Le 17 octobre 1961, à l'appel du Front de libération nationale (FLN), des milliers d'Algériens manifestent pacifiquement dans les rues de Paris contre le couvre-feu qui leur est imposé. En pleine guerre d’Algérie, la manifestation est brutalement réprimée par les forces de l’ordre. Cette affiche dénonce le bilan officiel concernant le nombre de victimes des répressions policières.

L’affiche mêle une dépêche de l’AFP (Agence France-Presse) relayant la version officielle de l’État avec deux photographies représentant les manifestants algériens dans la rue ainsi que l’expulsion de militants par avion. La dépêche rapporte que deux manifestants ont été tués et que 55 autres ont été hospitalisés pour blessure tandis que, du côté des forces de l’ordre, on dénombre une dizaine de blessés. En opposition à la version officielle, l’affiche avance le chiffre de 200 morts parmi les manifestants..

La manifestation se déroule dans un climat tendu. En 1961, la France est engagée depuis sept ans dans la guerre en Algérie. En mars de la même année, le gouvernement français et le FLN entament des négociations secrètes afin de préparer le désengagement de la France en Algérie. Un mois plus tard, le putsch d’Alger, fomenté par des généraux français qui souhaitent maintenir l’Algérie française, échoue. Le FLN et le MNA (Mouvement national algérien) se font concurrence pour mobiliser les centaines de milliers d’Algériens qui vivent en France, dont la moitié en région parisienne. Ainsi, l’Hexagone est le théâtre d’affrontements sanglants entre partisans du FLN et du MNA. Le FLN perpétue aussi des attaques et des attentats contre des commissariats faisant des morts parmi les forces de l’ordre. Un climat de peur s’installe pendant l’été et le mois de septembre 1961.

C’est dans ces circonstances que Maurice Papon, préfet de police de la Seine, décrète le 5 octobre 1961 un couvre-feu à l’encontre des Français musulmans d’Algérie. Cette mesure a pour objectif d’empêcher les représailles policières mais surtout d’entraver les activités nocturnes du FLN. En réponse au couvre-feu, la Fédération de France du FLN organise une manifestation pacifique le 17 octobre 1961. Des dizaines de milliers d’Algériens descendent alors dans les rues de Paris. Les forces de l’ordre procèdent après des interpellations de masse, mettent en place des mesures de rétention et expulsent des manifestants vers l’Algérie. La répression est violente et sanglante.

Jusqu’à la fin des années 1990 le bilan officiel ne dénombre que quelques morts. L’ouverture du procès de Maurice Papon en 1997* permet de nouvelles recherches historiques. Les nouvelles estimations varient entre quelques dizaines de victimes et plus de 200 morts. En 2001, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, inaugure une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel et, en 2012, François Hollande, président de la République, reconnait « la répression sanglante » de la manifestation.

* Maurice Papon qui est inculpé de crime contre l’humanité pour sa participation à la déportation de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

En savoir plus:

Jean-Luc EINAUDI, La Bataille de Paris : 17 octobre 1961, Seuil, 1991
Jean-Paul BRUNET, Police contre FLN : Le drame d'octobre 1961, Flammarion,‎ 1999
Linda AMIRI, Les fantômes du 17 octobre, Édition Mémoire Génériques, 2001