et, dénonce, à travers ses pièces des traditions vécues comme oppressantes par les femmes : le mariage forcé, le viol légal de la nuit de noces ou encore le mariage arrangé notamment dans la pièce  Famille Ben Djelloul en France depuis 25 ans.

Alors sujets tabous, ces thèmes faisaient de la troupe Kahina une troupe d'avant-garde. Elle se produit ainsi pendant près de 12 ans et tourne partout en France. Elle participe à l'effervescence culturelle et militante qui se développe à Barbès et notamment dans le quartier de la Goutte d'Or dans les années 1970. Salika Amara, leader de la troupe, y fait la connaissance de jeunes militants arabes qui, au contact des jeunes de banlieue, dessinent les contours d'un nouveau Barbès : celui des luttes de l'immigration pour l'égalité des droits et des cultures émergeantes de l'immigration en France. Elle participe, entre autre, à la création du premier journal pour les immigrés par les immigrés Sans frontière, ainsi qu'à la création de Radio beur et de l'Association de la nouvelle génération d'immigrés (ANGI).

La troupe Kahina a été depuis reformée. Elle continue aujourd'hui à se produire en France notamment avec les pièces Responsables mais non coupables, qui met en scène un grand-père contant son parcours migratoire à son petit-fils sur fond de révoltes des banlieues, de violences policières et d’élection présidentielle, et Sois re-belle et t'es toi qui s'attache à rendre visible les luttes des femmes de l'immigration.

En savoir plus

- Archive orale : entretien de Salika Amara par l'association Génériques

- Livret d'accompagnement de l'exposition « Migrations au féminin » : interview de Salika Amara