Le “million Stoléru”

Cette affiche datant de 1977 appelle à une manifestation contre les mesures dites “Stoléru”. Secrétaire d'Etat auprès du ministre du travail, chargé de la condition des travailleurs manuels sous le gouvernement Jacques Chirac en 1976, puis chargé des travailleurs manuels et immigrés sous le gouvernement de Raymond Barre (1978-1981), Lionel Stoléru est l'homme de la politique des retours, s'inspirant au départ de l'exemple allemand.

Dans cette fin des années 1970, où le chômage dépasse le cap symbolique du million de personnes, les regards changent sur la crise et sur l'immigration. Réduire la présence des immigrés en France apparaît comme le moyen d'enrayer l'aggravation du chômage, reprenant ainsi la vieille équation : trop de chômeurs = trop d'immigrés. Dans la foulée de la suspension de l'immigration de travail en 1974, est proposée en 1977, le dispositif d'aide au retour volontaire assorti d'une subvention de 10 000 francs par personne -ou “million Stoléru”. 

La manifestation, organisée à l'initiative de diverses associations, collectifs (comme le Comité de coordination des foyers Sonacotra ou le MTA, Mouvement  des travailleurs arabes) et partis politiques, demande l'abrogation de cette mesure ainsi que d'autres présentes dans le décret du 10 novembre 1977 (comme l'arrêt pour trois ans de l'immigration familiale), et réaffirme comme le montre le slogan en bas de l'affiche “Français-immigrés, une seule classe ouvrière”.

Le projet dénoncé au sein même des institutions républicaines (Conseil d'Etat, Assemblée nationale), par des hommes de gauche comme de droite, est finalement abandonné en 1978. L'échec de cette mesure aboutit à un programme de retours autoritaires de 500 000 migrants sur cinq ans, visant plus particulièrement les Algériens.