La Maison des travailleurs immigrés et les festivals immigrés

La Maison des travailleurs immigrés (MTI) est un regroupement d'associations créé en 1973 à Puteaux dans le département des Hauts-de-Seine. Une de ses principales activités est l'organisation d'un festival culturel dont la quatrième édition, à la dimension européenne, s'est tenue en mai et juin 1979

Financé et administré par la CIMADE et le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), la MTI est une structure de coordination qui regroupe, dès sa création, des associations d'immigrés comme l'Association des Marocains en France (AMF), l'Union des travailleurs Sénégalais en France (UGTSF) et l'association locale Encontre Português. Gagnant en autonomie, notamment entre 1977 et 1978, la MTI est rejoint par de nouvelles associations, regroupant bientôt plus d'une dizaine jusqu'à sa disparition en 1982.

La première édition du festival en 1975, intitulé Festival de Théâtre Populaire des Travailleurs Immigrés (FTPTI), s'inscrit dans un mouvement culturel du théâtre immigré particulièrement florissant jusqu'à la fin des années 1970. Depuis la fin des années 1960, le théâtre immigré s'est construit comme un « un espace de création propre à l’immigration avec son répertoire et ses références, ses lieux de représentations et ses réseaux ».(1) Troupes nombreuses mais éparses, fondamentalement militantes, elles vont trouver dans le FTPTI un espace d'expression commun où surgissent des mémoires parallèles et se construit l'histoire de l'immigration post-coloniale.

A la suite de cette première édition, le festival se décentralise. La deuxième édition en 1976 sort de Paris et s'étend d'abord à la banlieue parisienne puis en province. Deux ans plus tard, en 1978, la troisième édition développe près de 200 manifestations dans une trentaine de villes. En 1979,  le festival devient européen et porte désormais le nom de « Festival des travailleurs immigrés en Europe ». Il s'adresse à un très large public, comme en témoigne la traduction du titre du festival en sept langues sur l'affiche. Immigré devenant alors émigré, le changement de langue s'accompagnant d'une décentralisation du point de vue. Le festival se fait  alors le représentant des cultures immigrées et populaires au sens large en programmant des films, des groupes de musique et des danses folkloriques.

Au cœur de ces éditions, le théâtre possède une place privilégié et demeure le moyen privilégié d’expression de la communauté immigrée.

La cinquième édition du Festival marque la dissolution de la Maison des travailleurs immigrés. En effet, l'échec de ce dernier (faible participation), entraînant d'important problèmes financiers, ajouté à un contexte d'apparition de nombreuses associations, pousse la MTI à repenser sa structure. Elle devient le Conseil des associations immigrés en France (CAIF) en 1984, intégrant ainsi les associations d'immigrés émergentes.

  1. Escafré-Dublet A., « Les Cultures immigrées sont-elles solubles dans les cultures populaires ? », Mouvement, n°57, 2009, p.89.

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