L’affiche rouge

L’affiche « Des libérateurs ? La libération par l’armée du crime ! », appelée communément « l’Affiche rouge », a été réalisée par les services de propagande allemands en France au moment du procès ou après l’exécution du réseau Manouchian. Constitué entre 1942 et 1943 et composé de 23 communistes, le réseau Manouchian, qui tient son nom de son dirigeant Missak Manouchian, faisait partie du groupe de résistance des « Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée » (FTP-MOI).

Ce réseau, qui comptait dans ses rangs trois français et vingt étrangers (espagnol, italiens, arméniens et juifs d’Europe centrale et de l’est), avait effectué de nombreux attentats et actes de sabotages contre l’occupant nazi. Arrêtés en novembre 1943, les 23 accusés comparurent du 15 au 18 février 1944 devant le tribunal militaire allemand du Grand-Paris. Le 21 février au matin, ils furent tous fusillés au Mont-Valérien, à l’exception de la Hongroise Olga Bancic, qui fut décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944.

Organisée en trois parties, l’image, reproduit à l’intérieur d’un triangle rouge les photos, les noms, les origines et les actions menées par dix de ces résistants. La question et la réponse « Des libérateurs? La libération par l’armée du crime ! » barrent le haut et le bas de l’affiche. Placardée en 15 000 exemplaires à Paris et dans certaines grandes villes françaises, l’affiche n’eut pas l’effet escompté.

La haine qu’elle a suscité en effet fut dirigée contre les bourreaux et non contre leurs victimes. Cette histoire connut une belle postérité artistique : le poète Louis Aragon s’est inspiré de la dernière lettre de Missak Manouchian à sa femme avant sa mort pour écrire en 1955 le poème Strophes pour se souvenir, un poème mis en musique et chanté par Léo Ferré en 1959.