Le militant sénégalais Sally N’Dongo

Né en 1924 à Sinthiougarba, au Sénégal, Sally N’Dongo était un militant qui joua un rôle de premier plan dans la communauté africaine immigrée en France dans les années 1960 et 1970. Il fut le fondateur en 1961 de l’Union générale des travailleurs sénégalais en France (UGTSF), une organisation qui regroupa également des Maliens et des Mauritaniens et dont l’objectif était d’aider les travailleurs africains en France à se loger, se former et obtenir des soins médicaux. L’attention de l’UGTSF s’est portée également sur la lutte contre le néocolonialisme que Sally N’Dongo s’est attaché à dénoncer tout au long de sa vie.

Dans son article intitulé « Sally N’Dongo, immigration africaine et aspects politiques du néocolonialisme en Afrique de l’Ouest et en France », à paraître dans le prochain numéro de Migrance, l’historienne Gillian Glaes expose la conception du néocolonialisme développée par Sally N’Dongo. Pour ce militant, l’indépendance politique ne s’est pas accompagnée d’une indépendance économique et la France continue d’exercer une influence sur ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest après la décolonisation. Cette dernière a été rendue possible par le spécialisation agricole du Sénégal dans l’arachide au détriment du développement de l’industrie pendant la colonisation, et prend par la suite la forme d’aides, par exemple dans le cadre des accords de coopération signés après 1960 entre la France et ses anciennes colonies. A cela s’ajoute les liens qu’entretiennent les nationalistes devenus chefs d’Etat, comme Léopold Sédation Senghor, avec la classe dirigeante française.

Pour Sally N’Dongo, l’immigration des travailleurs africains en France est une autre forme de néocolonialisme et de la dépendance des nouveaux états africains à l’ancien colonisateur. En cause, l’exploitation des travailleurs de l’Afrique de l’Ouest qui occupent des postes subalternes, subissent les attitudes racistes des employeurs, vivent dans des conditions précaires et font l’objet en France d’une ségrégation raciale. Sally N’Dongo conclue son ouvrage Voyage forcé : itinéraire d’un militant en disant : « Pour que cela change, pour que les racines de ce mal endémique soient une bonne fois arrachées, il faut que le peuple tout entier prenne ses responsabilités ».

En savoir +
Migrance 39 : La mobilisation des immigrés pour la décolonisation, France 1930-1970
Sally N’Dongo
, La coopération franco-africaine, F. Asperme, Paris, 1972 
Sally N’Dongo, "Coopération" et néo-colonialisme, Paris : François Maspero, 1976 
Exil, connais pas, Sally N’Dongo ; propos recueillis par Michèle Pache, Éditions du Cerf, Paris , 1976 
Voyage forcé : itinéraire d’un militant, Sally N’Dongo, François Maspero, Paris, 1975

Crédits photo : Manifestation des travailleurs immigrés, Sally N’Dongo, 1981  (auteur Kagan, Élie). ©BDIC/KAG T (675)